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INTERVIEW : LYSISTRATA

Seconde entrevue accordée à Sensation Rock lors du festival Décibulles: Lysistrata. L’entretien est champêtre – c’est le moins que l’on puisse dire assis en tailleur au beau milieu d’une pâture – et permet de revenir sur la scène actuelle, l’enregistrement de leur album, une mise au point concernant leur prix Ricard Music Live reçu l’an passé et quelques autres digressions… 

 

Question – Salut, est-ce que vous pouvez vous présenter rapidement pour les gens qui ne vous connaîtraient pas encore ?

Ben – Alors on s’appelle Lysistrata, on vient de la ville de Saintes dans le Sud-Ouest et on existe depuis janvier 2013. Quant à notre style, je ne sais pas trop exactement ce que c’est…

Max – Un dérivé de rock.

Ben – Du rock alternatif. Ouais on va dire ça, c’est plus simple que de partir dans des sous-genres ultra compliqués.

Max – Théo est à la guitare, Ben à la batterie, et moi à la basse.

 

Lysistrata Décibulles 2018

Question – Et donc c’est Ben qui est originaire de Bristol si j’ai bien compris ?

Ben – Ouais : je suis né en France mais toute ma famille est originaire de là-bas.

 

Question – Et tu es né à Royan c’est ça ?

Ben – Ouais. Vous savez tout maintenant. Ils ont mon passeport ! (rires)

Max – Et d’ailleurs Ben va avoir sa nationalité française !

Ben – Oui, je suis passé au tribunal l’autre jour, je ne sais pas pourquoi ça se fait au tribunal d’ailleurs pour avoir la double nationalité.

 

Question – Félicitations, donc tu vas être champion du monde demain. (la finale France-Croatie se jouant le dimanche et dernier jour du festival, NDLR.)

Ben – Exactement ! J’aurai pu être champion du monde deux fois mais non, l’Angleterre joue tellement mal en ce moment. (sourires)

 

Question – Elle perdait 1-0 tout à l’heure… je ne sais pas si tu suivais le match pour la 3e place contre la Belgique.

Max – 2-0 maintenant…

 

Dätcha Mandala, le 21 mars 2018 La Laiterie, Strasbourg

Question – Revenons à nos moutons : dans le Sud-Ouest il y a une grosse scène locale, indie : J.C. Satan à Bordeaux, Dätcha Mandala, … Qu’est-ce que vous pensez de ce mouvement qui explose et qui se diffuse en ce moment en France ?

Ben – Ouais on croise un peu tous les groupes qui montent en même temps. A Bordeaux il y a beaucoup de formations rock, garage et de trucs dérivés du stoner, elles sont très fans de trucs à la Kadavar. Mais c’est cool, …

Théo –  Tous les groupes de Born Bad (Records, NDLR), c’est des bons groupes. Maintenant ça n’existe plus, mais pas loin il y avait Africantape (label sur lequel on retrouve entre autres Papier Tigre ou Peter Kernel, NDLR). Quand tu suis les bons labels, il y a des bons groupes.

 

Question – Vous avez pas mal tourné dans le coin forcément, à la Sirène notamment et vous vous êtes faits repérer via le Ricard Music Live en 2017 ?

Max – Avec toutes les dates de concerts surtout.

Ben – Le Ricard a été un boost en plus, avec un poids médiatique.

Max – Les dates on les avaient avant ; le prix nous a rajouté dix dates dans notre planning, on l’avait pas forcément prévu. Ouais c’était surtout médiatique.

 

Lysistrata Festival Détonation 2017

Question – On a pu vous voir au mois de septembre à Détonation et on avait déjà échangé sur le Ricard Tour (interview radiophonique sur Radio Campus Besançon, NDLR) . Vous disiez que cela permettait de mettre en lumière le groupe mais qu’avant cela, vous étiez déjà au charbon.

Théo – En fait on ne parle plus trop de Ricard. On en a parlé 1000 fois et au bout d’un moment cela nous a presque desservi. C’est vrai que c’était cool ; l’équipe est adorable.

Max – Evidemment il y a plein de gens qui nous ont découvert avec cet événement, ça a ouvert un champ que nous n’aurions peut-être jamais eu, des articles dans des trucs qui ne se seraient jamais intéressés à nous.

 

Question – Comme de jouer avec Mome et Mai Lan ?

Ben – Exactement, mais c’était drôle! Pour ma part, c’est une tournée que je n’oublierai pas.

Max – Tu as des gens qui sortaient de la soirée et disaient : « putain j’avais jamais écouté de rock de ma vie ! ». D’autres fois, il y en a qui viennent nous voir dans les salles. Ils kiffent trop mais on est le seul groupe de rock qu’ils écoutent… Et puis il y a des jeunes qui sont venus voir Mome et qui après notre concert se sont mis à écouter plein de choses différentes. C’est juste aux antipodes.

