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LINKIN PARK, dimanche 18 juin 2017, Hellfest Open Air, Clisson (44)

Linkin Park. Ces deux mots ont fait couler beaucoup d’encre depuis de nombreux mois : d’abord lorsque l’annonce de leur tête d’affiche au Hellfest à fait débat, puis lors de la sortie de One More Light, dernier opus du groupe. Pourtant, qui d’autre que les précurseurs du nu metal auraient pu tenir une tête d’affiche aussi conséquente lors du festival de musiques extrêmes le plus emblématique de France et de Navarre ? Peu d’artistes ont eu l’honneur d’avoir un créneau aussi long et bien placés dans la soirée sur le Hellfest et c’est honorable de la part de Ben Barbaud que d’avoir proposé au groupe mythique un créneau aussi important. Pourtant, revenons sur ce concert dont les attentes étaient plus grandes que le spectacle fourni.

 

Il est 23h lorsque le groupe entre en scène, à la suite de la prestation remarquée de Five Finger Death Punch sur l’autre Main Stage. Contrairement à ce que l’on avait imaginé, la foule amassée devant la Main Stage 1 est conséquente, plus conséquente que ce qui avait été annoncé sur les réseaux sociaux à l’annonce du groupe. Bizarre, quand on connaît les commentaires qui avaient été posté sur Internet à l’annonce de la présence de Linkin Park. Mais bon, nous n’allons pas nous plaindre de la présence de curieux qui se demandent ce qu’est devenu le groupe de leur enfance. Sauf si les curieux commencent à huer le groupe dès la première chanson.

Le titre sur lequel les musiciens font leur entrée est Talking To Myself, extrait de One More Light. Aie, ça commence mal. Le virage tendancieux electro-pop du groupe se ressent dès les premières notes de synthé du titre, et le public n’est déjà pas réceptif. Heureusement, Burn It Down arrive à sa suite et quelques fans ici et là sautent et chantent, accompagnant le très charismatique chanteur Chester Bennington, qui semble cependant content d’être là. La voix de l’artiste est au top de sa forme et il est vraiment agréable que de l’écouter chanter et crier avec autant de hargne.

Mike Shinoda, le comparse de Chester Bennington, s’approche par la suite de l’avancée scène et débute The Catalyst, extrait de l’album A Thousand Sun. L’assemblée semble rassurée. Espérons que le set continue sur cette lancée. Ce n’est pas encore la grosse ambiance, mais on va dire que le public est plus réceptif que lors du premier titre, il y a du progrès.

Ce soir, la setlist sera d’une égalité qui n’aspire pas aux reproches : 4 titres de Meteora, 4 titres de Hybrid Theory et 4 titres de One More Light sont interprétés, ainsi que 3 titres de Minutes to Midnight et 3 titres de Living Things. Voilà de quoi faire plaisir à un public réticent. Wastelands et One Step Closer en ravissent plus d’un, et c’est avec plaisir que le public chante et danse en rythme sur ces deux morceaux, appréciés de l’assemblée.

Mais voilà que le groupe a décidé d’interpréter la version Experience de Castle of Glass. Et brusque le public, qui n’est pas content et qui le montre. Des doigts d’honneur sont aperçus et des vagues de gens remontent sur les autres scènes. Le set avait bien commencé. Il est dommage qu’une partie du public parte à cet instant, parce que la suite du set est bien meilleure que le début et c’est à la fin que les titres les plus attendus seront interprétés.

Good Goodbye et Invisible, extraits de One More Light, sont joués en milieu de set, ce qui permettra par la suite de pouvoir bénéficier des titres phares du groupe. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que le groupe a fait fort : alternant titres de Meteora, Hybrid Theory et Minutes to Midnight, la deuxième partie du set se veut plus ancienne, mais aussi plus expéditive.

