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ZEAL & ARDOR + HANGMAN’S CHAIR, le jeudi 13 décembre 2018, La Laiterie – Grande Salle, Strasbourg (67)

Laiterie – Zeal & Ardor

Alors que Strasbourg vit des heures douloureuses, la date de Zeal & Ardor est tout de même maintenue, comme pour dire: la vie doit continuer! Ce soir la salle n’est pas pleine – on peut comprendre pourquoi – mais bon nombre de personnes ont bravé leur propre peur pour sortir dans la capitale alsacienne. Entrant dans le hall de La Laiterie, ce sentiment troublé nous poursuit jusqu’au merchandising de Zeal & Ardor. La mise en scène des articles est sombre, emprunt d’ésotérisme (des clous de charpentier, des crânes, …). Mais en fait, elle est rapidement balayée par un élan de légèreté et d’humour grâce à l’exposition de goodies surprenants et uniques. Comme des petits cailloux collectés durant une tournée, le climatiseur d’appoint – affiché à 1 000 euros, une paille – côtoie une chaussette “portée lors du show à la Cigale ” la veille ainsi qu’un petit tigre cracheur de bulles de savon…    

 

Laiterie – Zeal & Ardor

 

HANGMAN’S CHAIR

La soirée est entamée par Hangman’s Chair. Les géniteurs de Banlieue triste (2018, Spinefarm Records) balancent une chape de plomb sur la salle alsacienne. Il y avait de quoi être accablé ce soir: la musique des Hangman’s Chair résonne comme la bande son d’une ville meurtrière et sonnée.

Pendant trois quarts d’heure, les motifs arpégés et mâtinés de chorus coexistent avec les pesants accords ultra-saturés. Le rythme est des plus lents. Bienvenu en territoire slugde. On semble planer au-dessus de cet espace suburbain, banlieusard. On est contemplatif devant cette mélancolie riche de sonorités qui mériteraient l’appellation “heavy metal”.

Parmi l’assistance, on discerne Nicolas Duvauchelle. Il est vrai que l’acteur de Braquo a également participé cette année au clip de Naive. Une présence qui étonne nombre de spectateurs qui le reconnaitront au changement de plateau, alors qu’il échange avec le groupe francilien. Petit pied de nez à la situation actuelle strasbourgeoise…

 

ZEAL & ARDOR

L’amorce du show de Zeal & Ardor est invariablement la même depuis des mois: l’intro qu’est Sacrilegium I permet à la formation d’arriver sur scène, encapuchonnée comme de coutume, alors que l’emblème du groupe scintille dans la pénombre, insensible au beats de ce titre purement electro. Suivent In ashes et Servants, … la setlist est également toujours la même, concerts après concerts (sauf lors des festival: elle est alors ramassée).

Certains titres, à l’instar de Waste ou Fire of motion apparaissent ce soir comme des exutoires plus que nécessaires. La folle batterie et son blast cognent les tympans d’une foule qui a besoin de se sentir vivante. Le frontman Manuel Gagneux semble possédé tant lors de ses fulgurances vocales qu’au travers d’un regard troublant et injecté de sang. Ses comparses ne sont pas en reste. Qu’ils soient musiciens ou choristes, leurs attitudes, contorsions ou séances de headbanging prouvent qu’ils vivent avec la même intensité l’instant présent.

Ce soir, le son est exceptionnellement bon, contrairement aux Eurockéennes où la débauche de graves et de saturations faisaient de l’ombre aux voix. Ici, il n’en est rien: certes la puissance délivrée est totale, toutefois les trois chanteurs s’entendent distinctement. C’est un régal (You’re ain’t coming back et ses importantes variations vocales en une fraction de seconde). Le summum est atteint avec Built on ashes : c’est tout simplement sublime. Mieux encore sans les protections auditives!

Après s’être retiré un instant, la formation revient pour un rappel de trois titres, dont le single Devil is fine, mariant à merveille gospel et metal. Le groupe se sauve définitivement sous des vivats amplement mérités.

Ce soir, il y eut du bon à Strasbourg. D’ailleurs, les notifications sur les smartphones semblent aller dans ce sens: la ville respire à nouveau.

Benoît GILBERT

-Crédit photo: Benoît GILBERT

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