 

Question – En parlant de tournées, vous avez récemment fait un détour par la Chine. Comment ça s’est passé ? Les groupes français sont assez appréciés là-bas.

Théo – C’est vrai. On avait fait une première tournée asiatique, on avait fait Malaisie, Vietnam, Indonésie, c’était hyper cool, le public est très curieux et ils n’ont pas l’habitude d’avoir des concerts tous les jours. C’est vraiment différent, ils ont envie de prendre des photos tout le temps de toi après un concert. Tu as l’impression d’être Jésus (rires).

Ben – Ils viennent sur la scène à la file pour se faire tirer le portrait.

Lysistrata Décibulles 2018

Théo – Ouais, c’est un public carrément différent. Les Chinois étaient cools mais c’était bizarre : c’est la dictature là-bas, tu sens que les gens sont très timides, réservés même. Ils ne vont pas faire des pogos et se foutre sur la gueule sinon ils se font taper…

Ben – Mais c’était intéressant qu’ils nous choisissent pour qu’on aille jouer là-bas. Les seuls groupes de rock qu’ils connaissent c’est Linkin Park et c’est à peu près tout… Du coup avec notre son assez vénère, punk, c’était drôle : des gens sont partis parce qu’ils ne comprenaient pas ce qu’il se passait. Donc je trouvais ça cool qu’on nous envoie là-bas alors que c’est à l’opposé de leur culture.

Max – Grave !

 

Question – Justement il y a pas mal de groupes alsaciens qui ont déjà franchi le pas : Colt Silvers, 1984, Last Train sont également allés en Chine. A chaque fois, ils disent vouloir y retourner parce qu’ils n’ont fait que 3 dates et qu’ils aimeraient en faire davantage.

Lysistrata Décibulles 2018

Max – Ouais carrément. On a joué notre dernière date à Pékin, c’était dans un club avec des groupes chinois et c’était trop bien. On a envie de refaire ça.

Ben – C’est la seule date où l’on avait l’impression que les gens étaient vraiment là pour écouter du son.

Théo – La plupart des dates c’étaient des gros concerts organisés par l’Institut Français: très bling-bling, grosse scène avec des lumières de partout, avec des expat’ et ce n’est pas vraiment ce que l’on recherche. On est plus dans l’idée de jouer dans des clubs à l’étranger, créer des vrais liens avec les gens. Pas simplement pour promouvoir la culture française.

 

Question – Mais c’est tout de même bien que l’Institut Français fasse appel à vous ?

Max – Oui c’est cool qu’on nous choisisse, tout comme pour le Ricard…

Ben – C’est pas habituel qu’on gagne des trucs de ce genre-là et qu’on nous propose ce genre d’événements.

 

Question – D’ailleurs pour le Ricard Music Live 2018, c’est MNNQNS qui a gagné cette année.

Ben – Oui et ça nous a fait plaisir, parce que ça s’ouvre aussi !

Max – On s’est dit « ils vont pas prendre du rock deux années de suite »… et si ! On était un peu médisant (rires). Mais c’est chouette, l’accompagnement est vraiment bien.

(MNNQNS, If only They could)

 

Lysistrata – Pale blue skin, 2017

Question – Ce prix vous a permis de financer un EP. Ce dernier vous a-t-il servi de base pour l’album ?

Ben – Pas forcément, c’est une sorte d’avant-goût parce que l’on avait déjà l’album en prévision. On savait qu’on allait en studio en juin dernier. On n’avait pas prévu de sortir un EP (rires). Donc on a mis dessus des morceaux que l’on ne voulait pas pour l’album.

Max – En réalité l’album est sorti vraiment peu de temps après, soit trois quatre mois, du coup on n’a pas laissé le temps « de vivre » à l’EP auprès du public et des pros. Beaucoup ont considéré l’EP comme un CD promo ; de notre côté, nous étions vraiment focalisés sur l’album.

 

Question – Et depuis la sortie de l’album, quels sont les retours du public ?

Max – Chouettes! On a plein de dates.

Ben – On a bien tourné dessus et en peu de temps, donc c’est cool.

 

Question – Vous avez déjà du nouveau matériel à proposer ?

Ben – On y travaille… enfin quand on a le temps car on a beaucoup de dates. Quand on trouve du temps pour répéter, on bosse dessus. On a quelques petites idées, on jouera un nouveau titre ce soir (le groupe se regarde et finit pas lâcher un « oui c’est sûr »). Mais on n’a rien de prévu pour l’album, le studio, on va faire des morceaux quand on aura le temps. Quand on en aura assez et que l’on sera prêt, on se lancera.

Théo – Les choses vont crescendo: on a sorti l’album, on tourne pas mal, … L’été c’est cool, on ne fait pas que des gros événements ou que des petits trucs… on fait un peu de tout. Prochainement on se tape les gros festivals : on fera Dour, le Paléo, Les Vieilles Charrues, … Bref, la suite s’enchaînera tranquillement, mais on ne sait pas quand.