En effet, lors de la première partie du set, le groupe se voulait chaleureux, sympathique et communicatif avec le public. Hélas, le manque de réception de la foule les a quelque peu refroidi, et les morceaux sont alors par la suite interprétés les uns à la suite des autres, sans laisser le moindre répit aux gens. Nous retiendrons cependant le magnifique moment sur la version piano de Crawling où Chester descend dans l’assemblée et chante les yeux dans les yeux avec deux personnes du premier rang. Puis il est temps de balancer la sauce, ce pour quoi la majorité des gens est venu : From The Inside, What I’ve Done, In The End, Faint, Numb… Tant d’hymnes fédérateurs. Peu de gens peuvent assurer n’avoir jamais écouté un de ces morceaux, si peu de gens peuvent dire n’avoir jamais écouté Linkin Park de leur vie.

La bande de Chester Bennington et de Mike Shinoda a plus de vingt ans d’expérience à son actif, et c’est toujours un réel plaisir que de voir ces morceaux devenus iconiques interprétés en live, d’autant que leurs passages en France se font de plus en plus rares.

Le set se termine aujourd’hui sur Papercut et Bleed It Out, repris tous deux en choeur par une foule encore conséquente, dont l’irrespect a encore fait ses preuves aujourd’hui. Preuve en soit, il est minuit 25 lorsque le groupe américain quitte la scène pour ne jamais revenir. Nous ne connaissons pas les raisons qui ont poussé les musiciens à partir vingt minutes avant la fin prévue de leur concert, et nous ne les connaîtrons jamais, même si le public français a encore une fois fait preuve de tout l’irrespect dont il était capable : entre huées, doigts d’honneur, départs au milieu du concert, hurlements des noms d’autres groupes et pire que tout, jets de pichets de bière au visage de Chester Bennington. Alors oui, il est compréhensible que le nouvel album soit moins appréciés que les premières galettes du groupe, oui il est normal de ne pas apprécier toute la carrière d’un groupe. Mais non, il est inadmissible de lui faire part d’autant de manque de respect, que ce soit en ligne via les commentaires haineux que le groupe ou même les membres individuellement ont pu recevoir, mais également en face. Que l’on n’aime pas, c’est une chose. Que l’on fasse preuve de manque de respect en dénigrant l’artiste et en l’attaquant, c’est intolérable.

Le Hellfest est un festival de musiques extrêmes, où la question des groupes que les organisateurs souhaitent faire venir n’est pas discutable. Je refuse d’entendre à nouveau des “ils n’ont pas leur place au Hellfest.”, sous prétexte que le dernier album pondu par le groupe n’est pas au goût de chacun. Un festival de musiques extrêmes, ça englobe énormément de genres musicaux. Linkin Park est un groupe pionnier du nu-metal, comme ont pu l’être Korn ou Limp Bizkit. Pourtant, la présence de ces deux derniers groupes au Hellfest n’a pas fait polémique autant que la présence de Linkin Park, alors que nous sommes sur le même tableau. Il est impensable qu’un public qui se dit aussi ouvert d’esprit se permette ce genre de comportement dans un festival pareil, qui laisse la place à la diversité et à l’ouverture d’esprit. La France bénéficie d’une grande chance que de pouvoir accueillir des groupes dont la réputation mondiale n’est plus à faire dans un festival tel que le Hellfest, alors profitons de ce dont nous pouvons encore profiter, car qui sait ce dont demain sera fait ?

 

  • Marion ARNAL

 

EDIT : En ce 24 juillet, quelques jours après le décès de Chester Bennington, je tiens personnellement à dire que je suis particulièrement peinée du tournant que les choses ont pris. J’écrivais ce live-report il y a encore quelques jours, et la note finale de mon article a été rédigée en début de semaine dernière. Comment pouvais-je imaginer que mes mots prendraient autant d’importance depuis ? J’adresse mes plus sincères condoléances à la famille et aux proches de Chester Bennington, qui laisse derrière lui une grande carrière et un talent immense. Nous ne savons pas de quoi demain sera fait, je le répète, et c’est pourquoi il faut profiter au maximum de cette chance que nous avons de pouvoir assister à un festival aussi éclectique qu’est le Hellfest. J’espère que les événements récents l’auront fait prendre conscience à de nombreuses personnes.

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