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INTERVIEW – UNDERVOID – part3

Troisième temps de l’entretien réalisé avec Undervoid.

Ci-joint les liens vers :

*la première partie, consacrée au début du groupe ainsi que ses connexions, 

*la deuxième partie. évoquant les influences qui ont marqué le groupe.

Bonne lecture.

 

Studio White Bat Recorders

Sensation Rock – Parlons désormais de l’album Le noir se fait. Comment s’est échelonné le processus de création?

Marc – Pour la composition, on est arrivé avec du solide. Beaucoup de choses proposées sur les 4 premiers EPs ont été mises de côté, voire jetées pour cet album. Certains morceaux ont été pensés deux ans avant l’enregistrement, alors qu’ Un regard a suffi a été composé trois mois avant l’entrée au studio White Bat Recorders. C’est vraiment l’aboutissement de tout le boulot mis en place jusqu’alors. Beaucoup de morceaux ont été pensés pour le live, ont été testés sur scène, c’est ainsi que l’on s’est fait un avis sur nos compos. Quand on est arrivé chez Rémi en décembre 2019, on avait un bloc de 11 titres ; on a décidé d’en retirer un finalement. Rémi a apporté la touche finale, la cerise sur le gâteau. Pour être honnête, cet album on y songeait déjà du temps du 1er EP. Le noir se fait c’est 4 ans de travail et de parcours d’un groupe qui apprend à se connaître humainement, musicalement, qui se cherche, qui se trouve, parfois qui ne se trouve pas, mais en définitive une direction s’est dessinée, très assumée d’ailleurs, et l’album est le point d’orgue de tout cela. En enregistrement pur, on a tout fait en 10 jours, soit un morceau par jour. Il n’y a eu pas de question à se poser. Rémi a amené sa petite touche artistique, ce qui apporte de la valeur ajoutée.

 

Sensation Rock – En décembre 2019, j’avais rencontré Rémi Gettliffe lors du concert de Last Train à la Laiterie. Il était alors le premier à m’évoquer ce disque à venir. Question à tiroir : Pourquoi l’avoir choisi ? Quels ont été ses apports ? Que retenir de sa méthode de travail ?

Marc – Putain, c’est une belle question bien complète (rires). Pourquoi lui ? Il y avait une sorte de logique pour nous. D’abord au vu de son parcours : il a bossé avec des groupes que l’on apprécie vraiment, comme Dirty Deep, Last Train et on a kiffé sa patte en terme de production ou de son sur leurs disques. Pour les apports, il nous a fait changer notre méthode d’enregistrement. Jusqu’alors on avait des habitudes bien distinctes avec les premiers EPs, plus traditionnelles : d’abord la batterie, puis t’enregistres la basse, ensuite la guitare, on double les grattes, arrive le chant, etc. mais à la fin, on avait toujours une sorte de frustration. On avait l’impression de ne pas retrouver l’ambiance des concerts ou de notre salle de répétition, car ça manquait d’énergie, de puissance. On a fini par se dire qu’il fallait que l’on enregistre en live. De plus, Rémi travaille aussi en 100% analogique. Du coup il n’y a pas de question à se poser. Tu joues un point c’est tout, ça sonne comme tu joues, c’est simple. Au bout du 3e morceau il nous a dit de supprimer le métronome, de jouer sans et à blinde. Et il a eu totalement raison : on est super content du résultat parce que c’est exactement ce que l’on recherchait depuis longtemps, un truc très brut en plein dans ta gueule !

Arnaud – Il a apporté quelques réflexions et une vraie dimension au son, une homogénéité que nous n’avions pas encore pour l’enregistrement. On l’avait en live mais c’était une inquiétude que l’on se trainait: est-ce qu’on retrouverait l’énergie tout en étant cohérent sur un album ? Pour ça, Rémi a été déterminant.  