Lysistrata Paléo 2018

 

 

Lysistrata – The thread, 2017

Question – Concernant le son de l’album, ce qui m’avait marqué c’est son caractère très aérien : il y a des temps morts entre les morceaux, il y a vraiment de « l’air », les pistes respirent. Il est difficile de vous coller une quelconque étiquette et peut être que vous vous en foutez un peu…

Lysistrata –Ouais ! (rires)

 

Question – Question influences, quand on écoute l’album ou au vu d’autres interviews, votre album The thread rappelle At The Drive In, parfois Refused et des trucs noisy ou percussifs à la Battles. Par ailleurs, le mix est bon !

Théo – C’est Michel Toledo notre sondier référent qui a fait les prises et le mix. Voulant un son live, on s’est appuyé sur le mec qui nous connaissait le mieux en pareille situation.

Max – De plus, on n’avait pas envie de se prendre la tête, mais plutôt d’être en famille. On avait confiance en lui. On lui a juste dit : « si t’es chaud Michel, on fait l’album avec toi ». Au final, on est hyper satisfait du résultat.

Ben – On s’est pris une semaine en studio, on a enregistré uniquement en live. On lui a fait entièrement confiance.

Théo – On a eu l’expérience de studio sur les premiers trucs mais c’était une expérience de cuisine, pas terrible (sourires). Puis il y a eu le EP avec le Ricard, ça s’est fait au BIM à Montreuil, …

Ben – C’est les studios des Stuck In The Sound.

Théo – Ouais mais on n’avait pas fait de prise live … On voulait un truc vraiment brut et Michel, qui avait déjà enregistré dans ce studio (dont Headcases), nous a dit « les gars moi j’ai fait des enregistrements il y a dix ans là-bas, je suis chaud d’y retourner c’est un studio d’enc****, vous allez être bien ». Et ça s’est super bien passé : on était tous les quatre et c’était terrible. C’est la grosse campagne à 50 minutes d’Angers, à 50 minutes de la vie quoi !

Ben – C’était cool, c’est un gros studio dans lequel on pouvait tous se regarder et ça c’est important pour nous. Les morceaux sont écrits mais il y a des passages qui peuvent durer plus longtemps et on voulait ça aussi sur l’album, des longueurs… (au même moment sur la Grande Scène, Knuckle Head reprend Personal Jesus, ce qui détourne le groupe de leur réponse, NDLR)

 

Question – Donc ce soir en concert on peut s’attendre à une ambiance proche de l’album ?

Ben – On a un set de 35 minutes…

Max – On va aérer moyen. (rires)

 

Question – Un show aussi brutal que les Pogo Car Crash Control hier soir ?

Max – On a aussi des passages bien bourrins.

Ben – J’aurais bien aimé les voir sur cette scène-là. On les a vus sur de plus grosses scènes et on était moins dedans. C’est mieux sur une petite.

Pogo Car Crash Control Décibulles 2018

 

Question – Pas de morceaux de 8 minutes alors ?

Ben – Si carrément ! On va essayer de les rentrer.

Max – En fait, on n’a pas des masses de morceaux courts actuellement…

Ben – On risque de dépasser un peu. (sourires)

(Lysistrata, Sugar and anxiety – titre présent sur le EP et sur l’album The thread)

 

Question – Quels sont vos partenaires de jeux avec lesquels vous aimez partager un plateau ?

Théo – We Insist ! de Paris, on a joué pas mal de fois avec eux. Equipe de Foot, Ropoporose…

Max – Johnny Mafia, Papier Tigre, Nursery un groupe de Nantes…

Ben – Robot Orchestra. Ils sont Belges mais aussi les It It Anita, des méga potes.

Max – Il y en a pas mal.

(It It Anita, Say no)

 

Question – Et par extension avec qui vous souhaiteriez jouer ?

Max –Papier Tigre ! (rires)

Ben – Peter Kernel, on est ultra fan ! Ils sont ici ce soir, on est super content de jouer avec eux !

Max – On les a ratés partout, mais vraiment partout ! A chaque fois que l’on partageait une affiche, ils jouaient soit la veille soit c’est nous qui devions partir…

Théo – C’est un super groupe, on écoute depuis un bail mais on ne l’a jamais vu sur scène. On a l’impression d’aller voir Sonic Youth (sourires). Gros gros groupe.

(Peter Kernel, Men of the Women)

 

Question – Merci encore à vous et bon show ce soir !

 

-Propos recueillis puis retranscris: Benoît GILBERT.

Interview croisée avec Olivier Olland de Jaimelesfestivals.fr

-Crédit photos : Benoît GILBERT (sauf cliché pris lors du festival Détonation – source : Radio Campus Besançon)

 

Merci au groupe ainsi qu’à l’équipe du Festival Décibulles pour avoir permis cet entretien !

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