Asgeir est de retour avec son cinquième album intitulé Julia (One Little Independent Records). Un nouvel effort bien ancré dans la tradition islandaise, poétique autant que contemplatif.
Autonomie complète de travail.
Asgeir (de son nom complet Asgeir Trausti Einarsson) a, pour la première fois, décidé d’évoluer pratiquement en solitaire, surtout en ce qui concerne l’écriture des textes, pour laquelle l’Islandais n’a fait appel à personne, ni au traducteur John Grant ni même à son propre père, le poète islandais Einar Georg Einarsson. Sacré bouleversement pour ce déjà chevronné routier de la folk poétique !
« C’est la première fois que j’écrivais mes textes entièrement seul, ce qui était bien sûr nouveau pour moi. Je tâtonnais, me demandais où j’allais, mais pour moi le fait d’écrire était tout de même assez thérapeutique. »
C’est en ces termes qu’Asgeir a bien voulu expliquer son processus d’écriture autonome qui, comme on peut aisément s’en douter, ne s’est pas mis en place en un jour. Deux ans ont en effet été nécessaires pour l’écriture comme pour la production de cet album Julia, l’artiste islandais ayant tout de même reçu l’aide de son grand ami de toujours, Gum « Kiddi » Kristinn Jónsson, pour le versant production uniquement.
Un album résolument folk et mélodique.
Asgeir n’a jamais fait mystère de son admiration sans bornes pour les grandes figures de la folk telles que Daniel Lanois, Leonard Cohen ou encore, dans un registre plus contemporain, Dina Ögon et Adrianne Lenker. De multiples influences que l’artiste islandais s’évertue à faire transparaître dans ses compositions.
Julia, son cinquième album, en foisonne : un chant aussi cristallin qu’émouvant et des mélodies simples qui n’exigent aucun investissement superflu.
La guitare accompagne Asgeir presque tout au long des dix morceaux de Julia, les parties de gratte ayant été travaillées en premier. Le résultat s’en ressent précisément sur le morceau éponyme Julia, Stranger ou encore le magnifique Into The Sun, chargé de conclure cette galette en toute émotion et légèreté, sans oublier ce côté poétique si cher à Asgeir.
Universe Beyond et Smoke, quant à eux, font ressurgir, par le biais des guitares, un doux parfum d’Amérique estampillée country, venant confirmer, s’il en était encore besoin, la passion du songwriter islandais pour l’americana, un penchant dont Bury The Moon en 2020 faisait déjà étalage.
De timides débuts en mode pop.
La promotion de Julia, du moins concernant les singles éclaireurs, ne s’est pas avérée très convaincante. Avec Ferris Wheel et Against The Current, à la mélodie aérienne, le côté pop régnait en maître, à tel point que l’on finissait par se demander où Asgeir souhaitait nous emmener. Y aurait-il un brutal changement de cap ou l’Islandais reprendrait-il de plus belle sa marche folk ?
Le superbe Sugar Clouds ainsi que Smoke, aux accents d’Amérique rurale, ont apporté de probants et rassurants éléments de réponse. Le mystérieux et poétique Sugar Clouds a d’ailleurs rencontré davantage d’écho qu’Against The Current, récemment dévoilé, et Ferris Wheel.
In The Wee Hours n’est pas en soi un mauvais morceau mais, jugé trop pop, il n’atteint pas l’intensité émotionnelle et poétique de Stranger, Julia ou encore Into The Sun.
Julia : l’album le plus émouvant d’Asgeir, que l’Islandais ne doit qu’à son travail autant qu’à son talent d’écrivain-poète.
Notre sélection : Stranger, Sugar Clouds, Into The Sun, Julia.