 

Studio White Bat Recorders

Sensation Rock – En parlant du son, vous a-t-il fait enregistrer avec sa caisse claire (question improvisée qui renvoie à plusieurs conservations avec d’autres formations qui avaient évoqué cette anecdote à l’issue de leur passage au White Bat Recorders, NDLR) ?

Marc – Ouais c’est sa caisse claire que l’on retrouve sur toutes ses productions mais Alex est mieux placé pour en parler.

Alex – C’est vrai. On a testé la mienne et il a dit « Ok, cool. On prend la mienne quand même » (rires).

Mathias – A la première écoute, effectivement tu perçois bien la caisse claire, c’est impressionnant. Et pas seulement pour ce disque!

 

Sensation Rock – En écoutant l’album au casque, il y a beaucoup de petites choses subtiles qui lui confèrent un aspect roots et live, comme l’enclenchement de la disto sur Addict, un accord en deadnotes à l’ouverture de Chef apache, le décompte d’Alex sur Alea jacta est, … Qui décide de garder ces petites aspérités?

Marc – C’est des bonnes idées de Rémi. Au début, tu doutes mais à les écouter tu perçois ça comme un truc cool. Pour la pédale disto c’est absolument pas voulu, c’est du live. Tu en parles dans la chronique que tu as faite, mais je ne m’en souvenais même pas. J’ai dû réécouter (sourire). Alex a commencé le morceau, j’avais peut être pas enclenché ma fuzz et c’est parti comme ça! Et c’était la bonne prise ! Tous ces petits défauts n’en sont pas. Avec le numérique, tu peux te dire que tu vas améliorer la prise, retirer cette aspérité, mais Rémi nous a convaincu qu’il fallait faire avec.

Mathias – Ça donne à sentir l’odeur du studio, c’est authentique.

 

Sensation Rock – De même, j’ai perçu un effet récurrent sur la voix d’Arnaud. Ça reprend l’idée que vous avanciez plus haut, sur la cohérence à avoir.

Marc – Ouais il y a un écho, c’est le seul effet sur la voix. C’est ça aussi que l’on recherchait aux côtés de Rémi : sa sensibilité propre, sa contribution. J’avais lu une interview qu’il avait fait et dans laquelle il disait : « j’apporte tout le côté technique, mais mon boulot c’est qu’à la fin toute la technique s’efface complètement et que l’on n’entende plus que l’émotion donnée par les musiciens. » Je trouvais ça super et je le pense encore plus maintenant à l’écoute de notre album.  

Undervoid en compagnie de Rémi Gettliffe (studio White Bat Recorders)

 

Sensation Rock – Et qui a eu l’idée de la guitare acoustique sur le refrain de Bouffon de roi? Elle tranche clairement avec le morceau.

Marc – Là aussi c’était pensé avant le studio. On savait qu’ici on avait un refrain plus ouvert, avec un côté catchy, simple. On avait fait des préprods dans lesquelles cette acoustique était déjà posée. A contrario, il y a aussi des trucs pressentis avant d’aller chez Rémi que l’on n’a pas retenus…

 

Sensation Rock – Je ne remets pas une pièce dans la machine, mais personnellement Un regard a suffi apparaît comme le titre le plus “Noir Dez” période Des visages des figures.

Arnaud – C’est notre titre le plus posé en effet…

 

Sensation Rock – Et pourtant c’est un titre qui gagne progressivement en intensité, notamment sur le dernier paragraphe tout en montée. Ce passage est très chiadé selon moi. Etait-il déjà pensé ainsi avant d’entrer en studio ?

Arnaud – Cette fin on l’avait avant l’enregistrement mais effectivement, on l’a beaucoup peaufinée. Ta remarque fait plaisir (sourire).

Marc – Bizarrement, on a davantage bossé des morceaux qui sont plus simples, plus rentre-dedans, efficaces, comme Je suis né peuple. On a passé des heures et des heures à le chercher à le faire tourner alors que le morceau finit avec le même riff ! A l’inverse, Un regard a suffi est plus abouti en terme de composition. Comme tu disais il y a des nuances entre les parties et pourtant c’est venu de façon spontanée.

