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EUROCKEENNES 2018, Samedi 07 juillet, Belfort (90)

Eurockéennes – Caroline Rose

3jour d’Eurocks. Le soleil est désormais bien installé sur la base du Malsaucy. Ça chauffe sur Belfort et au vu de la programmation de ce samedi, la température n’est pas prête de retomber…

 

18h30, Touts. C’est un trio puissant, juvénile qui reprend les rênes de la Loggia après le passage des locaux de tRuckks. Le son musclé et efficace des Nord-Irlandais survolte une foule restreinte mais très compacte qui rapidement pogote et cavale façon circle pits… Une ambiance rêvée pour ces jeunes musiciens qui concluent leur show par une reprise de leurs aînés Them, Gloria, cover débridée durant laquelle le bassiste épris d’une envie irrésistible enjambe la crash barrière pour danser avec les festivaliers.

Une sensation forte en ce début de soirée qui effectivement est à placer dans un registre similaire à The Clash, même si le chanteur et guitariste manifeste un allant naturel, une désinvolture affirmée, en somme un trublion comme le fut Matthew Bellamy dans ses primes années. Un groupe à suivre…

 

Ce concert refermé, petit saut en direction de la Plage. IAMDDB y a aguiché un public très jeune et certainement fan du clip de Shade… Bref, le rendu scénique est bien plus fade et pathétique : l’artiste met un temps certain à débarquer sur la scène laissant les manettes à son DJ (plus de 10 minutes sur un set devant durer 45 minutes de qui se moque-t-on ?!), aimable comme une porte de prison. Dernier grief, la chanteuse propose un playback grossier. Merci mais non merci, ciao « l’artiste ». N’est pas Santigold qui veut.

 

C’est avec cet état d’esprit que nous gagnons le chapiteau pour Juliette Armanet. Bienvenu aux antipodes : c’est une image féminine de Polnareff (quoique les verres reposant sur son nez tiennent davantage d’un John Lennon, je divague) qui prend place derrière son piano et entame son tour de chant. La foule massée dans cet espace, ombragé et sensiblement plus frais qu’ailleurs sur la presqu’île, est dévolue à la chanteuse et la seconde dans bon nombre de paroles et surtout lors des refrains. L’artiste – même si ce n’est pas ma tasse de thé, un grand A est de circonstance là maintenant – est alors tout sourire tout comme les musiciens qui l’accompagnent. Bref, l’instant semble vraiment compter pour elle. Je ne m’attarde pas car une autre frontwoman débarque dans quelques secondes à deux pas d’ici.

 

A l’heure du JT, c’est Caroline Rose qui nous attire et nous retient avec ses extravagances. Attention, une pleine bouffée de légèreté plane sur les Eurocks. Dans un décor dominé par des roses grenat, des guirlandes et des boas écarlates, la jeune femme s’avance pourvue d’un complet que John MacEnroe n’aurait pas boudé au faîte de sa gloire. La New Yorkaise montre une propension récurrente à la déconne: nous présenter son chat (en peluche) qui trône sur un clavier : ok; jouer en solo, de manière abjecte et hasardeuse My heart will go on à la flûte d’écolier : facile; annoncer un nouveau titre, torché en une grosse dizaine de secondes : les doigts dans le nez, pardon, ponctué par un rot : zéro retenue! Suivi d’un simulacre d’orgasme face micro : et quoi d’autre/ no comment.

Plus d’humour, d’autodérision et de dynamisme que cette punkette dans l’âme, ben on avait Les Robins des Bois en France dans les années 2000. Sinon, quid des titres ? La formation envoie des petites perles pop rock pour beaucoup tirées de Loner (2018). Ça dépayse d’emblée, notamment grâce à l’empreinte surfmusic, aux sonorités heurtées, surannées, cheap même des claviers mêlés aux guitares oldschool (More of the same à titre d’exemple). Elle aurait mérité la Plage, une scène peut être trop large au vu de son auditoire, mais tellement de circonstance.

