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Nada Surf

Lors de leur passage à la Rodia pour présenter leur nouvel album intitulé You Know Who You Are, nous avons eu la chance de rencontrer Daniel et Matthew, respectivement bassiste et chanteur de Nada Surf. Une entrevue en toute simplicité.

Salut Matthew et Dan, merci de nous accorder quelques minutes de votre temps pour cette interview. 4 ans déjà depuis la sortie de votre dernier album, je crois que ce n’était pas arrivé depuis The Proximity Effect et Let Go, pourquoi cette longue pause ?

Matthew : On n’avait pas vraiment pris une pause officielle dans notre carrière même si on a fait quelques breaks, et là, on pensait que c’était peut être le moment de le faire.

Daniel : On voulait prendre un peu de temps sabbatique, on voulait sortir quelques singles pour ne pas que les gens pensent que nous n’étions plus là. Et le temps à fait qu’on a fini par enregistrer l’album. On a du choisir dix chansons sur les 18 qu’on avait, on a presque écrit deux albums, c’était un choix difficile.

Ce n’était pas un signe peut-être d’une remise en cause ou d’un petit ras-le-bol ?

M : Non je ne pense pas. J’avais envie de me reposer un peu, de voir un peu ma famille. On voulait profiter d’eux.

D’autant plus que vous êtes tous éloignés maintenant, tu habites en Angleterre Matthew, Daniel, tu es à Ibiza pour faire la fête.

Daniel : Non, j’habite là bas avec ma mère et mon père est à Madrid, on se voit tout le temps. Je loue une ferme, j’ai des arbres fruitiers, je plante des légumes, des fruits…

Un gars avec des dread-locks, il plante que ça ?

D : Ah non, je ne fume pas d’herbe mais j’ai des amis qui en fume. J’en ai planté une fois et il a fallu que je stoppe car ça poussait de partout.

Mon truc, c’est plutôt la bière.

On va parler un peu de l’album maintenant, comment vous le présenteriez par rapport aux six autres ?

M : Ce n’est pas facile, l’album est plus varié et les chansons sont en général plus directes, plus faciles à comprendre au niveau des paroles. J’avais lu un article dans le Rolling Stone sur le country, cet article titrait « Qu’est-ce qu’une chanson de country ? Et qu’est ce qui fait que les gens l’aime ?”

Ça disait que le country avait souvent des paroles directes, il n’y a pas beaucoup d’existentiel dans les thèmes abordés. Je crois que ça a eu une influence sur le disque, sans le faire exprès, mais  je me demandais si on comprenait ce que je disait à travers mes paroles. J’ai essayé de rendre les choses davantage claires.

Musicalement, on le ressent, dans Animal notamment, il y a un petit côté country dans ta façon de chanter.

M : Oui c’est possible.

Des thématiques particulières évoquées dans ce disque ?

M : C’est assez centré sur les choix, les questions dans la vie : que faire dans sa vie, dans ses relations..

Il y a quelques expérimentations sur cet opus, à l’instar de Cold To See Clear, qui ouvre l’album, c’est assez surprenant de vous voir introduire cette chanson à la voix, de plus que tu chantes très haut dans les couplets, plus que dans les refrains ?

M : C’est vrai, on a peut être une petite formule. On ouvre les chansons avec quelques accords généralement, mais il n’y a pas d’explications.

D : La chanson a toujours été comme ça, sur la démo de Matt déjà.

M : Tu as raison pour les concerts, je joue un peu de guitare avant de chanter sur celle là, car c’est difficile pour commencer. Le mot cloth est difficile à chanter.

Gold Sounds aussi, est une chanson un peu psyché, hypnotique, que l’on a pas l’habitude d’entendre dans votre répertoire, c’est nouveau aussi ça ?

D : Oui tout à fait. J’étais au South By Southwest au Texas à un concert, et tout le monde porte un badge avec leur nom là-bas. Je m’ennuyais et j’avais un peu bu, j’ai commencé à parler avec le programmateur d’une grosse radio assez house, je lui ai demandé : tu aimerais que je te fasses un jingle ? Et il était dingue à cette idée, je lui en ai donc fait deux, plus cette chanson. Il a un programme dans cette radio qui s’appelle Gold Sounds.

Le morceau est basé sur la rythmique de Down on The Street des Stooges. En Angleterre, j’habite dans une vieille maison, ça ne me dérange pas d’entendre les voisins mais j’ai peur de faire trop de bruit et de les déranger, j’ai donc fait plus de folk, et ça a eu deux influences sur le disque.

On vient d’un milieu où on marque tous les changements, on veut qu’il se passe quelque chose dans les chansons, on s’arrête, on accélère le tempo,… et là c’est vraiment du non stop et on a pu se lâcher, il y a de la place dans ce morceau.

Comment s’est faite cette intégration de Doug Gillard ?

D : Ça a démarré avec un album de reprises. On avait un ami en commun avec Matt.

M : Je ne l’avais rencontré mais j’étais fan, et après un concert on a bu des bières, il m’a dit : “si tu veux que je joue un jour des sur votre disque…” après la session The Stars Are Indifferent to Astronomy. Doug a beaucoup de technique, mais ça n’influence pas son choix et c’est ce que je trouve intéressant. Il ne frime pas. Pas juste dans la musique, dans la vie, j’aime quand les gens ont beaucoup de talent, de potentiel, mais se retiennent un peu. C’est humble et excitant à la fois.

