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Watain + Rotting Christ + Profanatica, le lundi 12 novembre 2018, Le Grillen, Colmar (68)

Après Copenhague… Leipzig… Varsovie… Prague… Budapest… Munich… Zoug… Milan… la tournée « The Trident’s Curse », débutée une dizaine de jours auparavant, fait escale à Colmar ce lundi 12 novembre, pour la première des quatre dates françaises, sur les vingt qui l’auront à terme fait traverser onze pays en trois semaines. La découverte de l’affiche m’avait laissé pantois… jugez plutôt : Profanatica (US), Rotting Christ (GRC) et Watain (SWE)… Si mes souvenirs sont bons, c’était quelques jours avant le coup d’envoi de l’édition 2018 du Hellfest… où le rituel de Watain, exécuté jour II du festival a durablement marqué mon esprit… et m’a laissé, trépignant, dans l’attente du présent événement.

La soirée est organisée par l’association colmarienne Headbang, en partenariat avec son homologue rennaise Garmonbozia, et se déroule au Grillen, qui vient de fêter ses vingt ans d’existence. Le Grillen, c’est un peu la salle metal du Grand Est par excellence, même si sa programmation ne se limite pas à ce seul genre musical. Ma première expérience de ce lieu remonte à 1999, Stereolab, et je n’y suis pas revenu depuis le concert dantesque de Mayhem (+ Dragged Into Sunlight) en octobre 2017. Et ce soir, le Grillen affiche sold out… plutôt pas mal pour un lundi !

A 19h15, nous nous garons sur un parking déjà bien rempli, longeons la maison ambulante des démons qui fouleront les planches ce soir et nous voyons remettre à l’entrée le ticket collector et les flyers annonciateurs des déflagrations à venir : Der Weg einer Freiheit (18/11), Skeletonwitch et Mantar (06/12), Aura Noir et Obliteration (11/12)… je me permets une digression : le 15/12, The Ex foulera les planches du Grillen dans le cadre de sa tournée « 40 years anniversary »… Qu’il fait bon vivre dans le Grand Est…

Running order théorique… il a été plutôt bien respecté…

19h30-20h10 : Profanatica

20h30-21h20 : Rotting Christ

21h50-23h00 : Watain

… parce qu’à 19h30 pétante, le trio américain entre en scène… même pas le temps de commander une bière.

Profanatica s’est formé en 1990 à New York, à la faveur de la dissidence de trois des membres fondateurs du groupe Incantation, a splitté en 1992 après quelques démos et EP, s’est reformé en 2001 sous l’égide de l’un d’eux, Paul Ledney, qui voue sa vie au metal depuis 1986 (Revenant) et qui a commis l’album culte Dethrone the son of God (1993) dans le cadre de son projet solo Havohej. Le groupe, signé sur le label Hells Headbangers Records, a réalisé quatre albums entre 2007 et 2016.

Pendant une quarantaine de minutes, les trois musiciens, uniformément vêtus de tuniques armoirées d’un chérubin soufflant dans une longue trompette, leurs visages grimés et encagoulés, vont déverser sur l’audience une mixture étrange et poisseuse de blackened doom death répétitive à l’envie. Ledney est arc-bouté sur ses fûts, ne relevant la tête que pour éructer dans son micro… sa frappe est courte, son jeu de batterie, parfois poussif et à la limite de l’approximatif. Les morceaux s’enchaînent sans réels moments forts, sans riffs marquants, alternant inlassablement blast beat et mid-tempo.

A la décharge du groupe : la scène, encombrée du matériel recouvert de tentures des formations qui vont leur succéder, l’oblige à faire face au public sans grande liberté de mouvement, renforçant peut-être cette impression de manque de relief tout au long de la prestation.

Il fait soif, direction le bar.

Les choses sérieuses commencent véritablement avec l’arrivée sur scène des Grecs de Rotting Christ. Depuis leurs débuts grindcore en 1987, et tout au long de ses trois décennies d’existence (douze albums studio, le treizième à paraître chez Season of Mist en février 2019) les frères Tolis (Sakis au chant et à la guitare et Themis à la batterie) ont su évoluer pour affirmer aujourd’hui leur style à l’identité marquée : le black metal de Rotting Christ est puissant et mélodique, reconnaissable entre mille surtout. Je les ai découverts en 2001, avec leur sixième album, Khronos, dans lequel figurait une reprise magistrale du morceau de Current 93, Lucifer over London. Les Tolis sont accompagnés depuis 2014 par Vagelis Karzis à la basse et George Emmanuel à la lead guitare.

