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EELS, Jeudi 19 Juillet 2018, La laiterie, Strabourg (67

Une clope dans le parc à fumeurs de la laiterie permet de prendre le pouls de cette soirée qui s’annonce en compagnie de Eels. La moyenne d’âge se situe entre 30 et 40 ans. Ça fait plus de 20 ans qu’on suit la carrière de E. et des musiciens qui l’accompagnent. Rarement les mêmes d’un album à l’autre. Il est comme ça E. Il garde les rênes de son projet qui prend les couleurs de son âme tour, à tour fantaisiste et torturée. 
L’ambiance est là dès le fumoir. 
Sur scène, That1guy s’ébat sur son instrument, Magic Pipe à pédale qu’il utilise de maintes façons, tel un homme orchestre il exploite toutes les possibilités de sa machine de guerre, harpe steampunk qu’il tapote et frôle de son archet selon son envie. Il a trimballé sa folie douce du Nevada jusqu’ici et enchaîne des morceaux surprenants de complexité entrecoupé de tours de magie, de jonglage et de lancer de baguette plus ou moins audacieux. Des trésors de malice qui influencent positivement une salle toute disposée à se laisser emporter par sa dinguerie. On passe une petite heure avec cette énigme musicale et c’est une révélation. 


À la fin de son show, on garde soigneusement la place avec vue dégagée sur la scène. Pas question de se retrouver dans la posture habituelle qui consiste à sautiller en se tordant le cou derrière un type de 2 mètres. 
À 21h tapantes, extinction des feux, le thème de Rocky retenti et un frisson parcourt la salle. A la fin de cet air si familier qui colle aux oreilles, on voit débarquer 4 mecs élégants armés de cornes de brume. Ils chaussent des lunettes noires qu’ils ne quitteront pas une seconde sur le ring. On n’est pas vraiment dans le registre armoire à glace et protège dents et le contraste entre la musique d’ouverture et l’entrée des artistes sera la première blague des Eels. Pour autant, nous ne sommes pas à l’abri de quelques directs bien envoyés.
Mr.E, en total look jean avec des ourlets retournés de 20cm, chapeau vissé sur le crâne, prend sa place sur le devant de la scène légèrement décalé pour laisser à ses musiciens la visibilité qu’ils méritent. La classe d’un leader qui n’a rien à prouver. 
Ça commence fort avec des morceaux rock qui s’enchaînent sans répit. La voix éraillé d’Everett touche une corde sensible et réveille une part d’adolescence enfouie chez les trentenaires réjouis.
Après 5 morceaux explosifs du dernier album, The Deconstruction, E. prend la parole. Le ton est donné, il plaisante, il sourit, il est dans d’excellentes dispositions et sa présence lumineuse irradie. Il nous gratifie de quelques pas de danse rudimentaires. Des chorés plus amusantes qu’autre chose qui annoncent l’autodérision dont il fera preuve tout au long de ce show généreux au rythme imparable. Pour beaucoup cette soirée ressemble à un rêve qui se réalise. Eels quoi. 

Malgré une chaleur torride, on s’agite de plus en plus, collés les uns aux autres dans une laiterie qui affiche complet depuis plusieurs semaines déjà. 
C’est au premier break qu’on apporte une guitare à E. qui lâche maracas et tambourin et qui canalise son énergie pour une session soft rock. Un frémissement particulier se fait ressentir dès les premières notes de tracks bien connues, That Look You Give That Guy de l’album Hombre Lobo, My Beloved Monster de Beautiful Freak ou encore Novocaine For The Soul du même album et bien d’autres titres encore qui font partie intégrante d’une culture pop des années 90, 2000.

  1. rappelle que ça fait 21 ans qu’il n’a pas été de passage à Strasbourg, on devine que c’est la tournée de Beautiful Freak, l’album de la consécration, qui l’a jadis conduit jusqu’à nous. Les sourires ne quittent pas les visages. Pendant que le groupe déroule la playlist idéale, puisant dans l’ensemble de sa discographie.

    Lorsque le guitariste de Génie (The Chet) demande au public s’il a une envie spécifique, un tordu qui n’est toujours pas redescendu demande la marseillaise mais à part ce faux pas la majorité de ceux qui osent prendre la parole exige I like Birds. Patience, ça vient.  La joie déferlera quelques dizaines de minutes plus tard quand le titre phare de Daisies Of The Galaxy sera enfin concédé..

 

On se souvient des années sombres du leader, de l’album Electro Shock Blues et sa beauté élégiaque qui raconte la maladie et les deuils auxquels il a du faire face. De cet album, il jouera les somptueux Climbing Up To The Moon et P.S, You Rock My World, des morceaux qui, malgré la tonalité de l’album, s’illustrent par la pulsion de vie qui les porte.

C’est à mi parcours qu’on a pu s’amuser de l’incruste de That1Guy, notre homme orchestre rapplique sur scène devant un groupe figé et des lumières baissées. Il vient une première fois, provoque l’hilarité et part chercher son instrument aussi loufoque que lui. Une intervention aussi brève que réjouissante qui se poursuit par les sarcasmes de E. définitivement pince sans rire.

Quelques temps avant de nous dire au revoir, E. Prend le temps de présenter les musiciens d’exception qui l’accompagnent. The Chet, le guitariste à la présence joviale et aux multiples talents qui interrompt son office pour un solo de bongo endiablé ou assure les choeurs sur plusieurs titres avec le bassiste, P-Boo. Lors de la présentation, il nous est demandé de faire un accueil particulièrement chaleureux au nouveau batteur qui fait sa première tournée en tant que membre de Eels, Little Joe. Pour faire connaissance, le groupe joue une rapide chanson qui fait la part belle à la batterie et sur laquelle on découvre des détails majeurs sur le petit nouveau tels que sa taille et son signe astrologique.

Le show repart sur les chapeaux de roue avec des extraits de Tomorrow Morning (I Like The Way This Is Going), Wonderful Glorious (Open My Present) et une reprise réussie de When You Are Mine de Prince.

Après un enchaînement de titres calibrés pour faire monter la sauce, le groupe quitte la scène avant de revenir pour pas moins de trois rappels, Mr E. Beautiful Blues du très représenté Daisies Of The Galaxy, Fresh Blood d’Hombre Lobo. Et en guise de final, une reprise de Love And Mercy de Brian Wilson et Blinking Lights (For You) de Blinking Lights And Others Revelations.

 

Après ces derniers titres, on tente désespérément de faire revenir le quatuor sur scène mais c’était bel et bien un au revoir. Quand les lumières se rallument, la joie est palpable. C’est une belle soirée qu’on a passé avec les motherfucking Eels comme les a présenté The Man Called E.

 

Nous sommes toutes et tous retombés dans le bouillon des nineties pendant près de deux heures, déshydratés mais heureux, on espère ne pas avoir à attendre 20 longues années pour revivre un moment comme celui-ci.

 

Adeline POIDEVIN

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