Arnaud – Il a été moins travaillé peut être parce qu’il semblait plus évident vis-à-vis de ce que l’on voulait. On avait un morceau qui était plus calme, plus posé mais effectivement il y a une intensité qui se dévoile à la fin et qui l’enrichit énormément. C’est le côté Undervoid : on n’arrive pas à rester calme jusqu’au bout et pour le coup, on ne le regrette pas du tout !

Marc – C’est le dernier morceau sur lequel on a bosse juste avant d’entrer en studio.

Arnaud – C’est effectivement le dernier composé. (…) On est encore un jeune groupe qui vient de poser une première pierre avec cet album, mais on a envie de progresser, de travailler notre musique à mort. En bref: on a faim!

 

(Undervoid, Dieu n’existe pas)

 

Sensation Rock – Le noir se fait a-t-il été pensé avec ces seules 10 ou 11 nouvelles chansons ? Vous ne vous êtes pas dits : on va retravailler un ancien titre, comme A terre ?

Arnaud – Non. Toi t’aurais voulu avoir A terre sur le disque ?

 

Sensation Rock – Vous êtes les seuls à choisir la tracklist (sourires mutuels). A titre de comparaison, quand Last Train sort son premier LP, Weathering, on retrouve dessus des titres déjà présents sur les 2 EPs précédents: Fire, Cold fever, … Ce qui en soi fait plaisir aux fans qui étaient déjà là avant la parution de l’album, mais qui peut aussi laisser sur sa faim face à un “nouveau” disque, …

Arnaud – C’est un choix artistique. Rendez-vous sur le best of (sourire).

Marc –A terre est toujours jouée en live.

Mathias – Ce n’est pas impossible qu’elle se retrouve sur un autre album…

Marc – Comme dit tout à l’heure, on avait déjà l’album en tête alors que l’on réalisait nos EPs. Pour Le noir se fait, notre volonté n’était pas de recycler, de retrouver de vieux titres. Si un jour des vieux morceaux issus des EPs sont encore sur la setlist et qu’on les adore encore, ça se retrouvera sur un album cohérent artistiquement. A terre est un morceau que l’on a déjà pas mal remanié… Pour cet album on ne voulait vraiment que du neuf.

Arnaud – Ça va avec le projet: Undervoid c’est une entité qui existe, la servir ça coule de source. Pour ce premier album, on a été prolixe, il y avait beaucoup de compositions, beaucoup de choses à dire. C’est pour ça que l’on ne pouvait par ressortir des trucs des mini albums précédents.

 

Sensation Rock – Pour conclure sur votre album à proprement parler, comment avez-vous appréhendé ce second confinement qui coïncidait avec sa sortie le 23 octobre?

Arnaud – Comme beaucoup de groupes qui avaient programmé leur sortie d’album en plein milieu de la crise, on a hésité à repousser la date ; la question s’est vraiment posée. Sincèrement, au moment où on le sort quand même, on ne se dit pas que ça va marcher. Il fallait le sortir parce que ça allait avec le projet du moment et puis il faut avancer ! Par chance, on a un bel accueil! (…) On sait qu’à un moment donné on va finir par retourner sur scène et envoyer les watts. Ce qui est vraiment frustrant au-delà du fait de ne pas jouer, c’est l’absence de public. Comme l’évoquait Marc, les morceaux on les teste en live, avec le public, à chaque fois c’est sans filet. C’est ce qui a construit Undervoid. C’est vraiment ce qui nous manque le plus, vivre les concerts avec les gens. C’est une aventure humaine qu’on aime ressentir. 

A suivre la quatrième partie de cet entretien, cette dernière abordant les projets du groupe.

-Propos recueillis puis retranscrits par Benoît GILBERT

-Crédits photos: Benoît GILBERT, sauf celles du studio White Bat Recorders.

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