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FANGCLUB, Fangclub

Un nouveau tremblement de terre grunge vient secouer vos enceintes. Les spécialistes sont formels : l’épicentre n’est pas localisé à Seattle, berceau natal du rock en chemises à carreaux, mais à Dublin, plus connu pour ses trèfles à quatre feuilles ou sa bière noire et tiède. Il s’agit du premier album de Fangclub, trio énergique et ambitieux adoubé par Universal. Le séisme sera-t-il suffisant pour bousculer la hiérarchie du rock et remettre au goût du jour un style qui a assez mal vécu le tournant du XXIe siècle? 

L’histoire de Fangclub débute en 2013 dans la capitale irlandaise. Ils emménagent vite dans une petite maison équipée d’un studio, et composent leurs propres chansons, avec un seul mot d’ordre : le « Do It Yourself ». D’abord sous la forme d’un Ep, Bullet Head, puis un album, déjà bouclé quand la fée Universal vient se pencher sur leur berceau.

Depuis, comme le reconnaît Steven, chanteur guitariste, c’est le « chaos ». Les tournées se rallongent, de la Pologne aux États-Unis, les sollicitations se multiplient, et les critiques élogieuses s’enchaînent (comme Kerrag, ou the Irish Time qui  y voit « l’un des tous meilleurs albums de hard rock de 2017. »).

A l’écoute du premier titre de l’album, Bullet Head, on comprend ce qui a pu susciter l’intérêt d’un des poids lourds du disque. Fangclub fait preuve d’une certaine assurance, donnant d’entrée la recette de son style efficace. Grosses guitares distordues, rythmique lourde, batterie martiale contrastent avec des voix plutôt claires et aiguës, soutenues par des chœurs catchy, le tout sur un tempo soutenu. Cette opposition sera le fil conducteur de disque. Il faut d’ailleurs saluer le travail élaboré sur les arrangements des pistes de chants (parties doublées, chœurs), plutôt rare dans ce style.

 

On retrouve également les ingrédients qui ont fait le succès du grunge au début des nineties : intro pêchue, couplets légèrement en retraits, refrains montés sur ressorts, pont bref et arythmique (et sans solo guitare, forcément!). La dynamique du morceau est maîtrisée, le propos assuré.

Mais très vite, il apparaît que ce qui fait la force du combo irlandais pose également ses limites : à trop piocher dans son manuel du parfait grunger à la voix douce, Fangclub n’invente rien. Certains titres, comme Lightning ou Common Ground sont du même acabit que Bullet Head. D’autres, notamment Role Models, Bad Words, ou Best Fake Friends…. proposent un rythme plus posé, moins sautillant. Les deux types de chansons s’enchaînent dans une alternance presque prévisible, aucune ne semble se détacher vraiment.

La production, très « propre » et avec une compression assez marquée, ajoute à ce sentiment de monotonie que procure l’écoute de l’album. Les guitares sont puissantes, mais stériles, manquent de gras, de corps. Même verdict pour la basse. Le côté « pop » des voix s’en trouve également accentué, bien que cela soit moins gênant. Une ambiance plus vivante, plus imparfaite, moins carrée, moins prévisible aurait mieux collé au style du groupe. Et l’ajout de chansons plus originales, différentes du schéma made in Fangclub, aurait permis d’ajouter un peu de surprise pour l’auditeur qui la guette entre chaque piste, en vain.

Au final, Fangclub propose un album plutôt accessible pour du rock musclé, parfait pour ceux qui souhaitent découvrir le genre mais avec des voix plutôt mélodieuses. Les fans de grunge ne remiseront pas pour autant leurs disques de chevet au placard. Les adeptes de chant gras et guttural seront partis chercher leur bonheur ailleurs dès le premier couplet. Les autres attendront le futur second album, en espérant que le trio irlandais aura pris le temps d’élargir ses horizons musicaux, et de se nourrir de ses imperfections. See you next time ?

 

-Michaël Cardoso

 

 

Artiste : Fangclub

Album : Fangclub

Label/Distribution : Vertigo/Universal

Date de sortie : 04/09/2017

Genre : Alternative rock / Grunge à la jolie voix

Catégorie : Album rock

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