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LES EUROCKEENNES DE BELFORT, Dimanche 6 Juillet 2014 (par Caroline Dreux)

Le dimanche aux Eurocks est toujours un peu spécial. C’est le jour des dernières fois : dernières chances, dernières rencontres, dernières retrouvailles, dernières surprises…C’est aussi le jour des miracles : le pote qui ressuscite d’une cuite de 2 jours, les lunettes de soleil qu’on s’était résigné à laisser en souvenir dans la boue retrouvées au fond du sac, l’aphonie qui disparaît, le fait même d’être là sur la plage à 16h30 au soleil, réveillé, entier et plus ou moins sain de corps et d’esprit après déjà 2 jours à courir, glisser, sauter de scène en scène dans une apnée musicale, éthylique et euphorique.

Me voici donc sous le soleil brûlant de juillet pour assister au premier des derniers concerts du festival. Me voici donc sur la plage qui a retrouvé son caractère véritable sous le ciel azur. Ce sont les jurassiens de Catfish qui ouvrent le bal. Le duo rappelle indubitablement The White Stripes. Amandine Guinchard aux percussions et Damien Felix à la guitare nous démontrent une fois de plus qu’on a pas forcément besoin d’être nombreux pour faire du bruit. Mais attention, il y a ici du bruit talentueux. C’est Amandine Guinchard qui mène le jeu et elle le fait avec une main de velours dans un gant de fer. Le blues rock est brut, rageur presque noisy. Ce qui n’empêche pas les Catfish de surfer sur un large répertoire allant jusqu’à la pure folk rafraîchissante à souhait. D’ailleurs, la co-leader du groupe joue volontairement sur ce décalage en arborant une petite robe turquoise légère et des hauts talons très féminins alors que le reste de sa personne transpire le rock’n’roll. Il y a chez elle tout autant de Beth Ditto que de Rosemary Standley (Moriarty) sans que le mélange soit pour autant indigeste. Les titres tournent voire ronronnent sur cette scène de la plage et nous réveillent de notre torpeur dominicale par leur éclectisme inattendu. Un dernier morceau aux allures électroniques parachève ce tour d’horizon de la polyvalence de cette formation. Catfish se déguste comme ces petites mises en bouche variées et délicates, seul problème, on n’en a jamais assez !

Mise en appétit, je m’en vais donc sur l’espace de la Grande Scène que Patrice doit investir à son tour. La chaleur entraîne une certaine léthargie parmi les festivaliers. Le 3ème jour est encore celui qui accuse le coup. Cela se ressent sur l’entrée en matière de l’artiste allemand qui sollicite un public bien peu réactif dans un premier temps. Ce n’est pas faute d’investissement pourtant. Patrice occupe absolument tout l’espace qui lui est dédié : petites tribunes en devant de scène, fosses, amplis, armatures métalliques, tout est bon pour rester visible. On tente de suivre le désormais célèbre bonnet rouge (et pour la dernière fois, non il ne l’a pas volé à Jean-Jacques Cousteau !) tant bien que mal…c’est qu’il remue le bougre ! Du coup, il fait de plus en plus chaud et cela colle parfaitement avec le reggae métissé (ou sweegae) de Patrice. Teinté d’électrique et d’un chouilla d’électro, il s’offre même le culot de reprendre le titre Dance « I like to move it » dans une version allégée et sautillante. L’énergie et la persévérance de Patrice finissent par porter leurs fruits et c’est un parterre qui lui est désormais tout acquis qui se trémousse sur « Cry Cry Cry » ou « Soulstorm ». On répond avec enthousiasme aux appels chorégraphiques et choristes de l’artiste aussi attachant que talentueux.

Pas vraiment le temps de souffler, il faut courir à la Greenroom pour voir la 2ème partie du concert de Biffy Clyro. Supputant une foule relativement dense et pogoteuse, je décide de prendre de la hauteur. Voilà encore une chose que je n’avais jamais faite aux Eurocks (et qui avec « enlever ses bottes crottées juste à côté de Patrice » et « faire une partie de babyfoot  pendant un concert de Volbeat » peut désormais être rayée de ma « Eurockeen to do list »). En dépit des cumulonimbus anthracites qui se sont accumulés au dessus de la presqu’île, je brave les éléments et décide de monter sur la terrasse du bar à bières (tu noteras, ô lecteur, mon abnégation pour toi !). Or, si tu n’a pas peur de te faire foudroyer, cela peut s’avérer être une bonne option car je trouve l’espace déserté. J’ai de là-haut une vue imprenable sur ces fous de rockeurs écossais et la foule arc-en-ciel (un des effets secondaires du poncho) massée devant eux. Bizarrement, je la trouve plutôt statique cette foule en plastiques colorés. La boue est-elle devenue collante ? Seuls les 10 premiers rangs selon une habitude bien rôdée font preuve de dynamisme. Derrière, cela semble plutôt relever de la passivité voire d’une certaine résignation. Est-ce le rock un peu hargneux des écossais qui alourdit l’air ? Les guitares sont denses il est vrai mais pas plus qu’en 2008. Il y a, d’où je suis, un contraste saisissant entre l’énergie qui émane de la scène où Biffy Clyro mène un show à un rythme échevelé et le quasi immobilisme du public. Evidemment, lors d’un festival, une bonne partie de ce dernier n’est pas nécessairement acquis à la cause des artistes qui performent sur scène. Je m’interroge cependant sur ce manque de communion. Tous les ingrédients sont réunis : riffs de guitare surpuissants, rythmes engagés mais rien à faire, la mayonnaise ne prend pas. Dommage !

