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MADAME ROBERT, Comme De Niro

Avec une pochette sans équivoque, Madame Robert a de quoi sentir le stupre, le bar américain, … Et pourtant, comme souvent l’indice était là, juste sous vos yeux. Mais si, insistez ! Aux côtés de la callimaste qui a capté votre regard en un clin d’oeil. Lorgnez donc sur le tas de 45t. Voilà, vous y êtes ! Supplantant les Stones et Ray Charles, Nino Ferrer.

 

Madame Robert c’est un titre datant de 1966, (in Enregistrement Public). Tout l’humour, le style de Ferrer était déjà là, bien avant les illustres Cornichons, Mirza et Téléfon. Voilà pour l’hommage à un artiste trop mal connu dans son pays  – et qui en souffrait au final – alors qu’aujourd’hui des artistes étrangers le citent aisément. A titre d’exemple, Hanni El Khatib avait Looking for you dans sa playlist lors de notre entrevue à Décibulles ( interview ci-jointe). Nul n’est prophète en son pays.

 

La première écoute des 14 titres de ce disque distribué par At(h)ome pose le décor par son caractère surprenant et atemporel. Rétro par essence, Comme De Niro puise une grande part de ses sons, de ses motifs dans des genres oldschool. Le swing, le rock’n’roll (Salaud, Comme De Niro), le rockabilly (Blabla, Reine de la jungle) se taillent la part du lion, avec une savante touche de musique afro-américaine comme tout droit éditée par la Motown (notamment les chœurs sur les refrains de Nabab, L’aventure, etc.). Une surprise au vu de l’effectif de Madame Robert. Honneur aux dames: derrière les claviers omniprésents et à l’origine de cette ambiance 60-70’s, on retrouve Léa Worms. A ses côtés, Xavier Mesa à la batterie et Stéphane Zena à la basse, deux anciens de Parabellum servent une rythmique rock’n’roll (Captain) à la guitare bluesy de Julien Mutis, ce dernier alternant entre motifs du genre (le blues enlevé et incantatoire de Papa Legba vous transporte : pour un peu avec ses slidesOn dirait le Sud des States) et soli à la disto mesurée (Pas question, Mieux avant, …). Quant au micro, c’est Reuno, chanteur de Lofofora, qui l’a confisqué. Outre Atlantique on n’hésiterait pas à apposer tout de go l’étiquette superband à Madame Robert. En France, on parle de réunion de briscards.

 

Avec une voix bien plus posée et chantée qu’au sein de sa prime formation metal/hardcore, Reuno surprend son auditoire. Sur Papa Legba, ou encore Nabab, le désir d’évasion, de changement de vie, à l’instar d’un virage à 180 degrés transpirent. Ailleurs, la mélancolie (Derrière la porte), l’alcool (Captain), le sexe, le désir (Pas question, La reine de la jungle) sont au centre de titres, qui même s’ils affichent une certaine délicatesse, voire de la fragilité (Schultzy blues), n’empêchent nullement l’homme de conclure avec un regain l’énergie. Parcimonieuse l’énergie. Un crooner sommeillait-il au fond du hurleur ? Toutefois, accolées aux paroles franchement décalées (« Envie de tout envoyer valser, pour vivre à poil. Ou en bottes en caoutchouc sur un cheval au Népal », in Nabab) – paroles reprises par ses comparses transformés pour l’occasion en choristes – l’homme a gardé une plume oscillant entre acide et truculence douteuse, comme l’illustre avec brio Salaud : « Il est grand temps ma pauvre fille, tu dois savoir / J’suis quand même pas un cœur de pierre. C’est sûrement qu’une petite broutille dans notre histoire / Mais je te quitte … pour ta mère. » Des vers qui colleraient à merveille au film Belle Maman avec Catherine Deneuve et Vincent Lindon… Situation cocasse quand tu nous tient.

 

Et donc cette dédicace au Franco-italien qui cherchait avec désespoir son chien ne s’arrêtait pas à un simple prête-nom. C’est un véritable semis durant ces 14 titres. Incontournable, le clavier précédemment cité nous replonge illico dans l’univers sonore de l’auteur de Mirza – et finalement de nombreux artistes, qui à l’époque usaient et abusaient dudit instrument. Avec une diction appuyée, tantôt trainante, tantôt sécante à la … « Ma-dame Ro-bert ! », des titres, tels que Mieux avant, sont résolument dans la veine ninoferrienne. En somme, la boucle est bouclée.

 

En cette rentrée 2018, sortez des sentiers battus et faites-vous surprendre par Madame Robert et son Comme De Niro, véritable compilation de groove hexagonal. Le timbre singulier et rocailleux de Reuno calé sur des thèmes bluesy, rock’n’roll ou atmosphérique (La fille de l’air introduit par un interlude aux accents psyché, Vol 619), sonne comme une brillante évidence. Par ailleurs, une tournée est à suivre et débutera en novembre.

-Benoît GILBERT

 

(Madame Robert,La reine de la jungle)

 

Artiste : MADAME ROBERT

Album : Comme De Niro

Label/distribution : At(h)ome

Date de sortie : 07/09/2018

Genre : rock’n’roll

Catégorie : Album rock

 

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