Cette année encore, on a le plaisir de retrouver ce magnifique festival qu’est le Sziget, l’un des plus grands d’Europe, posé sur l’île d’Óbuda au beau milieu du Danube. Au deuxième jour de cette édition 2026, la foule cosmopolite a déjà pris ses quartiers sur cette « île de la liberté ». Il faut dire que la programmation voit large, de Florence + The Machine à Lewis Capaldi en passant par Bring Me The Horizon et Skrillex… mais ce mercredi carbure clairement au rock.
Il est à peine 16h quand Giant Rooks lance les hostilités. Le quintet allemand de Hamm, emmené par son chanteur Frederik Rabe, déroule un set pop rock efficace devant un parterre encore clairsemé, il est encore tôt à l’échelle d’un festival. Qu’importe : les mélodies sont immédiates, accrocheuses, et les musiciens se donnent à fond. On pense au 1975, à un soupçon de Måneskin. Le set est énergique, parfait pour lancer en douceur le marathon qui s’annonce.
On prend à peine le temps de flâner dans les allées, déjà de plus en plus bondées à mesure que l’après-midi avance. Et quel terrain de jeu : le Sziget déploie des dizaines de scènes et d’espaces sur les 108 hectares de son île, désormais découpée en onze quartiers thématiques. Grande scène, Revolut Stage, arènes dédiées à l’électro, aire hip-hop, sans oublier le cirque, le théâtre, les installations artistiques et les fêtes qui s’étirent jusqu’à l’aube : impossible de tout voir, et c’est précisément ce qui fait le sel de l’endroit. Dans la foule bigarrée et joyeuse, on repère déjà les fans de Twenty One Pilots à leur maquillage caractéristique. L’ambiance est franchement festive, détendue, bon enfant, ici, on se sent bien.

Changement radical de température avec DE’WAYNE sous le chapiteau de la Revolut Stage. L’Américain de Houston débarque avec une énergie folle, porté par un trio soudé qui ne cache pas son plaisir de jouer. Le look, l’attitude, le son : tout renvoie à Lenny Kravitz, et ce n’est pas un hasard, le maître étant devenu un ami et un mentor du chanteur texan. Entre funk, punk et rock sans étiquette, DE’WAYNE embrase la scène et s’offre même une reprise renversante de I Wanna Be Your Dog des Stooges. Une vraie révélation, à suivre de près.

On enchaîne à nouveau sur la Main Stage avec Biffy Clyro, le trio écossais composé de Simon Neil (chant, guitare) et des frères jumeaux James et Ben Johnston (basse et batterie). Le groupe pioche dans le meilleur de leur discographie sans rien s’interdire. Sur scène, deux violonistes viennent épaissir les arrangements et offrir une profondeur supplémentaire aux morceaux. Le public du Sziget, venu en écrasante majorité pour Twenty One Pilots, se laisse pourtant totalement conquérir. Solide, généreux, impeccable. Mention spéciale à Living Is a Problem Because Everything Dies et son intro dantesque.

Et puis vient le point d’orgue. Twenty One Pilots, le nom sur toutes les lèvres, transforme la grande scène en spectacle total. Tyler Joseph et Josh Dun sont en osmose parfaite et livrent un show à couper le souffle : pyrotechnie, respirations plus calmes, tubes enchaînés sans le moindre temps mort. On en prend plein les yeux et les oreilles. Grand moment de bravoure sur Drumshow issu de leur dernier album : Josh Dun quitte la scène, escalade une plateforme et dévoile une batterie perchée tout en haut, dominant la foule. C’est spectaculaire, c’est fort, et c’est la conclusion parfaite d’une soirée démente. On apprécie leur réinterprétation de Seven Nation Army, approuvée par M. Jack White en personne.

Malgré le show spectaculaire, on décide de se séparer pour que l’un de nous deux puisse assister à un tout autre voyage avec Chet Faker sous la Revolut Stage. L’Australien fait retomber la tension d’un cran et enveloppe la fin de soirée de sa soul électronique. Derrière son clavier, Chet Faker déroule un groove tout en velours : accords de Rhodes, basses moelleuses et ce falsetto reconnaissable entre mille. Après l’euphorie de la grande scène, on savoure ce contrepoint chaleureux et sensuel, la tête dans les étoiles.
Un grand merci à toute l’équipe du festival et à Sandra de Panache ! pour la confiance et pour ce magnifique moment.
