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Interview de Justin BENLOLO – BRKN Love par Olivier Lescroel

« Peux-tu nous présenter BRKN Love, parce que vous n’êtes pas super connus en France, même si on vous diffuse régulièrement ?

Voyons. Nous sommes un groupe de rock alternatif, originaire de Toronto.

Nous sommes jeunes, et nous essayons de faire de la musique telle qu’elle n’a pas été faite depuis un certain temps. On ne dit pas que personne n’a jamais proposé ce que nous faisons, on n’a pas inventé la roue non plus, mais quelque chose qui s’est perdu. On aime le son des années 1990, des années 1970, ce son brut et organique, ces trucs ce sont perdus à force de couches et de traitements numériques.

– Votre premier album a été enregistré en analogique. Qu’elle en est la raison ?

– On a enregistré sur bandes, mais au départ, c’est notre producteur qui aimait travailler de cette façon. Donc ce n’était pas une demande du groupe. C’est assez vieillot comme façon d’enregistrer, mais cela a ajouté de la chaleur, une saturation qu’on ne peut pas obtenir par les ordinateurs. On peut émuler cela, mais lors de concerts, on perd ce son. Autant opter pour quelque chose de proche de la réalité de la scène. Cela a vraiment motivé le groupe à donner le meilleur pendant les sessions d’enregistrement. C’est ainsi qu’un vrai groupe devrait sonner, non ?

– Vous avez fait la synthèse de plusieurs influences, comme Muse, Royal Blood, Soundgarden, tout en y ajoutant votre patte. Est-ce que vous êtes d’accord avec ces affirmations ?

– Oui, on adore ces groupes. Ce sont ceux que l’on a écouté en grandissant, alors forcément même inconsciemment, on essaie de sonner comme eux, mais surtout comme nous. Le plus sage est de leur prendre juste assez pour que personne ne s’en rendre compte. Les bons artistes empruntent, les grands artistes volent.

– Quelles sont vos autres influences ?

Évidemment Led Zeppelin, Black Sabbath, Kiss, des trucs très metal comme Panthera, Metallica, mais aussi Meshuggah, j’adore ce qu’ils font. Mais clairement Soundgarden reste l’un de mes groupes préférés. Tout ce qu’a fait Chris Cornell c’est du génie, c’était le meilleur. Dans la nouvelle génération, Warblood reste pour moi le modèle du rock moderne. Personne ne leur arrive à la cheville. Ils portent haut le drapeau d’un nouveau rock cool. Ils ne sont ni jeunes ni vieux maintenant. Mais grandir comme ils l’ont fait, c’est encourageant et excitant. Cela nous m’a donné l’étincelle nécessaire, et au groupe aussi, de nous lancer. On avait le droit et la possibilité d’y arriver. On le leur doit en grande partie.

– Votre dernier single Like A Drug est sorti en avril en France. Est-ce qu’il s’agit du premier titre d’un nouvel album ?

– Oui. L’album est prêt. Il devrait sortir en octobre.

– Est-ce qu’il sera dans la continuité du précédent ?

– Oui et non. C’est toujours nous, notre son, notre groupe, mais c’est l’étape suivante. Vous devriez sentir une évolution, plus chargé, plus poppy parfois, ou même plus dansant. Il y a plus de strates que sur le premier. Celui-ci, on l’a fait avec les technologies actuelles, même si tous les instruments sont bien évidemment des vrais, et qu’on enregistre le plus souvent en une seule prise. Mais c’est un peu un nouveau départ, parce que notre premier album est arrivé en pleine pandémie, 2 ou 3 semaines avant le confinement. Donc on a le sentiment d’une rédemption.

– Le premier album traite de l’amour, de l’amour déçu, des échecs, parfois de la drogue. Est-ce autobiographique ou alors est-ce que vous avez brandi les totems du rock ?

– C’est autobiographique. Parfois ce sont les histoires d’amis, ou de personnes rencontrées au hasard, ou quelque chose que j’ai traversé. C’est de tout cela que je m’inspire pour les paroles. Je ne crois pas qu’un écrivain puisse totalement être authentique, n’écrire que la vérité, dire si cela le concerne réellement. La plupart de mes chansons préférées sur le nouvel album évoquent mes amis ou mes rencontres. Je fais en sorte de me les approprier et de faire croire que cela parle de moi. Mais c’est toute la question de l’authenticité, et du fait de chanter des chansons sur des sentiments ou des histoires qu’on n’a pas vécus. Je ne pourrais pas le faire.