La salle est comble lorsque l’obscurité se fait et que débute 666, de l’avant dernier album Kata Ton Daimona Eaytoy : parfaite entrée en matière, ce morceau n’étant qu’une longue montée en puissance… une certitude s’impose d’emblée : le show va être intense et épique ! Le groupe est sobre dans son attitude ; le son est, comme toujours au Grillen, impeccable. Fire, God and Fear, que Sakis présente comme un morceau de l’album à paraître, The Heretics, ne me convainc qu’à moitié. S’ensuit l’enchaînement imparable du trépidant Elthe Kyrie et ses couplets à base de voix féminine samplée et du tribal Apage Satana où guitares et basse n’apparaissent que pour conclure le titre dont toute l’intensité réside dans la psalmodie de Sakis rythmée par la batterie implacable de son frère et des choeurs de ses deux acolytes : surpuissant ! Au passage, Rituals, l’album dont sont issus ces deux morceaux est une pure tuerie. Les titres se suivent et donnent une idée de la grande variété du répertoire du groupe et de son sens inné de la mélodie. Les trois derniers morceaux arrivent beaucoup trop vite : le très thrash Societas Satanas, reprise d’un titre de leurs compatriotes Thou Art Lord, l’émeutier In Yumen-Xibalba, sans doute le titre que j’attendais avec le plus d’impatience et qui provoquera un circle pit… enfin Grandis Spiritus Diavolos, hymne taillée pour un final. Il y a quelque chose de frustrant à assister à un concert d’un groupe comme Rotting Christ, dont la discographie recèle un nombre incalculable de pépites et qui doit se contraindre à n’en interpréter qu’une dizaine… Allez, j’y vais de mon pronostic : ils seront à l’affiche du Hellfest 2019.

Il nous reste une demi-heure à tuer avant l’entrée en scène de Watain. Il fait chaud et ça n’est rien comparé à ce qui nous attend. Nous en profitons pour aller prendre l’air dans l’enceinte fumeur à l’extérieur de la salle et échanger nos impressions enthousiastes sur la prestation à laquelle nous venons d’assister. Il faut ensuite s’armer de patience pour accéder au bar. Je crois que c’est la première fois que je vois le Grillen à ce point peuplé. Sur scène, les tridents, les bannières, l’autel et le backdrop ont fait leurs apparitions.

Il n’aura pas fallu très longtemps à Watain pour devenir le monstre sacré du metal qu’il est, la fureur de ses apparitions scéniques ayant rapidement contribuer à forger sa légende. Le groupe se forme en 1998 (Watain est le titre d’un morceau du groupe hawaïen VON) et sort ses deux premiers albums, Rabid Death’s Curse (2000) et Casus Luciferi (2003) chez Drakkar Productions, un label spécialisé dans le black metal underground sis à Saint-Jean-du-Bruel, petite commune aveyronnaise de 652 habitants, dont l’un au mois est responsable, en partie, de cette tournée. Erik Danielsson, le leader, revendique clairement l’influence de groupes tels que Bathory, Mayhem et Dissection et entend bien porter sa création au pinacle. Trident Wolf Eclipse, sixième album du groupe est sorti au début de l’année sur Century Media.

Aux alentours de 22h, un technicien allume les cierges au-devant de la scène. J’ai peur l’espace d’un instant que nous n’ayons pas droit, ce soir, à l’embrasement des tridents, du fait de la proximité des équipements d’éclairage, peur vite dissipée lorsqu’au terme de l’introduction à base de chants monastiques le groupe entre en scène, Erik brandissant une torche. Et c’est parti pour une grosse heure de bruit, d’odeur et de fureur… impression d’être témoin de l’ouverture d’une porte de l’enfer en terre alsacienne ! Visuellement, ça a de la gueule… Storm of the Antichrist puis Nuclear Alchemy… le son est faramineux, la horde suédoise est déchaînée… The child must die… Danielsson caresse les flammes, scrute attentivement le public… oh… (je crois qu’) il m’a regardé… j’ai été fort… ai soutenu son regard… il a semblé satisfait… j’avais lu une interview de ce dernier dans laquelle il disait en substance que le but du groupe était d’atteindre l’excellence à chaque prestation : impossible d’en douter ce soir à Colmar. Watain se donne sans réserve… quelque chose de poignant, d’émouvant à ressentir la sincérité de leur effort à nous emmener vraiment ailleurs… Furor Diabolicus et  Sacred Damnation du dernier album pilonnent les rangs du public… entre les morceaux ou pendant les parties instrumentales, E. manipule des encens, nourrit le feu de « matières » dont l’odeur de combustion, ajoutée à la chaleur dégagée par les flammes, partout sur scène, nous enivre… l’expérience est totalement immersive… à deux reprises, il nous baptise de sang (?)… enfin, certains plus que d’autres… les morceaux se succèdent et un peu après 23h00 débute The serpent’s Chalice, au terme duquel les musiciens quittent la scène laissant Erik seul conclure sollenellement le rituel… il éteint une à une les bougies de l’autel et se retire, humblement, une main sur le coeur, sous les ovations du public… rock’n’roll…

Merci à Headbang… pour l’accréditation bien sûr… mais surtout pour votre dévouement qui rend possible ces moments mémorables. Avant Headbang, il y avait Hopla… j’ai assisté à un paquet de bons concerts grâce à vous… pas autant que j’aurais voulu… Besançon – Colmar, aller et retour = 340 kilomètres… une pensée toute particulière au monsieur barbu qui a tiré des bières toute la soirée en restant parfaitement zen !

Fred

Photos : Anne, Fred

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