Halle Tony Garnier. Lyon. Mercredi 4 février 2026. Les coreuses et coreux des alentours s’agglutinent autour des anciens abattoirs. Toutes et tous sont fans de deathcore, et derrière les pierres blanches qui composent cet immense hangar se prépare une soirée d’anthologie dans le genre. Quatre groupes pour faire vibrer la structure métallique qui supporte l’impressionnante bâtisse. Humanity’s Last Breath, Shadow of Intent, Whitechapel et Lorna Shore. Une soirée donc placée sous le signe de la délicatesse (non).
Humanity’s Last Breath – La surprise de la soirée
Il est 18 heures quand les suédois de Humanity’s Last Breath montent sur scène. Un début de concert très tôt, ce qui se fait de plus en plus. Mais l’idée de finir aussi la soirée plus tôt en semaine ne me déplaît pas. Je pense simplement aux fans qui viennent de plus loin et qui vont sûrement rater les première parties.
Les quatre musiciens rentrent sur scène dans une ambiance de fin du monde. Dès la première note (grave, très grave) de guitare, le ton est posé. Brutalité. On alterne entre sons profonds et aigus agressifs à la Whammy. Le chanteur encapuchonné est en léger retrait, tout comme sa voix dans le mix final. Le son est excellent dans une Halle Tony Garnier en format réduit. Les rideaux qui cachent les gradins fermés participent à limiter la résonance habituelle de la salle.

La scénographie est exceptionnelle pour une première partie. De nombreux effets lumineux sont présents sur scène, permettant d’alterner entre une atmosphère très sombre et des coups de flash intenses. Je suis sous le charme (mais aveugle). Le groupe propose un deathcore extrêmement lent et puissant.
Après une interlude instrumentale atmosphérique à la limite du post, la deuxième partie du set gagne en dynamisme et réveille la foule qui commence à bouger. Le pit s’ouvrira même sur le dernier morceau.
Le set aura duré une trentaine de minutes. Intenses. Profondes. Alors que les lumières se rallument, l’humanité reprend son souffle.
Shadow Of Intent – Les patrons en demie-teinte
C’est ensuite au tour de Shadow Of Intent de fouler les planches. Déjà vus à la Rayonne à Lyon l’année dernière, je garde un magnifique souvenir du moment et mes attentes pour ce concert sont donc très élevées.
Pendant une demie heure, les quatre Américains vont démontrer leur maîtrise technique et scénique. Tous les membres du groupes dont exceptionnellement bons. Même si le focus se fait clairement sur la tessiture délirante de Ben Duerr et la précision du batteur Bryce Butler. La scénographie est inchangée par rapport à Humanity’s Last Breath. On comprend alors que la production a souhaité mutualiser les effets scéniques entre les groupes ouvrant la soirée. Une superbe idée puisque la polyvalence des jeux de lumières modernes permet aux groupes de créer une ambiance bien à eux, tout en limitant les temps de changement de plateau, et en permettant aux premières parties de bénéficier d’une scénographie de qualité.

Malgré cela, il manquera quelque chose à Shadow of Intent pour vraiment décoller sur ce set. Le groupe a choisi de défendre son dernier opus, Imperium Delirium. Six des sept morceaux joués en seront tirés. Malheureusement la tendance death metal de cet album ne me séduit pas, et il me faudra attendre le dernier morceau, The Heretic Prevails, tiré de l’excellent Reclaimer pour vraiment apprécier le moment.
Un show en demie-teinte donc. Malgré une performance solide, le choix de la setlist et la comparaison avec les prestations proposées par les autres groupes feront que mon avis sur ce set sera mitigé.
Whitechapel – Les papas du deathcore
Whitechapel n’en est pas à son coup d’essai. Fondé en 2006 dans le Tennessee, le groupe américain compte à son actif pas moins de neuf albums, dont le dernier – Hymns in Dissonance – marquait leur grand retour en 2025. Cette expérience aura clairement parlé ce soir.
Dans la première partie du set, Whitechapel défend son dernier opus. L’introduction en est d’ailleurs tirée : c’est le violent Prisoner 666 qui ouvre le bal. Le public est immédiatement en feu. Le premier wall of death démarrera spontanément pendant le premier morceau. Le son est excellent, et tous les musiciens sont impressionnants de technicité. Impossible de ne pas parler de Phil Bozeman, le chanteur, au charisme infini. La maîtrise vocale est couplée à une présence scénique hors normes. Chaque morceau propose des breakdowns plus violents les uns que les autres. Les Américains retournent la Halle Tony Garnier.

