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INTERVIEW : TISIPHONE

Hydre à trois têtes venu de Lyon, Tisiphone a trainé sa batterie démantibulée sur une vingtaine de dates en 2015, le temps d’asseoir sa magie tribale et sa force de fascination. Signés sur le catalogue du label Automate Records, Suzanne, Clara et Léonard ont exploré les Passagers du Zinc le 28 janvier 2016.

Aucun album en ligne, un nom mythologique… On dirait que vous aimez vous entourer de mystère. A quoi faites-vous référence avec Tisiphone, quelles images est-ce que cela vous évoque ?

Clara : Tisiphone, c’est la déesse de la vengeance dans la mythologie grecque. Il y a les trois Erinyes, les trois furies (Tisiphone, Mégère et Alecto, ndlr). Ce nom sonnait bien. Il a un côté moderne, pop.
Léonard : C’est aussi une sorte de papillon et un astéroïde. Je vois en Suzanne l’astéroïde, moi le papillon, et Clara la déesse !

 

Pouvez-vous retracer tour à tour votre parcours musical pour des personnes qui ne vous connaîtraient pas, ainsi que votre projet commun ?
Léonard : Je suis violoniste et comédien, j’ai rencontré Suzanne par la musique au conservatoire et Clara au théâtre.
Clara : Je n’ai aucune formation musicale, j’ai rencontré Léonard à l’école de théâtre et Suzanne dans la foulée, qui était une de ses amies.
Suzanne : J’ai un parcours issu du conservatoire, tout ce qu’il y a de plus classique, avec le violon ; je n’avais pas vraiment abordé les musiques actuelles jusqu’à ce groupe.

 

Et le projet Tisiphone ?
Léonard : On a commencé à répéter il y a deux ans et demi ; on avait des instruments chez nous, laissés au hasard. On a su qu’on avait la possibilité d’avoir une batterie, qu’on est allé cherchée. Personne ne maîtrisait vraiment ces instruments.
Clara : Et cela fait un an qu’on tourne.

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Vous avez participé à une soirée “tribute to the eigties”. Est-ce que les années 80 font partie des références qui vous soudent ?
Suzanne : C’était l’idée de départ de ce projet, mais il y a clairement d’autres influences qui viennent.
Léonard : Ce qui nous attache c’est le dark, mais on peut partir sur du rap, on ne se cantonne pas aux 80’s.
Clara : Moi c’est la musique 80 des caves avec des synthés et des voix dissonantes qui fait vraiment partie de mes références.

 

Outre l’univers sonore, vous avez développé un univers graphique très dense, avec une certaine vision du monstrueux (site internet avec un fond de craquelures, la pochette protéiforme, le site en question qui s’appelle “tisiphone-faces” avec cet accent sur les visages). Selon vous, le monstre aurait quel visage ?
Clara : On a plusieurs masques ; un monstre c’est l’un de ces masques. Cette idée d’être multiple, c’est l’orientation de Tisiphone. Les masques seraient reliés à des états plus qu’à des identités fixes.
Léonard : Quand on décrit le groupe on parle d’une chimère, de trois créatures qui forment un seul organe.

 

Comment décririez-vous l’illustration de votre album ? On a l’impression de rentrer dedans et de s’y perdre, sans savoir à quel endroit poser en premier son regard.

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Léonard : Elle est réalisée par Johanny Melloul, un ami également musicien à qui on a laissé le champ libre. Il a cerné le vertige du labyrinthe, ce qui n’a pas été conscient pour créer cette musique et qu’il est parvenu à retrouver.
Suzanne : La perte de repères est une notion qui nous tient à coeur, dans les textes, dans la musique et aussi dans l’illustration avec l’escalier qui fait aussi office de personnage.
Clara : D’ailleurs, il y a un personnage sans visage qui tend les bras dans ce dessin.

 

Pour parler de façon plus concrète. Vous avez beaucoup tourné en 2015. Etait-ce des propositions qui émanent des salles ou est-ce vous qui les avez démarchées ?
Léonard : Il y a plusieurs cas ; soit on communique, on démarche par mails, sans album mais avec un clip tourné à la vite, plutôt efficace, qui a fait son effet ; soit les gens viennent à nous.
Clara : Les connaissances, les rencontres, les invitations. Et la chance.

https://www.youtube.com/watch?v=NMgBlhr7npg

Votre meilleur souvenir de scène ?
Suzanne : L’aboutissement de l’année en novembre lorsque l’équipe s’est vraiment formée avec Kamille Fau à la lumière/ scénographie ; notre sondier (Fred Auzias, aujourd’hui absent et remplacé par son doublon Etienne Billaquois). Tout a pris forme après une tournée à Berlin. C’était un aboutissement, un virage, une forme de confiance.

 

Berlin était une résidence. En avez-vous fait d’autres ? Que vous ont-elles apporté ?
Léonard : Il y a des souvenirs de type techniques, des résidences où on a appris à travailler le son ou la lumière. Berlin était plutôt une résidence “de vie”. Rien n’en est sorti artistiquement ou techniquement mais on a vécu intensément, avec beaucoup d’inspiration pour les trois. On a rencontré un groupe japonais, The Piqnic, un électrochoc.

 

Quand avez-vous commencé à travailler avec Automate Records ?
Léonard : Quand on a commencé Tisiphone, on tapait “cold-wave Lyon” sur google et on est tout de suite tombé sur Rank, qui faisait une résidence à l’Epicerie Moderne. Il y a eu des échanges de mail, Fabrice (guitare/clavier/chant chez Rank) est venu nous voir en avril à La Triperie. Le collectif/label Automate était en train de se monter, il nous a proposé de les rejoindre. Pour nous, c’était une façon de ne plus être seuls. Leur démarche est saine et bienveillante.

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Il y a une citation de Nicolas de Cusa sur votre site, un auteur médiéval qui a aussi écrit La Docte Ignorance. De ce que vous racontez, on a l’impression que cette expression vous correspond, avec le côté “docte”, lettré, référencé ; et “ignorance” dans le sens où c’est tribal, martial.
En choeur : Oui c’est vrai !
Clara : Beaucoup de choses ont mis du temps à être créées, fixées, avec tout de même du chaos car on n’a pas de cible, d’objectifs définis.
Léonard : Si le mot cold-wave n’existait pas on aurait bien aimé le trouver ! On dit qu’on fait du post-punk tribal et mystique !

 

Vous écrivez que votre son est inspiré par les rêves. Alors, de quoi rêvez-vous ?
Suzanne : De l’ignorance !
Clara : Mes rêves ne sont pas toujours joyeux. On parlerait plutôt d’hallucinations face aux rêves, ce qu’il est possible de vivre sans vraiment le vivre. Le monstre enfoui qui se réveille.
Suzanne : Tout ce qu’on se raconte en écoutant quelque chose ou en faisant quelque chose. Les rêves de nos inspirations du moment.
Léonard : Moi je crois que ce sont les rêves dont je ne me souviens pas.

 

-Clémence Mesnier

tisiphone-faces.com

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Merci à l’équipe de Tisiphone pour leurs réponses pertinentes et leur sympathie ainsi qu’à Automate Records.

 

 

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