 

Fin de la grand’messe carolin(g)ienne, direction ladite Plage. Superorganism doit commencer dans un instant. Arrivé en hâte – donc en nage – le concert est délayé d’un bon quart d’heure, soit. En attendant c’est le set de la scène Radar toute voisine qui bombarde les conduits auditifs. Le soundsystem se tait enfin et laisse la place à l’electro pop acidulée d’une smala menée de main de maître par la frêle Orono Noguchi.

Les mélodies enjouées, les backing vocals savoureux du trio de choristes doté de parkas multicolores (à n’en point douter, des traumatisés du jeudi soir) mariées aux sons ajoutés (oiseaux, tiroir-caisse, soda versé dans un verre, etc.) font mouche et transporte un public ultra réceptif, notamment pour Night Time. Il flotte dans l’air un parfum familier : Paper Planes de M.I.A. ou le souvenir des remarquables The Asteroids Galaxy Tour, venus en 2009, me taquinent par vagues successives. Légèreté vous disais-je.

 

22h, on change d’ambiance. D’entrée de jeu, la formation d’El Paso bastonne les Eurockéens avec Arcarsenal. Jubilation personnelle. En fait non : en jetant un œil par-delà la crash barrière, c’est un sentiment collectif. At The Drive-in, le concert de cette 30eédition ? Peut-être bien. Alors oui, on pourrait longuement disserter sur la qualité du son : dès le second titre, il y a de problèmes, ça grésille généreusement, les techniciens vont et viennent… Cedric Bixler-Zavala enrage au point où les amplis sont à deux doigts d’être mis à bas.

Le cabri n’est plus si mince que jadis – quoique ceux qui on vu sa lune filmée en gros plan et offerte sur les écrans géants sont seuls juges – mais il a toujours la hargne, tournoie comme un fauve en cage quand il ne joue pas avec son pied de micro ou au lasso avec ledit microphone. Et puis Omar n’est plus aussi démonstratif que pas le passé. Ne soyons pas nostalgiques, ils sont là, une première ici, savourons le moment, basta !

ATDI en live c’est une coulée de plomb brûlant servi à un public averti. Les titres de Relation of command (diamant ciselé 18 ans plus tôt) sont les plus nombreux : 7 sur 13 ce soir, parmi lesquels Sleepwalk capsules, Invalid litterdept. ou encore l’exceptionnel (totalement objectif…) Enfilade envoient tout valser. Preuve si l’en fallait une que la sauce a pris avec Interalia, le dernier né en date de 2017, 4 morceaux sont également au programme (No wolf like the present, le single Governed by contagions, Pendulum in a peasant dress et Hostage stamps) et sont scandés par une foule démontée. Avec les Texans, les Eurocks, malgré ce jeudi diluvien, ont vu le grand comeback de la poussière ! Ajoutez à cela les litres de sueur déversée pendant cette heure et quart, se terminant avec le classique One armed scissor, vous obtenez une masse de festivaliers ressortant du Chapiteau Greenroom avec une épaisse, délicate et graisseuse pellicule de fond de teint terreux…

 

Là dessus, difficile de réembrayer ; il est 23h15. Et pourtant pas le temps de souffler, il faut gagner la colline car c’est l’heure des Queens Of The Stone Age sur la Grande scène. Un classique des Eurockéennes. Même pas blasé d’avoir vu la formation de Josh Homme à chaque passage au Malsaucy (soit en 2005, 2007 et 2011); rebelote cette année. La formation n’est pas encore sur scène que Singin’ in the rain retentit sur la presqu’île. Enjouée la bande à Joshua ? Même pas le temps de partager l’idée avec quelqu’un que le thème principal d’Orange Mécanique supplante Gene Kelly. Glaçant, sinistre, synthétique…

Bref, QOTSA va jouer avec nos émotions ce soir et ce sont finalement A song for a deaf et Sick, sick, sick, des titres nerveux qui viennent nous étrier d’entrée de jeu. A ces morceaux désormais incontournables du répertoire des Reines, les Californiens enchaînent avec deux extraits du dernier disque, Villains, à savoir Feet don’t fail me dans une version rallongée et The way you used to do. Deux choix qui agitent instinctivement les bassins des spectateurs. Et ainsi de suite. Comme un jeu de piste, dans lequel le grand roux et ses comparses sont les seuls à avoir la carte, la boussole et peut être la loupiote (on est dans la nuit noire et obscure comme dirait l’autre), on se laisse guider, fins prêts à se perdre dans les méandres du stoner rock poussiéreux du Sud Ouest américain. L’idée de ce labyrinthe est accentuée avec la présence en nombre de lumières, façon grande tige de LED flexibles, qui jalonnent la scène. Forêt lumineuse derrière laquelle le groupe se cache, laissant deviner leur silhouette.