Sur Ex Infernis, Phil arrive sur scène avec le masque de mort présent sur la pochette du dernier album. L’ambiance est cataclysmique. Pour la fin du set, Whitechapel décide de rentre hommage aux fans de la première heure, avec deux morceaux tirés de leur premier album – Somatic Defilement – et finira avec leur fameux This Is Exile. Ma mâchoire tombe par terre. Quelle performance.
En conclusion, quarante minutes presque parfaites. Il ne m’aurait manqué qu’un petit Mark of the Blade ou Elitist One, de l’époque 2016, pour être satisfait à 100%, mais j’en demande beaucoup.
Lorna Shore – Bulldozer
20h55, les lumières s’éteignent et l’introduction de Lorna Shore commence. Un grand drap blanc cache la scène. On peut voir les ombres des membres du groupe qui arrivent. Oblivion. Le rideau tombe au premier coup (et clairement pas le denier) de caisse claire. On découvre une scénographie énorme, principalement alimentée par de grands écrans qui seront utilisés pour projeter de nombreux visuels.

Dès le premier morceau, la pyrotechnie est omniprésente. Les flammes jaillissent aussi bien du sol que de la structure supérieure. On peut ressentir la chaleur à plusieurs mètres de la scène. Le premier breakdown du set posera le ton du reste du concert. Bulldozer. Lorna Shore est là pour retourner la Halle Tony Garnier. Les Américains commencent leur show par trois morceaux de leur dernier opus I Feel The Everblack Festering Within Me avant de se tourner vers leur excellent Pain Remains en interprêtant Sun//Eater. Les flammes se mélangent à des images de soleil en fusion diffusées par les écrans géants. Monumental.

Bien que tous les membres du groupe soient des bêtes techniques, le regard se porte naturellement sur le frontman, Will Ramos. La performance proposée est encore une fois au dessus de tout ce qu’on pourrait imaginer. Tant dans les graves que dans les aigus, Will excelle. On se demande même comment il est possible d’émettre de tels sons avec une voix humaine.
Lorna Shore enchaîne avec deux morceaux plus calmes et émotionnels : In Darkness et Glenwood. Dans ce dernier, Will parle de la douleur d’être loin de chez soi. Oui, le deathcore peut faire passer des messages forts et des sensations puissantes. Les visuels utilisés sont parfaitement choisis : des feuilles mortes volent et tombent sur le sol, c’est splendide. Toutefois, il est vrai que ce passage sera aussi un peu long, chaque morceau du groupe durant sept minutes… Mais ce break émotions est interrompu par Prison of Flesh. Le bulldozer est de retour. Il n’y a pas de mot pour décrire la puissance du breakdown. Toute la Halle Tony Garnier a tremblé. Les laboratoires sismiques de Lyon auront sûrement détecté un événement anormal à cet instant.

Will plaisante en annonçant le dernier morceau : « J’ai une bonne et une mauvaise nouvelles. La mauvaise c’est que c’est notre dernier morceau. La bonne c’est que c’est une trilogie. ». Les fans comprennent alors qu’il s’agit de Pain Remains, morceau en trois parties, qui dure donc un total de vingt minutes. Le show est loin d’être terminé. L’ambiance est complètement délirante, entre pogos, circle pits, wall of death, crowd surf, tout y est.
Le groupe quitte la scène en laissant sur l’écran géant le logo Lorna Shore en flammes. Si quelques personnes s’échappent rapidement, les fans savent que le show n’est pas terminé. Qu’il manque le clou du spectacle. Le morceau qui aura propulsé le groupe dans une autre dimension il y a quelques années. To The Hellfire. Les Américains reviennent sur scène alors que les premières notes se font entendre. Le reste appartient à l’histoire. Si vous n’êtes pas familier avec ce morceau, je vous invite à interrompre votre lecture ici, et à le lancer. Pour comprendre ce dont je parle. Pour comprendre l’intensité de ce breakdown. Pour réaliser que Will Ramos n’est probablement pas de cette planète.

En bref, une soirée d’anthologie. Une très bonne surprise avec Humanity’s Last Breath, une prestation incroyable de Whitechapel et une claque historique de Lorna Shore. Le seul petit (mini) bémol sera peut-être la performance de Shadow Of Intent, dont j’attendais mieux. Malgré tout, il s’agissait sûrement du plateau deathcore de l’année, et nous étions ravis d’être présents.
Photos : Pierre Target (à retrouver sur Instagram)
