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INTERVIEW : Jean-Paul Roland, Directeur des Eurockéennes ( Partie 1 )

En mai dernier, nous avons eu le plaisir de rencontrer Jean-Paul Roland, le directeur des Eurockéennes. L’occasion pour nous d’en savoir plus sur ce que nous réserve la trentième édition du festival !

SR : C’est la trentième des Eurockéennes cette année, comment aborde-t-on un événement comme ça ? Vous avez tenu à faire quelque chose de spécial ou ce sera une année comme une autre ?

JPR : À mon avis, c’est quand même spécial parce que le paysage des festivals a changé donc on commence à être dans la catégorie un peu dinosaure tu vois. Pas forcement un dinosaure en voie de disparition hein, mais des festivals de plein air qui datent de 30 ans, il y en a pas non plus énormément. En plus, des festivals dit associatifs, il n’y en a pas non plus beaucoup. Et quand je dis associatif, c’est finalement moins pour la structuration que pour l’esprit, et peut être que c’est ça qu’on a eu envie de fêter à la trentième. C’est déjà remercier les parties prenantes du festival, les festivaliers mais il y a aussi les riverains, les collectivités, les partenaires, les mécènes, le site du Malsaucy. Quand on a commencé à imaginer cette trentième on s’est imaginé deux axes. Le premier, c’était de garder l’esprit, ne pas dénaturer ce qu’était les Eurockéeennes pour aller vers quelque chose de trop clinquant ou quelque chose qui nous ressemblerait pas trop. Dans le même temps, on a essayé de penser un peu aussi à ce qu’il y a autour. Et quand on a travaillé là dessus, la troisième chose c’était de se dire qu’on ai pas un coté trop rétroviseur. On a essayé de caractériser par un mot et « mouvement » c’était un mot qui nous plaisait bien parce que nous, notre équipe  est en mouvement, et le festival c’est des mouvements de foules, des mouvements artistiques. Donc voilà, on était un petit peu autour de ça, ce qui nous a rapidement amené au projet de danse. Le projet de danse c’était de dire, et bien nous, on est des fans de l’art chorégraphique, donc comment le Malsaucy pourrait accueillir différentes esthétiques de l’art chorégraphique ? Et ce n’est pas simplement pendant le festival, mais pendant tout le temps de l’énergie du festival c’est à dire le montage, le festival et le démontage. On considère que le Malsaucy est un espace à l’énergie communicative voir inspirante. À ce moment là, on a demandé à des chorégraphes de venir et de faire ce qu’on a appelé des interstices qui vont être filmés soit au milieu du public, soit dans les algecos de direction, soit dans les backstages etc… C’est une façon de dire que les Eurockéennes, au lieu de simplement se regarder le nombril, peuvent dans leur énergie pouvoir provoquer quelque chose dans un art qui est voisin. C’est un petit peu comme ça qu’on a pu travailler. On a fait la même chose par exemple sur le land-art avec la fresque de Saype.

SR :C’est en fait parler des Eurockéennes au delà des scènes et de la musique ?

JPR : Oui et puis c’est surtout ce qu’on fait nous, il y a une équipe ici de 10 personnes mais au final c’est plusieurs milliers qui travaillent, c’est 130 000 spectateurs, une soixantaine de groupes, donc tout ça c’est une énergie collective. L’idée c’était d’échapper au coté on se fait un gâteau, on le souffle, on se tape sur le bidon et on est tous content.

SR: C’est bien aussi ça une bonne bouffe non ?

J PR: Je te dis pas qu’on la fera pas, on va pas non plus se mettre à la diète! ( rire )

SR : Vis à vis de la danse , y aura t il une dimension participative avec le public ?

JPR : C’est effectivement une bonne question, on va dire qu’il y a un peu deux temps. Le temps avant le festival ce ne sera pas public. Enfin je veux dire que si vous vous baladez au Malsaucy, vous risquez de tomber sur un balai de 30 personnes, le balai du Rhin ou le balai de Lorraine qui fera quelque chose. Pendant le festival, on va filmer ça, le but c’est quand même de filmer ces gestes chorégraphiques. Après, on est en train de réfléchir sur ce qu’il va y avoir sur le site. Ça, effectivement, on est en train de chercher mais on partirait plutôt sur quelque chose de participatif. Après c’est un peu plus compliqué, puisque soit on est sur scène soit on est dans le public. On est en train de réfléchir avec 2 compagnies pour qu’effectivement ce soit participatif. En essayant d’éviter le Flash mob, plutôt d’être dans un geste chorégraphique collectif.

SR : Donc ce qui va être filmé avant, ça va être diffusé sur des écrans, ça va être un peu dissimulé dans le festival?

JPR : Alors en fait, encore une fois, tout ce qui est avant on verra ça sur le net mais surtout ça va faire l’objet d’une collection. Il faut savoir qu’Arte est partenaire de cette affaire là et donc ce sera diffusé sur Arte, on est en train de chercher le format et on pourra retrouver ça sur les différents sites internet comme une sorte de collection. En fait c’est un hommage à l’art chorégraphique, il ne faut pas croire que les compagnies auront un t shirt Eurockéenne. Nous on propose le plateau et on se dit qu’on a peut-être un lieu inspirant pour ça, c’est un hommage qu’on rend à l’art chorégraphique.

SR :Au delà du coté artistique, comment vous vous situez par rapport à Live Nation qui est également une assez grosse machine de guerre qui s’installe, ou Lollapalooza qui tente finalement de miser que sur des grosses têtes d’affiche ?