Un concert classique ? Désormais ce qui devient la norme avec Josh c’est les sorties de route. Aujourd’hui, pas de coup de pied à l’endroit d’une photographe, mais une pique en direction des agents de sécurité : you’re working for me ! La chose est claire et cinglante. Bon pas de quoi fouetter un chat mais une anecdote pour ce passage 2018. Point d’orgue : le show se conclut avec A song for the dead, prouesse technique flirtant toujours avec le chaos sonore. Comment quitter les QOTSA ? En leur disant simplement à bientôt.

 

Chaud mais pas fatigué – on appelle ça le second souffle – on enquille  avec Viagra Boys à la Loggia. Tendu, le regard lointain, c’est ainsi que se poste Sebastian Murphy le chanteur de la formation punk suédoise. Quelque chose de sombre, de frénétique habite la scène. Les motifs bourdonnent et incitent à une forme de transe, période coldwave. Merci les lignes de basse ultra simplistes mais dansantes.

Des titres à l’instar de Sports ou Research chemicals conduisent le frontman à des hurlements pénétrants, des contorsions avant de se laisser choir durant plusieurs minutes sur les planches. Il y a du Joy Division, voire du Bowie dans ce punk névrotique dégoulinant. N.B. : Pour ceux qui auraient manqué ce bon moment, une session de rattrapage aura lieu en octobre à l’Antonnoir (Besançon), vous pourriez également admirer les quelques tatouages dudit chanteur. De très près même !

 

Petite marche nocturne, direction l’autre bout du site car la Grande Scène s’offre à Jungle. À vrai dire, la sauce peine à prendre : le public est clairsemé au début de leur show  – nombreux ont quitté le site comme (un seul) (Josh) Homme, à moins qu’ils ne soient ailleurs; voilà voilà. Et puis Jungle (m’)emballe moins là maintenant que sur le disque. Le groove et la patte funky de Busy Earnin’ ne sont pas flagrants… On dirait du Justice réchauffé deux fois. Le minois des choristes n’y changera rien. Mieux vaut gagner la Plage, sans quoi Morphée pourrait faire son office, même là dans le pit.

 

Finalement, ils sont (tous) là ! Qui l’eut cru qu’à une telle heure, soit 02h du mat’, la Plage regorge de public ? C’est Thérapie Taxi qui a siphonné la Grande Scène. La foule est résolument jeune et fiévreuse. En fait c’est rien de le dire, encore faut-il le voir. A chaque descente de Raphaël Faget-Zaoui pour se frotter à son auditoire, les filles arrimées à la crash barrière sont en larmes et agitées. Ben dites donc ! Imaginez l’émotion quand il décida de partir en slam dans le public…

Alors oui les titres sont accrocheurs (Hit sale), gorgés de vices, de vulgarités (PVP, Pigalle, Salop(e)), en somme des friandises pour cette Plage adulescente, mais c’est d’abord la prestation des deux leaders qui exalte les festivaliers. Les rasades de rhum au goulot, les baisers (pour l’inédit Bisous tendres) donnés/reçus, sur la joue/bouche  – on se sait plus trop – du premier associés aux poses lascives de son pendant féminin, Adélaïde Chabannes de Balsac, entrecoupées de séances de gym tonique font mouche et c’est avec ce dernier spectacle que le samedi se referme, pleinement réussi jusqu’à son terme.

–Benoît GILBERT

-Crédits photos : Benoît GILBERT, Eric (pour les QOTSA, grand merci!)

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