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LIVE-REPORT : JESSICA 93 + THE SOFT MOON, mercredi 4 novembre, La Rodia, Besançon (25)

Une course contre le temps, une fuite. En ce 4 novembre, Jessica 93 et The Soft Moon défient la pesanteur et la stabilité en lançant un appel à la fugue, de celles qui luttent contre l’excès de conscience, l’inexorable, la fatalité et l’absurdité d’être vivant.

Après Phase Fatale, INVSN, Blush Response, Novella ou Hhavahh, c’est maintenant Jessica 93 qui assure la première partie de The Soft Moon pour quelques dates.

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Pendant que le public s’installe peu à peu au club, une ombre descend de la scène et se fraye un passage. “C’est Jessica 93 ?” “Non ce n’est pas lui “. Quand la silhouette remonte sur scène et que les premières notes d’Asylum résonnent, les doutes sont levés : cette silhouette furtive était bien celle de l’homme-orchestre. Orchestre ou chorégraphe ? Rien n’est trop sûre. Guitare/basse/guitare de nouveau, tourbillon d’instruments qu’il dépose au sol, à la volée. Dans une autonomie totale, il virevolte à travers un espace délimité par un demi-cercle de pédales à effets. A la fois cerné et protégé derrière cette tranchée. C’est un exercice de chronométrage et de concentration auquel il se confronte. Boîte à rythme mordante, voix trainante, Jessica 93 ne cesse à aucun moment son ballet de boucles. La basse croasse jusqu’au sixième morceau, les sonorités sont devenues de plus en plus lourdes. Les décibels grimpent mais on ne s’en rend pas vraiment compte car l’acoustique est excellente. Et pourtant… On a parlé trop vite, voilà que la sangle de la guitare se rompt en même temps que le son. Le micro ne résonne plus, il ne reste qu’un larsen en continu… C’est donc avec beaucoup de frustration, autant pour Jessica 93 que pour le public, que cette première partie s’achève. On a déja parlé de l’arrivée de Who Cares en 2013 comme d’un hold-up, et bien on peut cette fois affirmer l’avoir vécu, ce hold-up… L’hypnose a été subtilisée.

Une soirée sous le règne d’un mouvement de fuite, mais si le son lui-même décide de céder sa place au néant… Une fois la salle plongée dans une obscurité qui se répand insidieusement, The Soft Moon lance ses résonnances. S’il fallait illustrer ce qu’est une entrée en scène qui ménage ses effets, on pourrait choisir cette montée progressive de Black avec les coups de grosse caisse du batteur seul à être sous les projecteurs, battements qui résonnent et sont rejoints par les reste du dispositif. Mais… De nouveau, coupure du micro.

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Les deux premiers morceaux à être joués après cette rupture mettront la voix en retrait tandis que la guitare mange le reste. On retrouve Alive et ses riff ensorcelants, issu de l’ep Total Decay qui date de 2011. L’équilibre se rétabli avec Far, qui change complètement de tonalité en live, sonnant de façon plus noise avec un reflux du synthé qui était mis en avant dans la version enregistrée. Une fois ce titre lancé, l’énergie du désespoir reprend sa course folle. “Every time I try to fight / This life gets harder every time”. Échos de voix aigus, distorsion : tous les effets dirigent le son vers une forme organique visant à le densifier, à l’imposer comme une composante trouble et épaisse de l’atmosphère. A rendre vivant les instruments. Si le synthé pleure, la guitare est suppliciée. Quant à la voix, plus que troublée, elle ploie sous le poids d’une écorchure, à la fois asphyxiée et exhalée par les effets qui l’augmentent.
Le glaçant Wrong marque l’arrivée du tom supplémentaire sur lequel Luis Vasquez frappe les bordures en fer avant de rejoindre les pads électroniques, qui sont complétés par ceux qu’a également investi le bassiste. Les hurlements de la cymbale crash résonnent, titre gravé dans l’acier. Ce sera au tour de Zero, d’être repris, titre éponyme issu de l’album sorti en 2012. Zero, Deeper, Desertion, Black. Le champ lexical sculpte dans l’angoisse par le biais de l’effroi. Et lorsque Being scelle la setlist, il est définitivement impossible d’en croire le contraire. Six minutes entre murmure et dernier souffle, “I can’t see my face”.

Plus que la fuite, on parlera ici déchappatoire, d’un poison qui se fait antidote. Ouvrir la désolation sans anesthésie et la recouvrir de strates sonores.

-Clémence Mesnier

Crédits photo : Eric

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