Une pause s’impose je m’en vais donc profiter de la fraîcheur post-averse et siroter une bière fraîche face au lac…elle est pas belle la vie ? La suite du programme est prometteuse. Tout d’abord avec le phénomène Foster the People. Encore une fois le Greenroom est plein à craquer. Fans ou juste curieux se sont donné rendez-vous ce dimanche soir. Les californiens ont un look un peu rockabilly en noir et blanc, avec blousons de cuir pour certains. Leur univers musical électro-pop n’évoque pourtant pas les mauvais garçons. Les mélodies sont colorées et acidulées. Associées au synthé un peu eighties et à la voix une peu haut perchée de Mark Foster, l’ensemble me renvoie irrémédiablement à MGMT. Peu à peu, les rythmes s’accélèrent crescendo et les titres phares comme « Pumped up kicks » ou « Houdini » interviennent en fin de set dans un déchaînement de bras levés, de mains battant la mesure en connivence avec le groupe. Le public galvanisé profite dans une allégresse partagée des quelques derniers rayons de soleil providentiels qui semblent tout droit venir de la côte Ouest américaine.

A partir de là, je vais être honnête, je n’ai pas tout suivi…Comme dit précédemment, le dimanche est une journée un peu spéciale aux Eurocks, c’est donc tout logiquement que j’ai moi aussi vécu mon petit miracle sous la forme d’une rencontre de dernière minute, impromptue et inespérée, au milieu de la foule avec un ami eurockéen de longue date que je ne vois qu’une fois par an et toujours dans ces circonstances improbables et mystérieuses qui rendent ce festival si unique. Quel pur eurockéen n’a pas connu ça ? Bon bref, ce sont effusions, embrassades et partages qui me font manquer la majeure partie du concert de Robert Plant…mais que voulez-vous l’amitié, ça n’a pas de prix et ça n’a pas de temps non plus. Je ne vous parlerai donc malheureusement pas du légendaire leader de Led Zeppelin pour le peu que j’en ai vu.

J’en viendrai directement à la conclusion de ce 26ème festival avec le concert de The Black Keys. Ces années passées à tasser le sol de Malsaucy m’ont-elles rendue plus difficile ? Autour de moi, j’entends des commentaires de satisfaction suite à la performance du duo américain. Objectivement, ils ont offert au public belfortain 1 heure et quart de blues rock punchy parfaitement orchestré avec un grand professionnalisme. Objectivement, la mélomane en moi a apprécié la performance musicale et s’est parfois laissée emporter par les plaintes électriques de la guitare de Dan Auerbach ou les improvisations rythmiques de Patrick Carney. Subjectivement, la festivalière en moi s’est un peu ennuyée. Encore une fois, c’est propre, c’est bien fait, c’est exactement ce qu’on peut en attendre. Mais où est le grain de folie dans tout ça ? Je dois bien constater, avec un peu d’amertume, que cet ultime concert, à l’image de cette édition, a, pour moi, un peu manqué de relief. Les Black Keys semblent avoir atteint un pallier professionnel qui les pousse sur les plus grandes scènes mondiales. Grand bien leur fasse et je me réjouis de leur réussite. Je m’inquiète cependant de ne plus voir de réelle prise de risque que ce soit dans la programmation ou sur scène. J’avais espéré des surprises, bonnes ou mauvaises, je n’en ai pas vraiment eu. Un feu d’artifice conclut cette édition, je le regarde et je me demande à chaque fusée qui éclate, de quelle surprise musicale on nous a privés pour cette friandise visuelle. Mais je repars aussi avec la certitude de revenir pour la 10ème fois l’an prochain parce que très franchement aux Eurocks, les années se suivent et ne se ressemblent surtout pas !

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