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ANNA CALVI, la Mardi 23 Octobre à la laiterie, grande salle, Strasbourg (67)

À 19h30, c’est Rachid Bowie, également membre du groupe Hermetic Delight qui prend en charge le warm up de la soirée. Il propose un DJ set queer qui réunit des morceaux funk, electro, disco… Des versions peu connues de titres populaires, Madonna, The Knives ou encore Donna Summer, de nombreuses icônes LGBT se bousculent dans son set convaincant bien qu’incongru. En effet, on comprend mal le choix d’introduire les guitares hurlantes d’Anna en passant par un long moment calibré pour un public à point, prêt à tout donner sur le dancefloor. Devant une audience de plus en plus dense au fil des minutes, il assure courageusement un set d’une heure et demie avant de laisser sa place à Anna et son groupe.

 

La grande salle de la laiterie est divisée en deux, les gradins sont condamnés par des rideaux noirs, la jauge diminuée de moitié surprend dans un premier temps mais offrira finalement une plus grande densité au concert qui se prépare.  

 

Quand elle débarque sur scène, sa Fender Telecaster sanglée haut sur son buste, elle impose une tension qu’elle modulera pendant toute la durée de sa performance.

Elle est accompagnée du batteur Alex Thomas et de Mally Harpaz aux claviers et percussions.

Sous l’acclamation du public elle se lance dans un solo raide qui annonce la couleur d’une soirée qui ne cessera d’osciller entre la grâce et la brutalité.

Pantalon noir taille haute, chemisier rouge sang, elle a des allures de torera rock and roll, une attitude de défiance, le regard planté loin devant elle, elle promène son charisme sur toute la longueur de la scène. La salle, déjà, est fascinée par sa présence magnétique et restera à sa merci pendant toute la durée du concert.

 

Tout le monde le clame : C’est en live qu’Anna Calvi déploie tout son charisme et ce mardi, il lui a fallu une seule minute pour conquérir le public de la laiterie.

 

C’est As A Man que le trio choisit pour ouvrir une setlist serrée qui reprendra principalement les titres de son dernier album. La voix d’Anna traverse les octaves sans accroc, elle déploie une amplitude hors du commun, dans les basses comme les aiguës tout est maîtrisé et elle saura être tour à tour sombre et céleste.

 

Elle poursuit avec Hunter et après avoir démontré dès les premières secondes du show qu’elle faisait ce qu’elle voulait de sa Telecaster, elle fait la même chose avec sa voix, dévoilant une puissance désarmante et laissant le public subjugué.

 

Don’t Beat The Girl Out Of My Boy suit ce tour de force.  Le premier single de l’album dont le clip torride a fait parlé de lui l’été dernier trouve rapidement de l’écho dans le public.

 

Avec I’ll Be Your Man Anna revient sur ses débuts en 2010 et on retrouve un des titres qui l’a fait connaître et aimée en France. En tout cas, elle est bien loin la jeune fille lisse de cette époque bien que sa timidité  farouche soit restée intacte. On en aura la confirmation un peu plus tard quand elle prendra la parole pour exprimer son amour pour Strasbourg et les raisons qui donnent à la ville une place particulière dans son cœur.

 

Si elle semble dans un premier temps distante, on la devine surtout anxieuse, elle mâche un chewing gum nerveusement et il lui faut plusieurs titres avant d’instaurer une intimité avec le public.

Elle est généreuse, cherche les regards quand elle parcourt la scène, elle n’oublie personne et où que l’on se trouve dans la salle, on se sent pris en compte.

 

Chacune de ses interprétations est augmentée d’improvisations et les morceaux n’en finissent plus. C’est particulièrement le cas avec Sing To Me extrait du déjà très animal One Breath publié en 2013.

La guitare frénétique ne laissent aucun répit et Anna, Mally et Alex transcendent le morceau. Elle brutalise sa guitare, balance son micro, termine sur le sol à triturer son instrument, complètement habitée, au pied d’un champ de pédales impressionnant.

 

Hors contexte, on pourrait imaginer qu’elle se donne un genre, qu’elle surjoue son intensité mais, quand Anna se déchaîne sous nos yeux le doute n’est pas permis et on voit une artiste qui n’est pas dans la feinte et qui vit chaque chose avec la même incroyable ferveur.

 

Après une dizaine de morceaux le trio quitte la scène mais, malgré une salle qui observe depuis le début un calme olympien, les applaudissement refusent de cesser et le groupe concède un rappel de deux titres.

C’est avec Ghost Rider, reprise de Suicide issue de l’album Strange Weather, que la soirée prend fin.

 

En quittant la grande salle, on croise des visages sonnés et des sourires satisfaits. On ne peut que se sentir privilégié d’avoir assisté à une telle soirée durant laquelle Anna a confirmé sa légende de performeuse hors pair. Si le public n’a pas toujours su répondre à la charge du désir insufflée par Anna c’est très certainement parce qu’il était trop occupé à tomber amoureux.

 

Adeline POIDEVIN

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