Il est venu jouer trois titres sur le disque de reprises, et ce qu’il a ajouté à ces titres était si essentiel qu’on ne pouvait pas vraiment faire ces chansons sans lui. Honnêtement, en 10 minutes, il est devenu essentiel à Nada Surf.

Pour travailler les anciens morceaux sur scène, ça a été facile ?

D : Pour l’album de reprises, on ne devait pas partir en tournée au début, mais on s’est tellement cassés la tête pour l’enregistrer et le masteriser qu’il a fallu ensuite qu’on parte en tournée, pour pouvoir assurer financièrement le prochain album.

Doug est venu jouer avec nous, et il nous a dit qu’il pouvait jouer des titres de Nada Surf aussi. C’était super ! Comme on avait déjà les chansons presque terminées, on les lui a données pour qu’il rajoute sa patte et sa guitare, et c’est devenu évident qu’on ne pouvait plus jouer sans lui. Et pour cet album, il a été là depuis le début.

M : C’est le quatrième membre officiel de Nada Surf maintenant.

Martin, le trompettiste vient de temps en temps sur scène ?

C’est plus compliqué de jouer avec lui sur tous les concerts. Pour être franc, financièrement et logistiquement ce n’est pas aisé, donc ça reste spécial. Sur Heart Of The Dog, il a ajouté une autre dimension au morceau. Mais peut-être à l’avenir.

Vous êtes dispatchés à chaque coin du monde, comment se fait le travail de création ?

M : Lorsqu’on a assez de titres, on se retrouve pour les jouer. C’est une recette différente même si ça me manque d’être dans la même ville pour répéter. C’est une longue vie et pourquoi ne pas y ajouter un autre chapitre.

Qu’est-ce que vous aimez le plus en tournée ? Qu’est-ce qui vous motive ?

M : Me sentir utile, savoir que je sert à quelque chose. Si on est dans une carrière créative, il y a des jours où l’on n’arrive pas à créer. Et en tournée, on rend les gens heureux, c’est un contrat social.

D : Moi c’est d’être sur scène, il y a un rapport spécial qui s’ établit avec le public et tu te rends compte qu’il y a une relation forte. Il y a l’adrénaline qui monte, tu t’amuses et ça te fait tout oublier.

M : Je préfère les concerts enchaînés parce qu’on ne pense moins, on est plus carrés, et tu te laisses aller, tu profites plus.

Matt, lorsqu’on se rencontre, ça tombe souvent lors d’une élection américaine.
Je sais que tu aimes bien la politique, qu’est-ce que tu penses des primaires américaines ?

M : On ne sait rien, du moins rien de plus que les français. On est dans une position dangereuse avec Trump qui réalise des scores importants. C’est aussi triste car Clinton et Sanders se tirent l’un sur l’autre, ça va servir à Trump.

C’est le danger des grands pays, beaucoup de gens vivent dans leur quotidien et ne comprennent pas que le reste du monde est important, ils sont lobotomisés par les médias de masse. On perdrait tellement de crédibilité avec Trump. Surtout qu’il y a déjà eu Bush avant…

D : Je crois qu’il y avait le LA Times qui a fait une fausse couverture du journal, basée sur la victoire imaginée de Trump aux élections. Tu avais tous les articles qui étaient faux mais tu pouvais voir la bourse mondiale qui se cassait la gueule à cause du protectionnisme. Il y avait la déportation, son mur de merde,… ça faisait très peur.

Pour Obama, j’avais parié qu’ils n’auraient pas les couilles d’élire un président noir et éduqué, on a parié 500€ avec Matt, car pour moi c’était évident. J’ai perdu,…
Aujourd’hui, j’ai un pari avec ma meuf cette fois, si Trump est élu, je me remets à fumer, au moins, j’aurai ça.

Pour changer de sujet, Matt, tu as annoncé que tu te mariais, félicitations ! Ça fait seize ans que tu es avec ta future femme, c’est bien ça ?

Oui, ça fait 16 ans qu’on s’est rencontrés. Merci beaucoup !

Et toi Daniel, pas marié, ni d’enfant, tu es juste fermier ?

Non, pour le moment je suis fermier, j’ai des chiens, des chats, des poules.

Vous immergez de la musique de vos pays respectifs, toi Matt de la musique anglaise ?

M : Oui j’ai toujours été intéressé par la musique anglaise. Il y a des choses que j’aime beaucoup comme King gizzard & the lizard wizard par exemple.

Il y a un label, Heavenly Recording, c’est un peu mon label référence, j’aime tout ce qui sort sur ce label. Temples,…

Et toi Dan, tu berces dans la musique espagnole ?

D : J’ai toujours écouté de la musique espagnole, j’aime la musique du sud de l’Espagne, j’ai passé beaucoup de temps en Andalousie, j’écoute du flamenco.

Tu m’as parlé d’un délire en République dominicaine il y a 7 ans ?

J’ai enregistré des musiciens dans la rue, c’était un projet personnel. J’ai également d’autres projets comme un programme de cuisine qui s’appelle Carving Cook, je l’ai déjà enregistré.

Ça fait 20 ans que vous avez enregistré High/Low, quels sont chacun vos titres préférés de votre discographie ?

D : See These Bones, Treading Water, je l’ai en tête ces derniers temps même si ça fait longtemps qu’on ne l’a pas jouée, Victory’s Yours.

M :See These Bones aussi, Here Goes Something. Aimer une chanson ça ne signifie pas forcément qu’on a envie de la jouer sur scène, c’est pourquoi il y a pas mal de titres qu’on ne joue pas sur scène. J’aime particulièrement l’écriture d’Inside of Love.

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