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ROCK EN SEINE (par Fred), samedi 27 août 2016, Domaine national de Saint-Cloud (92)

Sigur Ros

L’une des particularités de Rock en Seine est la simultanéité. Selon le programme que chaque festivalier compose individuellement, on peut se dire que l’un n’a pas forcément été au même Rock en Seine que l’autre. Bien que les soirées ne s’achèvent pas très tard en comparaison à d’autres événements, la largesse de liste des artistes, conjuguée à la configuration du site, construit des carrefours.

                A 18h45, la Grande scène n’a pas été seulement chauffée par la température caniculaire ambiante. Elle était sous l’emprise d’accords gras de guitare, symptômes du rock qui tache. Aussi, les cinq furieux de Bring Me The Horizon attaquaient sur tous les fronts de la musique indus et noisy. Les canons du metalcore envoyaient leurs billes de plomb. Pour peu qu’on ne fût pas encore installés au début du concert, qu’on arrivât un poil en retard, la cadence martiale mettrait tout le monde au pas, sur le rythme imposé par une batterie rigoureuse. Les morceaux se voulaient prolifiques, amenés par des introductions originales à la pureté électro, et qui contenaient la pression avant qu’elle jaillisse. Une corrélation semblait exister entre les chansons. Presque toutes les fins lâchaient une traînée sonore, qui donnaient l’impression de happer le titre suivant. Mais dans ce boulevard de rock, s’engouffraient à certains moments des vents de mélodie pop avec des lignes sereines en apparence.

Bring Me The Horizon

                La scène Pression Live accueillait ensuite un duo parisien, Papooz. Les courbes musicales de ses morceaux aspiraient à l’insouciance de ces heures festivalières. Une proposition de blues exotique et de pop guillerette. Les mélodies dansantes étaient ponctuées de refrains qui rebondissent. Tel se voulait la prestation d’un groupe qui pose ses chansons avec candeur. Lorsque des plans disco-funk aux accords mineurs prenaient le contrepied, la base rythmique, assez générale à tous les morceaux présentés, se maintenait, mais dans des tempos quelque peu changeants. Au fil du concert, la voix glissante et soul d’Armand Penicaut était discrètement rejointe en doublon par celle d’Ulysse Cottin. Les lignes de chant se rendaient glamour, allant jusqu’à rappeler des influences de l’hémisphère nord de l’Europe.

Papooz

Une fois la soirée avancée, se diriger vers la Grande scène était comme aller au théâtre. Mais un théâtre taillé sur mesure pour un personnage dont l’esprit déluré a une incidence autour de lui. En effet, Alexander Ebert, établit les albums de son groupe Edward Sharpe & The Magnetics Zeros de manière conceptuelle. Du coup, le rendu scénique en est le relief. Le caractère folk des compos tombe dans un précipice psychédélique.

Au spectacle d’Edward Sharpe & The Magnetics Zeros de Rock en Seine ce 27 août, les grandes envolées lyriques flirtaient avec des nappes de clavier. Lorsque la voix changeait de partenaire de jeu instrumental, par exemple se retrouvait parmi les cuivres, elle en épousait l’environnement. A l’occasion d’une ballade, on entendit une voix féminine résonner à la façon d’une scie musicale, et les choeurs de lui soumettre un tapis de mélodies.

Edward Shape

A la fin du concert, nombreux étaient les festivaliers à s’afférer en direction de la scène Cascade. Ces derniers ne demandaient qu’à se plonger la tête dans l’espace sonore que livrerait Sigur Ros. D’ailleurs, comment réussir à traduire au mieux ce qu’inspire la proposition de ce petit ruby de groupe ? Il paraît difficile par les mots d’en restituer l’intensité. On parle ici d’une performance si pure, si prenante à s’appesantir. Voici ainsi l’impressionnante prestation d’un trio qui dépeint l’atmosphère de son pays d’Islande. Sigur Ros nous transportait dans les airs, où l’on visitait par l’oreille des contrées aqueuses et volcaniques. Une symbiose entre voyage et spiritualité. La musique benoîte laissait quelque place pour des effusions de sonorités électriques à la guitare. Lesquelles sonorités éveillaient les sens. A ce moment-là, la puissance enveloppait l’ensemble qui reposait sur d’assourdissants coups de grosse caisse. Puis la pression diminuait, fondait dans ce qui ressemblait à un chant de baleine. Cette comparaison est éloquente en se remémorant la voix qui envoûtait. Le concert se terminait dans un vrombissement rock qui pénétrait le corps de l’auditeur.

Sigur Ros

  • Fred

 Crédits photos :

Bring Me The Horizon, Edward Sharpe : Christophe Crénel

Papooz, Sigur Ros : Olivier Hoffschir

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