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HELLFEST 2022 – Part 1 – Vendredi 17 juin 2022 – Clisson (44)

Vendredi 17 juin 2022 – Par Fred

Imaginez : Deftones, The Dropkick Murphys,  Volbeat, Five Finger Death Punch, Suicidal Tendencies, The Offspring et Mastodon… le même jour et au même endroit. Impossible ? Pas pour le Hellfest ! Je n’irai pourtant voir aucune de ces têtes d’affiche : trop de bons groupes à découvrir ou à revoir sur les « petites » scènes…

Nous pénétrons dans la « zone concert » un peu avant 11h alors que résonnent les derniers accords du set des Franciliens d’Abrahma à la Valley : dommage, j’aurais bien commencé cette journée au son de leur doom mélancolique, d’autant plus qu’ils se produisaient pour la première fois en terres clissonnaises.

La chaleur est encore supportable à ce stade de la journée. Il est tôt mais les festivaliers sont déjà nombreux, le sourire aux lèvres : la joie des retrouvailles avec cet endroit exceptionnel. Mon unique venue remonte à 2018 mais j’ai l’impression que c’était hier, tant les lieux me semblent familiers. Cette première journée se déroulera pour nous dans la plus grande fébrilité : envie d’en voir et d’en entendre un maximum.

Direction la Mainstage 1 : Frog Leap est l’émanation « live » de la chaine YouTube « Frog Leap Studios », 4,5 millions d’abonnés, 900 vidéos. Sur scène, le multi-instrumentiste norvégien Leo Moracchioli est accompagné de trois musiciens dont le guitariste Rabea Massaad (youtubeur connu pour ses vidéos de démonstration de matériel de musique), d’une chanteuse et d’un individu portant un masque de lapin dont le rôle consiste… comment dire… à s’agiter. Le groupe s’est déjà produit la veille sur la scène du Metal Corner. Au programme, des reprises à l’intérêt tout relatif parmi lesquelles « Party Rock Anthem » (LMFAO), « Ghostbusters » (Ray Parker Jr) ou « Eye of the Tiger » (Survivor) ; c’est amusant cinq ou dix minutes mais je ne suis pas emballé et déjà, j’ai envie d’ombre.

Sur le même créneau horaire, Mortis Mutilati, l’un des deux groupes ayant remporté le tremplin « The Voice Of Hell » se produit à la Temple. Toutes et tous de noir vêtus, le visage crayeux, les cinq musiciens, deux femmes et trois hommes nous assènent un black metal à l’ancienne, lancinant voire maussade : rien à redire sur l’exécution mais le son m’a tout de même semblé un peu brouillon.

C’est à la Valley à 11h40 que je vais avoir mon premier coup de cœur de la journée. Dès les premières notes, le stoner des Suédois de Greenleaf me file la chair de poule. Le quatuor à la discographie déjà bien conséquente se donne à fond pendant la petite demi-heure qui leur est impartie : ça « groove » et ça « blues » … bref, ça fait du bien ! Hans Fröhlich à la basse fait plaisir à regarder tant il donne l’impression de vivre ce moment sur un nuage.

Éric quitte rapidement la Valley pour « shooter » la « guitare héroïne » Laura Cox : pour sa première participation au Hellfest, la dame et ses acolytes ont droit aux honneurs de la Mainstage 2 et de son public forcément nombreux !

Quant à moi, j’assiste à la toute fin de la prestation de Necrowretch à l’Altar. Pour info, les scènes de l’Altar et de la Valley fonctionnent en simultané, alternant avec celle de la Temple. Le black thrash bien rageux des Valentinois me fait penser à Deströyer 666 et Sadistik Exekution. J’aurais aimé en entendre plus.

Retour à la Temple pour le set des Espagnols de Numen. Le groupe, créé il y a 25 ans, est signé sur le label nantais « Les Acteurs de l’Ombre » ; à noter que six ou sept formations estampillées LADLO se succèderont sur cette même scène tout au long des deux week-ends. Je ne connais rien de la production discographique de Numen et même si j’apprécie leur sobriété d’apparence et leur jeu précis et rigoureux, je ne parviens pas à entrer dans l’ambiance sombre et véhémente de leur musique.

