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DEERHUNTER – Le mercredi 30 mai, La Rodia ( 25 )

Ce mercredi 30 mai, entre orage et accalmie, La Rodia proposait une formule des plus appétissantes destinée à tout amateur de shoegaze ou de dream pop qui se respecte. Les américains de Deerhunter, accompagnés de Vorhees en première partie, ont pu gratifier le public du Club de murs de sons à la fois denses et aériens.

 

Il est environ 20h45 lorsque Vorhees, le projet de l’ingénieure du son new-yorkaise Dana Wachs, démarre son set. Seule sur scène, armée de sa guitare, d’un clavier et d’innombrables pédales et accessoires d’effets, l’Américaine fait face à une foule qui peine à se remplir. Mais il ne faudra pas attendre bien longtemps pour que le Club, la deuxième salle de La Rodia, accueille progressivement un public plus important. Après une longue introduction expérimentale où le one woman band s’amuse à superposer différentes couches sonores, la boîte à rythme fait son entrée et les premiers sons de voix se font entendre. Les ressemblances vocales avec Rachel Goswell de Slowdive sont évidentes mais on croirait également reconnaître à certains moments, aussi improbable que cela puisse paraître, le timbre à… Madonna. Néanmoins, les connaisseurs, bercés par le shoegazing, pencheront bien évidemment pour la première référence. Plus de trente minutes durant, la musicienne présente, à l’aide d’enchaînement de boucles contemplatives et baignées de reverb’, des perles dream pop issues de son dernier EP Black Horse Spike. Si le set a eu du mal à démarrer, Vorhees a petit à petit su instaurer une atmosphère enveloppante et vaporeuse laissant libre court à la rêverie. De bon augure pour la suite.

 

Étape d’une tournée française de seulement quelques dates, la ville bisontine est prête à accueillir les premiers joyaux indie pop distillés par les musiciens d’Atlanta. Les très attendus membres de Deerhunter font leur apparition à la nuit tombée, sur les coups de 21h50. Accompagnés par Dana Wachs aux commandes du son, c’est au nombre de quatre qu’ils rentrent sur scène pour une introduction instrumentale laissant présager le meilleur. Quelques petites minutes plus tard, le leader et cofondateur du groupe, Bradford Cox, vient compléter le quintette. La salle du Club, désormais comble, ne s’y trompe pas, le concert peut véritablement commencer.

C’est avec le très léger T.H.M., issu de l’album Monomania, que le groupe démarre son set. La voix plaintive de Cox se fait entendre et s’accorde à merveille avec les sons cristallins et embrumés des instruments qui l’accompagnent. Mais là où Deerhunter donne la pleine mesure de son talent, c’est dans ses incursions instrumentales, d’une beauté et d’une efficacité à faire rougir des groupes actuels qui officient sur le même terrain comme Diiv ou encore Wild Nothing. Campée sur un style accessible mais tout de même porté sur l’expérimentation, la musique des Américains tend à se rapprocher de mythiques noms du rock indé tels que Pavement, Blonde Redhead et même Yo La Tengo. Dans un registre un peu plus « anonyme », on pensera également au krautrock-psyché des Anglais d’Ulrica Spacek et même à la pop lo-fi des Slow Sliders de Nantes.    

Souvent accompagné de sa guitare, le chanteur fait parfois cavalier seul et se permet même, le temps d’un instant, d’échanger son instrument avec celui du bassiste. Les plus grands succès de la formation américaine, Helicopter et Desire Lines en tête, s’enchaînent et semblent remporter tous les suffrages. Quelques nouveaux morceaux, davantage portés vers un format pop plus traditionnel, sont également offerts à la foule. À mi-chemin entre la dream pop raffinée des ancestraux Galaxie 500 et la shoegaze bruitiste des précurseurs de My Bloody Valentine ou de Ride, la bande à Bradford Cox se laisse aller à des digressions soniques des plus puissantes apportant ainsi une autre écoute des morceaux que l’on croit connaître. Et c’est bien là tout l’intérêt d’un live.

   

À la suite d’un rappel de deux titres, débuté par le somptueux et mélancolique tandem Cover Me (Slowly)/Agoraphobia et complété par le plus optimiste Shakeskin, les cinq compères mettent un terme à un set brouillardeux qui aura duré pas moins d’1h30. Amorcée par Vorhees et représentée par Deerhunter, cette soirée aura, à coup sûr, ravi les nostalgiques du renouveau pop des années 90. Logiquement, l’escapade bisontine de ces Américains, véritables artisans d’ambiance, restera pour longtemps dans l’esprit encore embrumé des privilégiés présents en ce mercredi soir de mai.   

 

Hugo COUILLARD

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