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Chelsea Wolfe, Birth of Violence

Après deux albums (trois si l’on inclut Pain is Beauty) doomesques et électriques qui l’ont propulsée parmi les hautes sphères de la scène métal, Chelsea Wolfe, représentante d’une americana nourrie aux grands espaces, revient à une formule acoustique dépouillée.

Cet album sonne comme un retour aux sources. Revenir à plus de simplicité, revenir à plus d’intimité. Enregistrer entourée du moins de monde possible, chez soi, plutôt que dans un studio impersonnel. Revenir à l’apaisement et à l’isolement après des tournées intenses. Sortir du bruit. Revenir à des mots archaïques, choisir des formes qui ne sont plus en usage (Erde pour Earth). Revenir à la nature avec le land-recording de The Storm, un orage enregistré dans le nord de la Californie. Elle-même l’affirme, « This record is a reflection of being on the road, and it’s about finding a place to call home, which is where I live now, in the mountains of northern California ».

« Be All Things ». C’est sous cette injonction que les douze morceaux se déploient. Une injonction à ne pas choisir, à ne pas se cloisonner, à ne pas faire de concessions, à pouvoir se transformer et ne rien s’interdire. Il aurait été facile de continuer à percer dans une forme attendue au tournant, calibrée pour la scène, mais c’est c’est dans le minimalisme que ce Birth of Violence se construit.

Comme fil conducteur, guitare et voix, mais aussi des arrangements atmosphériques qui redéfinissent la notion d’acoustique. Une voix toujours sur le fil, au bord de la faille, prête à se casser. Les arrangements se font discrets mais sont omniprésents, ajoutant de la texture, des matières qui habillent des compositions limpides.

Sur les thématiques abordées, Chelsea Wolfe rejoint les préoccupations des grandes voix américaines : mass-murders, port d’arme ; des images représentatives d’un espace malade, des images parfois devenues poncifs que l’on retrouve du côté visuel. Chelsea joue avec les lieux communs pour se les approprier : christian belt, attitude altière de grande prêtresse du rock (un jeu autour de la figure de Jeanne d’Arc, comme elle l’explique pour la couverture de cet album) ; décors sauvages  ou caverneux sur Be All Things, Route 66 pour The Mother Road. Avec cette panoplie d’images, elle s’approprie des mythèmes fondateurs de la généalogie du rock. Jonie Mitchell et Nico sont d’ailleurs des figures inspiratrices qui reviennent fréquemment dans ses propos. En outre, peu de temps avant la sortie de cet opus, Chelsea Wolfe reprenait Roky Erickson – Night of the Vampires. Retour aux sources, certes, mais cet album semble aussi tout simplement être, comme le morceau-phare le laisse entendre, une déclaration et une façon se positionner dans l’histoire du rock’and-roll. « Deranged for rock and roll » comme elle le déclame.

Alors, pourquoi nommer un album, aussi peu animé par la colère, Birth of Violence ? Tout est question de contraste dans l’œuvre de Chelsea Wolfe. Birth of Violence sonne comme un éveil, celui qui consiste trouver la force d’être où l’on ne nous attend pas pour tracer sa propre voie.

Artiste : Chelsea Wolfe

Album : Birth of Violence

Label / Distribution : Sargent House

Date de sortie : 13 septembre 2019

Genre : Dark-folk

Catégorie : album rock

 

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