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YAK + THE SCHIZOPHONICS + HOWLIN’ JAWS, jeudi 21 février, Festival Les nuits de l’alligator, La Vapeur, Dijon (21)

Ce jeudi soir, à l’occasion du festival Les nuits de l’alligator, La Vapeur accueillait un triptyque des plus décoiffants. Puisant leurs inspirations au sein d’époques passées, les groupes présents dans l’incontournable salle dijonnaise ont offert à un public bien garni un voyage dans le temps mémorable. Que ce soit avec le rockabilly actualisé des Howlin’ Jaws, le garage dynamité des Schizophonics ou encore le psyché bruyant de Yak, les trois formations ont réussi le pari de nous ramener violemment vers des périodes plus ou moins révolues mais résolument rock’n’roll. 

C’est Howlin’ Jaws, jeune groupe parisien, qui ouvre le bal. Ce trio, qui sent bon les années 50, se démarque grâce à une instrumentation composée d’une batterie, d’une guitare et d’une… contrebasse. Les trois musiciens portent tous la même veste en jean, d’un mythique fabricant américain dont on taira le nom, et ne cachent pas leur attrait particulier pour la gomina. Entre rockabilly et blues d’antan, la formation navigue avec une aisance désarmante entre les décennies 50’s et 60’s. Les titres sont joués tambour battant et rendent un hommage honnête aux grands noms du rock’n’roll mais aussi à des formations plus récentes, les Stray Cats en tête. Les solos de guitare sont nombreux et laissent exploser la virtuosité de l’instrumentiste au grand jour. Le guitariste fend la foule à plusieurs reprises et semble remporter tous les suffrages d’un public plus que conquis. Au terme d’un set trop court d’à peine trente minutes, les trois Parisiens lancent la soirée de la meilleure des manières et annoncent la couleur.

Quelques minutes plus tard, un autre trio fait son apparition. La contrebasse laisse sa place à une basse électrique plus conventionnelle. Les vêtements sont différents, le style musical aussi, mais l’intention de retourner la scène dijonnaise est tout aussi visible. À la différence du premier groupe, davantage ancré dans les années 50, les Schizophonics nous font faire un bond de quelques années en avant. Du temps où le MC5 posait les premières pierres du hard rock. Dés les premiers sons, on est subjugué par la présence scénique du chanteur et guitariste Pat Beers. Son énergie débordante s’illustre à travers des acrobaties toutes plus créatives les unes des autres (grand écart, tourbillons en tous genres, etc.) et des assauts guitaristiques furieux. La plupart des solos sont d’ailleurs joués à une main, signe d’une remarquable aisance instrumentale. Avec des titres imparables comme Streets of Heaven & Hell ou encore Something’s Gotta Give, les Californiens ne laissent aucun répit à un public réceptif. Avant de laisser la salle souffler, les trois musiciens invitent sur scène les membres de Howlin’ Jaws pour un final fraternel et supersonique. Tous les six reprennent l’éternel Whole Lotta Shakin’ Going On du non moins éternel Jerry Lee Lewis. À en croire les multiples sourires présents au sein de la foule, la joie est communicative. On ressort de ce voyage dans le temps particulièrement lessivé mais réellement heureux.

À la suite des propositions rockabilly de Howlin’ Jaws et garage des Schizophonics, ce sont les sonorités légèrement plus psyché de la tête d’affiche Yak qui s’apprêtent à nous brutaliser les écoutilles. Traînant derrière lui pléthore de prestations scéniques explosives, le trio londonien n’a pas failli à sa réputation. Même si le set a mis quelques minutes à démarrer, la formation anglo-saxonne n’a pas mis longtemps à mettre tout le monde d’accord. À grands coups de guitare crasseuse et de claviers déglingués, la formation a pris un malin plaisir à nous asséner des mélodies d’une rare efficacité. Avec des morceaux flirtant avec les contours du krautrock, du post-punk voire même de la noise (le mégaphone parfois utilisé par le chanteur y étant pour beaucoup), les trois compères ont proposé un show légèrement plus déstructuré que les deux précédents. Et ce n’était pas forcément pour nous déplaire. On se surprenait à entendre par moment des relents des White Stripes ou encore des Stooges. À l’aide une setlist puisant dans ses deux premiers albums, le groupe n’a pas hésité à étirer certaines compositions. On retiendra des sons comme Bellyache, Harbour The Feeling ou encore Use Somebody. Et, sur un final s’appuyant sur le tubesque Hungry Heart, Yak terminait sa prestation avec une montagne russe musicale implacable. Renversant.

Trois concerts, trois trios. Cette soirée dijonnaise, qui proposait un bond suintant et énergique d’une bonne cinquantaine d’années en arrière, a su ravir les fans inconditionnels de ‘rock à papa’. S’appuyant sur trois groupes d’apparence similaire, le plateau des Nuits de l’alligator s’est révélé bien plus dense qu’il ne pouvait le laisser paraître. S’inspirant de genres musicaux bien distincts mais néanmoins ancrés dans des racines purement rock’n’roll, les trois formations se rejoignaient au niveau d’une seule et même démarche. Une démarche artistique sincère et dénuée de tout artifice. Et ça, c’est rare.

Hugo COUILLARD

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