JPR : Si on parle de Live Nation ce sont aussi des gens avec qui on travaille à l’année. C’est effectivement un grand groupe, il font des concerts, il vendent des tickets mais aussi ils sont agence de booking, on leur achète des artistes. Donc effectivement, on pu tout à la fois leur acheter par le passé par exemple je pense à Jay-Z, et cette année c’était Macklemore mais il y a aussi des plus petits artistes découvertes avec qui on travaille. Ce qu’il faut comprendre puisqu’on est en train de parler un peu de concentration actuellement, c’est que ce phénomène existe dans le live mais aussi dans la musique enregistrée. Par exemple, là, Sony notamment rachète des parts d’EMI, donc c’est un phénomène de concentration assez fort. Dans le Live, il a l’air d’être un peu plus flagrant qu’avant mais il y a pas que Live Nation il y a d’autres groupes. La seul difficulté qu’on pourrait avoir par rapport à ça, c’est de garder une certaine diversité. Quand il y a concentration pourquoi pas mais il faut pas que ça empêche les autres de respirer. C’est juste ça qu’il faut arriver à faire en France. Il y a des festivals comme les eurockéennes, il y a des festivals comme Lollapalooza, des festivals beaucoup plus petits, des esthétiques plus particulières. C’est cette diversité, finalement cet écosystème, qu’il faut conserver. Après, que les prix des artistes augmentent, c’est un phénomène qu’on a vu arriver mais qui n’est pas forcement en corrélation avec Live Nation. Si on regarde le paysage actuel, par exemple Depech Mode c’est le gros groupe de cet été, ils passent aussi bien ,à Musilac qu’au Vieilles Charrues etc. Donc cette hausse des cachets elle est pas forcement liée à l’arrivée de Live Nation ou à l’arrivée des grands groupes, elle est liée simplement à l’offre et la demande. Il y des festivals qui peuvent mettre pas mal d’argent sur la table, donc les artistes se vendent au plus offrant. Alors après, comment on lutte avec ça? Par exemple de notre côté, on s’aperçoit que quelqu’un qui va venir aux Eurockéennes, va effectivement venir pour 1 ou 2 groupes mais il va surtout venir pour l’expérience qu’il vit. Pendant que parfois il y a des supers groupes qui passent, il y a des gens qui sont en train de rigoler en partageant un kebab ou une bière, je veux dire ça fait partie de l’affaire, moi j’ai pas de problème pas rapport à ça. Et cette expérience, le camping, la possibilité de rencontres, la sociabilisation etc, ça fait partie du package et de l’expérience Eurockéenne. Pour nous quand il y a une affiche, bien entendu il y a l’affiche, mais aussi tout ce que ça veut dire, le camping, le temps que tu vas passer, l’ambiance, l’accueil, le fait de ne pas être uniquement avec des mecs de ton coin, les possibilités de rencontres, c’est tout ça les Eurockéennes. Donc la proposition qu’on a face à des nouveaux festivals, c’est que nous on a une histoire. C’est à dire que si on dit à quelqu’un qui a 12 ou 13 ans qui n’est jamais venu, on lui dit eurock il voit à peu près ce que ça veut dire, il en a entendu parler voilà, au delà des groupes. C’est comme ça qu’on essaye de surnager.

SR : C’est créer une diversification, élargir, et ne pas se concentrer que sur les scènes et la programmation?

J : Oui oui, même si c’est ce qui nous fais lever le matin, ce sont les groupes.

SR : C’est vrai que les gens s’aperçoivent que c’est moins facile, qu’il y a moins de grosses têtes d’affiche, il y a plus de Muse, de Coldplay, de choses comme ça.

J : Heureusement ils sont déjà venus ceux que tu cites donc ça va, mais si tu veux, concrètement, avec Muse on approche du million d’euros, on a un budget qui est de 2 millions et demi, bon est ce qu’il faut mettre plus d’un tiers sur un groupe ?  C’est un festival tu vois, c’est pas une tête d’affiche et on construit des choses autour. Nous il y a des groupes qu’on va payer très cher, qui ne sont pas connu, mais qu’on veut absolument et qu’il faut faire venir de loin. C’est le luxe qu’il faut qu’on arrive à s’accorder. On est des fans de musique, alors je dis pas qu’on est des ultra connaisseur, mais bon un peu quand même. Donc il faut qu’on ai les moyens de nos ambitions et de nos envies. Après, les têtes d’affiches, ça dépend pour qui. L’année dernière ou quelques années avant, on annonçait Major Lazer sur la scène de la plage et il y avait beaucoup de gens qui disaient qu’il n’y a plus de têtes d’affiche. Alors que bon, Major Lazer…Ou alors, la Squale, est-ce ce que c’est une tête d’affiche ? Dans le collège de ma fille, La Squale c’est une tête d’affiche, plus que Muse.

SR : Oui, c’est le public qui évolue.

JPR : Le public a rajeunit, et nous notre but c’est pas tellement de se dire “bon on va faire venir Scorpion et Deep Purple comme ça ce sera super cool pour les quadragénaires” , pour nous on est résolument un objet de modernité. C’est à dire que comme ceux qui étaient là avant nous, on veut aussi faire des groupes nouveaux parce qu’on pense que c’est de là que vient l’énergie. C’est aussi la curiosité et ce qui fait avancer le schmilblik, c’est à dire les musiques actuelles. Tu sais, quand on a fait Booba l’année dernière c’est l’année qui a accueilli le plus de monde de toute l’histoire des Eurockéennes. On a dépassé les 32 000 personnes, donc est ce que c’est parce qu’il faisait beau ou c’était Booba ? Je dirais quand même un peu Booba. Un peu même beaucoup. Si tu veux, Booba c’est une énorme tête d’affiche, on nous en parle encore maintenant, tu vois ce que je veux dire, après c’est les goûts et les couleurs.

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