Les Américains de ASG investissent la Valley à 12h50 : au programme, quarante minutes d’un rock stoner mid tempo immersif et en phase pour le coup avec la chaleur oppressante qui commence à nous faire méchamment transpirer.

A l’issue de ce très bon set, nous décidons de nous séparer à nouveau.

Éric part en mission « shooting ». Les cibles ? deux groupes de vétérans des scènes punk/hardcore française et américaine qui se produisent sur le même créneau horaire : Burning Heads (des habitués du festival, le groupe était d’ailleurs à l’affiche de la première édition du Furyfest, ancêtre du Hellfest en 2003) à la Mainstage 1

… et les Bostoniens de Slapshot (bientôt 40 ans d’activité !) à la Warzone.

Dans le même temps, je me rends à la Temple pour assister au show des Suédois de Mephorash. Je n’y resterai que le temps de quelques titres, rebuté par la mise en scène du groupe : ambiance « religieuse », bandes enregistrées de chœurs grandiloquents, musiciens masqués et vêtus de longues robes à capuche… tout un décorum, qui, en plein jour et faute d’immersion de ma part, échoue à m’embarquer dans leur trip « black metal cérémoniel ». J’avais pourtant apprécié certaines vidéos (clips et captations live) visionnées sur YouTube. Je retenterai volontiers l’expérience si l’occasion se présente à moi de les revoir dans l’obscurité d’une petite salle.

14h : il est temps de faire une pause. Nos bouteilles de Perrier sont vides et l’envie de la première bière se fait sentir : direction le quartier VIP pour nous poser un instant dans la salle du bar face au mur où sont accrochés les portraits d’illustres disparus de la scène metal (Lemmy, Dio, Alexis Laiho, Dusty Hill, Chris Cornell et bien d’autres). La décoration de ce lieu est juste magnifique. En extérieur, des chaises longues, des fauteuils, des tables avec parasols, un plan d’eau, l’espace « presse » … il sera bon, deux ou trois fois par jour de venir se reposer un moment ici.

A 15h, Éric se rend à la Mainstage 1 pour immortaliser la prestation du duo The Inspector Cluzo.

Je retourne à la Temple pour prendre ma première « baffe » black metal de la journée avec Seth. Des Bordelais, je ne connais que le dernier album, « La Morsure du Christ », paru en 2021 (et un split avec Cultus Sanguine). Le public est présent en nombre et complètement acquis à leur cause. Au programme, un black symphonique ciselé et chanté dans la langue de Molière : majestueux, tout simplement.

Dilemme : Witchcraft à la Valley ou Gatecreeper à l’Altar… Éric prépare ses appareils pour un shooting de doom suédois… Magnus Pelander, le maître à penser de Witchcraft semble avoir fait le vide autour de lui : la formation « live » de ce jour se réduit à sa personne, une bassiste et un batteur.

J’opte quant à moi pour une déflagration de Death made in USA. Gatecreeper pratique, d’après le descriptif de l’appli du Hellfest, un death metal typé « suédois », (entendez par là, Entombed, Grave ou Dismember) caractérisé par ce son de guitare appelé « buzzsaw tone » obtenu grâce au sous-accordage conjugué à la mythique pédale d’effet Boss HM-2 : voilà pour la théorie. Alors oui, bien sûr, il y a de ça chez gatecreeper, beaucoup même mais « pas que » … il y a aussi un gros groove « sludge » typiquement US. J’assiste, en gardant mes distances, à mon premier circle pit du week-end : une partie du public est déchaîné. Terrible !