– Le rock n’est pas aussi populaire qu’il l’a été surtout auprès des jeunes, qui écoutent de l’électro, du hip-hop, du rap. Penses-tu que le rock reviendra au premier plan ?

– Difficile à dire. La majorité des artistes pop intègrent des éléments rock dans leurs chansons. Des gens comme Machine Gun Kelly, que je n’écoute pas, ce qu’ils font est populaire et oriente les jeunes vers le rock. Donc cela en amène certains du rap vers le rock.

Même chose avec la pop-punk pour la punk-pop, je ne sais pas comment le dire, ça revient fort, les gens aiment ça. La musique est faite de cycles, mais le rock n’a jamais vraiment disparu. Quand on découvre un groupe qu’on aime, on y reste attaché. Et puis les groupes rock attirent toujours 2 ou 3 000 personnes par soir, comme par exemple Cleopatrick.

Ils sont super connus, mais pas mainstream, surtout pas en radio. La communauté des fans de rock est toujours active. Donc le rock n’est pas mort. Tout se passe sous la surface, et c’est vrai qu’il faut s’y intéresser pour débusquer les groupes, les fans sont plus actifs dans la recherche de ce qui les fait vibrer. C’est aussi pour cela que les fans de rock sont plus impliqués, c’est une démarche active et pas passive. Et c’est ce qu’on aime aussi, quand on fait partie d’un groupe de rock.

– Quels groupes écoutes-tu en ce moment ?

– Dernièrement, j’ai surtout beaucoup écouté notre propre album. Mais je confesse ne pas écouter autant de nouveaux groupes que je devrais. J’écoute pas mal Silk Sonic, composé de Bruno Mars et Anderson Paak, donc pas du tout un truc rock. J’aime beaucoup leur album, que j’écoute en boucle. Côté rock, j’étais un peu trop focalisé sur le boulot pour notre album. Et puis c’est difficile quand j’écoute du rock de ne pas analyser, comparer avec notre groupe, il faut prendre du recul. Quand la connexion est trop forte, c’est compliqué. J’ai écouté le dernier Turnstyle. Honeybrains, Royal Blood a sorti une chanson récemment, que j’écoute dès le réveil. Les Canadiens de Reignwolf aussi. Et puis je parsème tout cela de classiques comme AC/DC.

– Tu évoquais des groupes mêlant hip-hop et rock, comme Machine Gun Kelly. Est-ce que BRKN Love pourrait évoluer dans cette direction ?

– C’est une possibilité, mais les possibilités sont infinies. Je ne ferme aucune porte, et je garde l’esprit curieux. On ne peut pas reproduire sans fin la même musique, et puis dans le futur, j’ai des envie de groupe metal, ou funk. Des side projects donc. Mais oui, on est ouverts à d’autres styles qu’on pourrait incorporer dans notre musique.

– Pup, Three Days Grace, Simple Plan, sont Canadiens. Avez-vous des liens avec eux, du fait de votre nationalité commune ?

Oui et non. L’ancien chanteur de Three Days Grace, Adam, fait maintenant partie d’un groupe qui s’appelle Sinesonia. Ils ont le même producteur que nous, et on est sur le même label. On est amis avec le groupe Cleopatrick, ils étaient en Allemagne récemment. Ils vivent pas loin de chez moi en Ontario. Il y a aussi les Ready The Prince avec lesquels on a joué quelques fois. On a aussi sympathisé avec les Blue Stones, les Royal Tusk, qui sont de supers potes. Globalement, peu de jeunes, dans un contexte dominé par des tauliers. Et puis c’est compliqué aussi, parce que les autres membres du groupe sont de New-York, je suis le seul de Toronto. C’est difficile de se voir très souvent. Je ne sais pas s’il y a vraiment un scène rock très active à Toronto de toute façon, parce que c’est plus une ville attirée par le hip-hop. Il y a une grosse scène hip-hop underground, parce que Drake ou The Weekend en viennent. Des popstars aussi comme Shawn Mendes. C’était une réponse longue, mais bon.

– Vous avez prévu une tournée ?

– Oui, c’est prévu pour cet automne, essentiellement aux États-Unis et au Canada, et avec un peu de chance on viendra en Europe en décembre. Ou sinon en début d’année prochaine. Mais là, c’est ma toute première fois en Europe.

– Vous avez déjà des dates européennes à part celle de ce soir ?

Oui, je vais à Londres demain. Et puis là je suis seul en acoustique. Si on vient ce sera beaucoup plus électrique, mais honnêtement je n’en sais encore rien. On ira là où les gens veulent nous écouter. »

Traduction de T. Schibler

 

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