Squid, Black Green Field

Étrange et détonant, le premier album de Squid sort sur l’iconique label électro Warp (Boards of Canada, Autechre, Aphex Twin), signe que le jeune groupe brouille les cartes et délivre une musique novatrice en dehors des codes usuels.

 

Oubliez tous vos repères actuels sur les jeunes groupes de rock anglais à guitares. Avec ces cinq musiciens de Brighton, formés autour du batteur chanteur Ollie Judge, il faut s’attendre à tout. Une introduction planante et bizarre de 40 secondes, Resolution Square, avant G.S.K, version jazzy du son lorgnant vers Foals qui laisse exprimer une colère appelée à devenir récurrente sur le disque. Seul titre de l’album doté d’une « durée conventionnelle », autour de trois minutes, avant de découvrir Narrator, qui pendant plus de huit minutes livre un pur son post-punk, sautillant à la manière des Talking Heads avec de multiples changements de rythmes. Boy Racers, plus de sept minutes, est déroutant en offrant une première partie ample et détraquée, et une seconde dévoilant une musique à tendance religieuse bourdonnante, voire apocalyptique. Paddling, single sorti il y a quelques semaines, livre la meilleure formule de ce rock expérimental auquel se livre le groupe, redessinant plus largement les contours du rock.

Documentary Filmmaker avec sa fanfare inquiétante et indomptable laisse exprimer les talents de poète et de conteur de Judge avant que 2010, plus nostalgique, rappelle que le groupe a du beaucoup écouter Radiohead (comment ne pas penser à Paranoid Android dès l’intro ?), conservant cette forte exigence musicale et l’amour de la complexité. The Flyover, court intermède calme, convoque clairement l’esprit électro et undergroung de Warp, avant la tempête sonore de Peel St., comme si le récent Brexit avait tout dévasté sur son passage. Mais un nouveau monde musical est à reconstruire et à écrire ; c’est peut-être le sens du dernier titre, Pamphlets, sans doute le plus ambitieux et un des plus réussis de tous.

 

Pour son premier album, Squid frappe très fort et livre un contenu particulièrement riche et très politique. Lecture pessimiste du présent, voyage dans un futur peu enjoué, ou évasion géniale, Squid ouvre musicalement tous les champs (noirs et verts) du possible.

-Julien Lagalice

 

Catégorie : album rock

Genre : post punk, indie

Label : Warp

Date de sortie : 7 mai 2021.

 

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