On continue avec du lourd sur la Mainstage 1 : Frank Carter and the Rattlesnakes, qui avait déjà mis le bronx à la Warzone en 2017, dixit Éric. En ce qui me concerne, ce sera l’une de mes rares incursions devant les scènes « principales ». Frank Carter est une bête de scène et ce concert sera sans doute une pierre supplémentaire à l’édifice de cette réputation. Le tatoué et ses acolytes débutent les hostilités avec « My Town » : je me laisse aller à espérer voir débouler Joe Talbot de Idles en guest comme sur l’enregistrement studio du morceau… Après tout, Idles était à Dijon cinq jours auparavant pour le VYV festival… mais non. Il est 17h et la chaleur est à son comble… je cuis. S’ensuit l’exercice préféré du monsieur, à savoir la marche « slammée » sur les mains du public : ce type est fou ! Je bats en retraite au bout de quelques morceaux… direction, l’ombre d’un chapiteau. Je me demande comment autant de festivaliers ont pu endurer ce soleil de plomb des heures durant devant ces scènes.

Les foules sont arrosées au jet… des brumisateurs géants ont été installés à différents endroits du site dans la journée. Il n’y a pas à dire, ce festival est un modèle d’organisation, y compris dans l’improvisation !

17h30 : je tente une nouvelle incursion à la Mainstage 2 pour Opeth. Crève-cœur : le prog metal des Suédois est vraiment classieux, Mikael Akerfeldt maîtrise parfaitement son chant… qu’est-ce que c’est beau ! Mais je sens que je vais tourner de l’œil. J’abandonne.

Retour à la Temple à 18h40 pour les mythiques Rotting Christ. Je les ai vus en 2018 au Grillen à Colmar, en première partie de Watain et je sais que je ne serai pas déçu par leur « dark metal ». Les frères Tolis, Themis à la batterie et Sakis à la guitare et au chant sont dorénavant accompagnés de deux nouveaux musiciens : Kostas Heliotis à la basse et Kostis Foukarakis à la guitare : exit donc, Vagelis Karzis et George Emmanuel après sept années (2012-2019) de bons et loyaux services. Pour l’anecdote, des scientifiques du Muséum d’histoire naturelle du Luxembourg, grands amateurs du groupe, ont récemment décidé de nommer une nouvelle espèce fossile « Brezinacantha Tolis » en hommage aux deux frères (cf « Among the living »). La setlist est principalement axée sur les trois derniers albums du groupe avec pas moins de sept morceaux sur la dizaine qu’il interprète. Nous aurons notamment droit aux hymnes que sont « 666 », « Elthe Kyrie », « Apage Satana », « In Yumen Xibalba » et « Grandis Spiritus Diavolos ». Devant moi, deux (jeunes) fans inconditionnels qui semblent tout connaître du groupe : leur enthousiasme fait plaisir à voir, presque autant que celui des musiciens.

Sitôt Rotting Christ dans la boîte, Éric se rend à la Mainstage 1 pour photographier The Offspring depuis le public. La foule massée devant la scène est tellement dense qu’il ne pourra s’en extraire qu’à la fin du set !

C’est un concert d’une rare intensité qui va maintenant avoir lieu à 19h45 à la Valley devant un public très clairsemé. High on Fire entre en scène sans chichis. Originaire d’Oakland (ville de Californie tristement célèbre pour sa criminalité), le trio va méthodiquement nous ensevelir pendant une heure sous un déluge de décibels : la voix est éraillée, les rythmiques frénétiques et les riffs complexes mais sans étalage de technicité gratuite… c’est à base de cœur, de tripes, les gars jouent comme si leurs vies en dépendaient ! Besoin d’une étiquette ? C’est du Rock avec un grand R, intransigeant et implacable. High on Fire est tout simplement l’illustration parfaite du concept de « power trio ». Je ressors de là laminé et heureux !

Un second break s’impose. Alors que la température commence à baisser, nous consultons différents sites de météo qui nous promettent à l’unanimité une journée du samedi encore plus caniculaire.

Retour à la Valley à 21h30 pour la quatrième venue de Baroness au Heffest. En 2018, un imprévu avait obligé le groupe à improviser un set acoustique qui restera dans les mémoires de tous ceux qui y ont assisté. Le public est déjà très nombreux alors même que le concert ne commence que dans vingt minutes : clairement la plus grosse affluence sous un chapiteau de la journée. Dans l’après-midi, Éric a eu l’opportunité de tirer le portrait de Gina Gleason et John Dyer Baizley, croisés dans une allée du VIP.

