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FESTIVAL GENERIQ : EL OTRO GRUPO + LAMBCHOP, jeudi 16 février 2017, Temple Saint Étienne, Mulhouse (68)

À noter une bonne fois pour toutes : chercher une place dans le centre-ville mulhousien est une gageure. 20h retentit au clocher du temple Saint Étienne et je suis encore dans mon véhicule… colère, frustration et retard ! Trouvant enfin le saint Graal, je m’empresse de rejoindre le parvis du lieu de culte protestant encore distant de plusieurs centaines de mètres. Les marches de l’église sont noires de monde jusque sur la place de la Réunion. Soulagements, je suis à l’heure. Ce soir, le festival Génériq se joue dans la Manchester alsacienne et l’office sera américain !

Les Colombiens d’El Otro Grupo investissent le chœur de l’édifice en premiers. Malgré des lumières rouges et chaleureuses, le trio arbore bonnets, écharpes et mitaines. Assisté de Johnny Cuellar, cavaleur en guise de batteur et de Daniel Fernandez tantôt à la basse, tantôt derrière le clavier, le guitariste et chanteur, Moisés Silva, ouvre le concert avec des sifflements et autres bruits de voix qu’il enregistre grâce à ses pédales avant de parcourir le manche de sa Telecaster. Ses arpèges délayés se perdent dans les hauteurs de la nef centrale, lieu de résidence de rubans géants, porteurs de poissons dessinés et dansant au gré des ondes… Au terme du morceau d’introduction, il abandonne son couvre-chef et offre un solo tout en gesticulation sur le devant de la scène.

La musique proposée par les trois Sud-Américains oscille entre une electro pop cristalline marquée par des beats synthétiques et des sonorités invitant à la transe : litanie en langue espagnole aux accents liturgiques, basses creusées ainsi que boucles envoûtantes se propagent dans tout le temple. Le show se clôt avec un morceau plus punk, soutenu par un riff new wave lent qui happe l’assistance. Le vaisseau central semble à la dérive sur ce rythme onirique. Le groupe tire sa révérence sous de riches applaudissements, le premier office est fini.

Le changement de plateau est rapide et peut étonner: il n’y a pas de roadie. Tandis que les Colombiens retirent leur matos, la bande de Nashville s’installe et réalise une balance silencieuse. 21h30, Lambchop sert la messe.

 

Introduit par une guitare à peine effleurée, le second concert démarre piano. Le silence est religieux à tel point que le cliquetis des appareils photo semble envahissant. Jetant un regard fautif en direction des bancs les plus proches et m’apprêtant à faire acte de contrition, je constate que les ouailles sont déjà captivées par le Père Wagner. Et quand la voix grandiose du frontman résonne pour la première fois, j’assiste à mon tour à une épiphanie ! Un organe puissant et céleste retentit dans cet écrin de pierre. Entre deux prises de photo(s), je rejoins le cercle des contemplateurs.

Avec son électro-acoustique et son boîtier Auto Tune posé sur une malle – elle-même  en équilibre sur une chaise haute en guise d’autel – Kurt Wagner est le maître de cérémonie. Tel un pasteur avec une casquette DDC visée sur la tête, il mène son troupeau dans son prêche musical aux accents jazzy (JFK, Relatives #2, ...). En fermant les yeux quelques instants, les beats électro, la basse intermittente et le piano délicat nous renvoient du côté de Radiohead, période Kid A. Seule la voix de crooner du quinqua nous ramène à la raison.

Pendant plus d’une heure, les rythmes downtempo de la batterie et des pads mêlés au groove profane de la basse s’emparent du chœur. On assiste à une communion lyrique à la sauce soul/electro pop qui repose sur les chansons du dernier album, FLOTUS (voir notre chronique du disque réalisée en novembre dernier).

Les quatre hommes à lunettes sont à l’aise en ce dernier concert français (demain, ils poursuivront leur tournée européenne en Allemagne) et peu impressionnés par le lieu. Le leader et son pianiste en jouent même au cours de private jokes. Wagner jette furtivement un œil dans la Bible ouverte sur l’autel afin de justifier son propos amusé. De larges rires résonnent dans les rangées de bancs.

Le point d’orgue est atteint avec In care of 8675309. Les douze minutes de ce titre fleuve semblent défiler à grande vitesse tant l’instant est magique. Une ambiance 70’s et pleine de feeling remplit le temple. Comme dirait l’autre : un ange passe… Un pincement au cœur me saisit lorsque le chanteur entonne avec solennité le dernier refrain ; la fin est proche. À l’issue de ce morceau Kurt Wagner invite le public à réserver de généreux applaudissements à l’attention du pianiste, Tony Crow qui joue un rôle cardinal dans l’esthétique sensuelle des compositions du soir.

 

La dernière chanson du set est plus enlevée, notamment lorsque la batterie et le piano s’emballent et font résonner tout l’édifice. Le groupe se dérobe sous les bravos. Le public en redemande et le fait clairement savoir en tapant de façon nourrie sur les repose-missels. La formation de Nashville s’exécute et offre un dernier morceau dans la même veine.

Mulhouse a connu un concert brillant ce jeudi soir au coeur de la place de la Réunion. La centaine de personnes venues pour l’occasion est comblée par cette prestation de belle facture et sans prétention. Cerise sur le gâteau, le groupe finit par tailler la bavette avec les derniers spectateurs présents. On rangera le matériel après ! Installés aux portes du temple, Les El Otro Grupo reçoivent également des encouragements nombreux. Belle première date pour cette édition 2017 de Génériq. Pour moi, la suite du festival se jouera à Besançon samedi puis à Sochaux le dimanche. To be continued…

 

  • Benoît GILBERT
  • Crédits photos : Benoît GILBERT

 

 

 

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