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INTERVIEW ELLIOTT MURPHY

elliott murphy
Photo @michel jolyot

« Just A Story From America » la bio de Elliott Murphy est bien plus qu’une bio. Une traversée passionante à travers l’histoire de la musique des cinquantaine dernières années avec un style qui n’a rien à envier aux grand auteurs américains. Rencontre avec ce personnage hors norme.

 

Pierre-Arnaud Jonard

 

  • « Comment t’es venue l’envie d’écrire ce livre ? »

« J’avais écrit une petite histoire de ma vie pour le New-York Post. Ils m’ont encouragé à écrire mes mémoires. Je lis beaucoup de bios d’artistes. Il y en a eu pas mal qui en ont écrit ces dernières années, Patti Smith avec « Just Kid », Keith Richards avec « Life », Springsteen avec « Born to Run ». C’est l’une des raisons qui m’a poussé à écrire la mienne. Et en plus j’ai aujourd’hui l’âge d’en écrire une. »

 

  • « Ta biographie est bien plus qu’une simple bio. C’est presque un roman tant les personnages y sont développés. »

« C’est intéressant que tu dises cela. Je le prends comme un compliment. J’ai essayé d’écrire une histoire. Il faut réussir à prendre du recul car je suis différent aujourd’hui de la personne que j’étais dans les années 70. »

 

  • « Les portraits des personnes que tu croises dans ta vie sont souvent très drôles notamment celui de Lou Reed. »

« C’est parce que Lou Reed était très drôle lui-même. Il était dur avec les journalistes mais comme ami c’était quelqu’un de très agréable. On avait en commun l’humour de Long Island. »

 

  • « Je sais que tu aimes beaucoup Scott Fitzgerald. Il y a un certain côté Fitzgeraldien dans cette bio. Une certaine mélancolie. »

MURPHY -Just a Story From America« Gatsby n’a pas été un succès de son vivant. Ce n’est qu’après sa mort que les livres de Fitzgerald ont marché. Je suis assez d’accord avec cela. La vie est mélancolique, faite de grandes peines et de grandes joies. »

 

  • « Tu as été marqué par la littérature américaine. »

« Oui par Fitzgerald mais aussi par Mark Twain, Kerouac, les écrivains de la beat. Chez vous j’aime beaucoup Proust. »

 

  • « Quel a été ton angle d’écriture ? »

« C’est le monde vu de mes yeux. Cela donne peut-être cette mélancolie dont tu parles. J’ai parlé au Boss, j’avais adoré sa bio. Il m’a donné des conseils. Le Boss, Bowie, Lou Reed sont comme ma famille. C’est plus intéressant de parler d’elle dans un livre que sur un disque. »

 

  • « A propos de famille, tu parles énormément de la tienne dans le livre. »

« Quand mon père est mort, ma famille est morte. J’ai voulu retrouver ma famille en écrivant ce livre. Celle-ci m’a toujours encouragé dans ma carrière. Mon père avait un night-club où se pressaient les personnalités. J’ai toujours été attiré par le show-business. On aimait dans ma famille la musique, le cinéma. On baignait là-dedans. Pour plein d’Américains leur environnement c’était le Président, nous c’étaient les Beatles. »

 

  • « Tu as intitulé ta bio « Just A Story From America. » C’est aussi le titre d’un de tes albums. Est-ce ton préféré de ta carrière ? »

« Mon disque préféré est toujours le dernier. Je suis fier de mes derniers albums produits par mon fils. « Just a story from America » est devenu avec les années un classique. Je joue encore de nombreux extraits de ce disque lors de mes concerts. Cet album est sorti chez Columbia, un label sur lequel j’avais toujours rêvé d’être. Et puis il a une importance historique : c’est mon dernier sur une major. »

 

  • « Tu es assez dur avec les labels dans le livre. Tu les détestes ? »
elliott murphy
Photo : michel jolyot

« Disons que j’ai une relation d’amour/haine avec eux. J’ai d’abord été chez Poydor qui n’était pas encore un gros label aux Etats-Unis puis sur RCA qui est un bon label mais qui voulait que je fasse des trucs à la John Denver ce dont je n’avais pas envie. Chez Columbia c’était bien mais il y avait parfois des tensions à l’intérieur du label. »

 

  • « Il y a toute une partie du livre sur la scène punk new-yorkaise qui est particulièrement intéressant. »

« Je trainais dans les mêmes lieux qu’eux : le Mudd Club, le CB/GB, le Max Kansas City. Après je n’étais pas comme eux. Eux prenaient de l’héroine. Je n’ai jamais aimé l’héroine. Je prenais de la coke et buvais, c’est tout. Un jour Joey Ramone est venu me voir après un concert et m’a dit qu’il avait adoré mon concert. J’ai été agréablement surpris. »

 

  • « A propos de drogues, tu écris les choses sans aucun tabou. »

« Oui je voulais écrire la vérité. Pourquoi mentir ? »

 

  • « Il y a un truc fascinant dans ton livre. C’est la facilité avec laquelle on traine avec des super stars. Alors certes tu étais toi même musicien mais on a l’impression que l’on peut facilement croiser Lou Reed ou Jagger au cours d’une soirée. »

« Tout cela a changé après la mort de Lennon. Avant cela les musiciens, même les super stars n’avaient pas de gardes du corps. On pouvait voir Lennon ou Jagger signer des autographes dans les rues de New-York. »

 

  • « A propos de ces folles nuits new-yorkaises, je ne savais pas que tu trainais au Studio 54. Je ne t’imaginais pas comme un disco-boy. »

« (Rires). Je n’étais pas un disco-boy. Tout le monde allait au Studio 54. Jagger y trainait. Et puis je n’y allais pas toutes les nuits. C’était le lieu où aller. »

 

  • « Ta vie est incroyable. Je ne savais pas que tu avais tourné pour Fellini. »

« J’ai eu le privilège de vivre un âge d’or. C’est vrai que de la Rome de Fellini à la scène musicale new-yorkaise c’était merveilleux de pouvoir vivre ces années-là. Je pense que c’est MTV qui a mis fin à tout cela. Avec MTV on entrait dans une nouvelle ère. »

 

  • « Tu vis en France depuis trente ans. Tes premiers disques marchaient en Europe mais tu ne le savais pas. »

« Exactement. Ils marchaient en Europe et au Japon mais c’est vrai, on ne le savait pas. C’est en Europe maintenant que j’ai mon public, ici que je donne la majorité de mes concerts. »

 

  • « Tu as toujours écrit des livres. A la base tu voulais être écrivain ou musicien ? »

« En 1971 j’étais en Europe et ne savais pas si je voulais devenir écrivain ou musicien. Mon premier travail dans la musique a été d’écrire les notes de pochette du live du Velvet « 1969 : Velvet Underground Live with Lou Reed. ». Celui-ci a beaucoup aimé ce que j’avais écrit. Il est venu me voir jouer et devait produire l’un de mes disques. Cela n’a pas pu se faire. J’étais un peu déçu mais c’est Paul Rothschild qui l’a fait. De bosser avec un mec qui a travaillé avec les Doors ou Janis Joplin  a été un vrai plaisir. »

 

  • « Comment te sens-tu aujourd’hui ? »

« Très bien. Sur la photo d’illustration du livre j’ai 27 ans, l’âge où sont morts Hendrix, Joplin. J’ai survécu. J’ai vécu mon rêve rock’n’roll et j’ ai encore plein de projets, un livre de poèmes, un en co-écriture autour de la pandémie du Covid. »

 

Propos recueillis par Pierre-Arnaud Jonard

Crédit photos : Michel Jolyot

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