Baroness entre en scène au son de « Animal (F..k Like a Beast) » de WASP (quel curieux choix d’introduction !) et débute avec « Take My Bones Away » taillé pour emporter l’adhésion immédiate du public. Les quatre membres affichent une aisance indéniable ; la complicité entre eux est palpable. J’ai néanmoins du mal à comprendre l’étiquette de « sludge metal » qui leur colle à la peau, tant l’approche mélodique domine leurs compositions. Je sors avec regret à la moitié du set par besoin de m’aérer : la Valley est bondée comme jamais !

La nuit est tombée, et avec elle s’est installée une fraicheur toute relative. Les éclairages ainsi que les différentes attractions pyrotechniques participent maintenant à l’ambiance : les bâtiments, les sculptures… tout prend une autre dimension en nocturne ! Je casse une petite croûte au « Hell Snack » le plus proche (chapeau aux bénévoles qui assurent le service avec une rapidité et une bonne humeur incroyables !) et décide de déambuler aux abords de la Mainstage 2 où les Américains de Five Finger Death Punch font le show : je ne sais pas trop quoi penser de ce groupe qui semble vouloir synthétiser toute la scène metal mainstream US, de Linkin Park à Slipknot en passant par Rob Zombie.

Je traverse le Kingdom of Muscadet envahi de groupes de festivaliers assis, debout, couchés au pied des arbres, récupérant de cette journée de chaleur accablante. C’est malheureux à dire, mais certains visages affichent des regards hagards voire tristes…

La légende new-yorkaise Cro-Mags va débarquer incessamment sur la Warzone, plus précisément la « version » du groupe menée par son fondateur, le bassiste Harley Flanagan (celle de John Joseph et Mackie Jayson, ses anciens compagnons de route, aujourd’hui renommée Cro-Mags JM était programmée sur cette même scène en 2018). Je me place à la barrière, très à gauche. Dans le public, devant, bien au centre, je remarque un gars qui s’étire et s’échauffe de manière un peu trop démonstrative genre « c’est moi que v’la » : il se prépare sans doute à apprécier le groupe à sa façon, c’est-à-dire sans se soucier des nez et tibias de ses voisins. Un peu avant 23h retentit le thème musical principal du film « Orange mécanique » de Wendy Carlos, puis celui de « Le Bon, la Brute et le Truand » de Ennio Morricone. Flanagan et ses trois acolytes entament le set avec « We Gotta Know » : ça défouraille sévère ! Au second morceau, le frontman à la cinquantaine bien sonnée tombe le tee-shirt pour dévoiler une musculature impressionnante et couverte de tatouages : je ne lui chercherais pas des noises, ça c’est sûr ! Le gaillard arpente la scène de long en large, tabassant frénétiquement les cordes de sa Rickenbacker. J’ai beau ne plus écouter de hardcore depuis longtemps, je me souviens que l’album « The Age of Quarrel » dont est issue une bonne partie des morceaux joués ce soir a squatté ma platine il y a trente ans.

Il est minuit, l’heure de se faire écraser par le doom pachydermique des Anglais de Electric Wizard à la Valley. Le public est présent malgré l’heure tardive. Le quatuor interprète cinq morceaux devant un écran diffusant des extraits de ce que je suppose être des films d’horreur des années 60 ou 70. C’est lent, lourd, long… mais bon !

C’est à Mayhem que revient le privilège de clore la programmation de la journée à la Temple. J’ai déjà eu l’occasion de les voir à deux reprises par le passé. L’affluence est incroyablement faible pour un groupe de cette envergure : heure de passage tardive… concurrence des autres scènes (Volbeat sur la Mainstage 2, Suicidal Tendencies sur la Warzone) … la fatigue tout simplement. Les Norvégiens balancent leur black metal d’un haut niveau technique mais la sauce ne prendra pas en ce qui nous concerne : nous sommes exténués… au tiers du set, nous décidons de rentrer « à la maison ».

Un constat s’impose au terme de cette première journée de festival : nous allons devoir nous économiser un minimum si nous ne voulons pas finir sur les rotules à l’issue de cette XVe édition… l’édition du siècle.

 

 

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