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EUROCKEENNES 2017, dimanche 9 juillet, Belfort (90)

Petit pincement au cœur à l’approche du dernier jour, en se disant que dans quelques heures, il faudra attendre une année complète pour retrouver le festival, ses déguisements improbables, les fameux churros… et la pluie.

C’est donc sous une averse nourrie que nous arrivons sur le site. Pour débuter ce dimanche, nous assistons à la prestation d’un des groupes colombiens invités pour cette 29e édition, Diamante Eléctrico. Pas facile d’ouvrir avec ce temps de chien et pourtant le trio de Bogota a bien décidé de faire fi des conditions météo. Vêtus de t-shirts à la gloire de Black Sabbath et d’Iron Maiden, ils proposent un rock pêchu et efficace. La guitare goldtop swingue lors des soli, le son de la batterie est excellent comme sur le titre Torniquete, qui arrive à faire danser une foule dont le dress code comprend kways, ponchos et bottes pour les Eurockéens les plus chevronnés ! D’ailleurs, le frappeur clôt ce show de bonne facture par une distribution de bourbon à l’attention des premiers rangs avant de récupérer sa précieuse bouteille pour se doucher avec… Colombians rock !

Cette rincée a un peu contrarié les ardeurs, mais Royal Blood sur la grande scène rappelle rapidement qu’il est bel et bien un des plus grands groupes rock de la décennie. Avec seulement un batteur et un bassiste sur scène, la formation produit un son minimaliste et percutant, simple en apparence mais d’une redoutable efficacité, le tout avec un sentiment d’urgence permanente : les singles défilent, ceux du dernier album (I only lie when I love you) mais également les désormais classiques que sont Little Monster ou Out of the black. Et, comme par magie, le soleil refait son apparition sous cette avalanche de riffs monolithiques et de beats maousses. Après sa première venue en 2015, le groupe lance idéalement la soirée particulièrement alléchante de la Grande Scène.

Peu avant 20h00, c’est Bachar Mar Khalifé, artiste franco-libanais, qui prend les commandes de la Plage. Le terrain glissant depuis la Grande Scène nous fait rater le début du concert, mais nous restons sous le charme d’un concentré de finesse, d’émotion et de qualité, où la voix chaude de Bachar s’allie à merveille avec les sonorités de son synthé, la musique permettant une rencontre (et même un coup de foudre) entre des cultures musicales différentes. Il est dommage que la pluie redoublant amena des mouvements de foule qui nous ont empêché de profiter pleinement du concert, notamment dans sa partie finale. Une belle prestation de ce groupe que l’on aurait vraiment plaisir à revoir tant l’émotion procurée fut grande.

Au même moment, le second groupe colombien de la soirée, Ghetto Kumbé investit la Loggia. Cette fois-ci c’est l’electro qui est à l’honneur. Le trio comprend deux percussionnistes et un DJ au centre de la scène, tous pourvus de casques multicolores de félins. Les rythmes ultra-répétitifs, tout comme les courts phrasés, renvoient à la culture sud-américaine et invitent à une forme de transe chamanique. On est à cent lieues des Royal Blood, mais on se laisse captiver. Et puis, blottis sous quelques arbres bien placés, on en oublierait presque la pluie qui a fait son retour.

Retour sur la grande scène, histoire d’être bien placés pour assister au grand retour de Phoenix, pour une excursion en Italie, avec pour débuter des titres issus du dernier album, dont Ti Amo. Puis place aux déjà mythiques Entertainment et Lisztomania avec le sourire jusqu’aux oreilles pour nos jeunes garçons en chemisettes, très heureux de revenir ici. Un concert marqué par la joie de vivre, une sorte de « dolce vita » à l’italienne sans prise de tête : Phoenix déploie la cool attitude à son paroxysme, Thomas, le chanteur au look d’éternel étudiant, est intenable et saute partout sur la scène avec son micro, notamment lors du cultissime If I ever feel better. Seule la pluie tenace a modifié la scénographie, amenant une double frustration : à voir sur les écrans géants le sol lumineux changeant d’apparence au gré du concert, on se dit que le projet initial devait être incroyable. Ensuite, le groupe finit un peu en avance sur l’horaire indiqué, mais avec un aller-retour de Thomas pour slammer parmi les festivaliers, offrant ainsi aux photographes une occasion d’immortaliser cette jolie scène.

Disposant d’un répit avant la venue de Savages, nous en profitons pour manger.

Un quart d’heure plus tard, le girls band emmenée par la française Camille Berthomier, aka Jehnny Beth, fait son apparition. Au vu du spectacle proposé par le groupe, on pourrait presque parler d’épiphanie. Au-delà du charisme de la chanteuse avec son look de garçonne et sa chemise blanche ouverte, il faut saluer sa performance. Ce personnage au regard captivant est versatile à souhait. Entre cris magistraux – gorgés de hargne, par exemple sur No face – et une voix emplie de tremolo et de légers couinements sur I need something new, l’artiste prend aux tripes son auditoire qu’elle n’hésita pas à rejoindre contre la crash barrière. Mieux encore, elle est érigée un temps sur le public avant d’être ramenée jusqu’à la scène. A ses côtés les trois autres femmes assurent également. S’entortillant langoureusement devant son amplificateur, la guitariste confère une esthétique bruitiste tandis que la dynamique bassiste balance ses lignes tout en sautillant sur place. Ce concert coincé entre du Nick Cave et du PJ Harvey se termine avec une pointe d’émotion à l’issue d’Adore. La frontwoman a su séduire le public de la Green Room et annonce Fuckers le dernier titre à regret, mais c’est « une longue chanson », ce qui fait exulter les spectateurs. 0h00, fin de partie ; brandissant un verre de vin rouge, la guitariste trinque à la santé des festivaliers.

C’est avec une grande excitation que nous attendons le concert d’Arcade Fire sur la Grande Scène. « Tout maintenant » annonçait un panneau lumineux à l’écoute du dernier single Everything now (d’abord en version ralentie, puis dans sa version distribuée). C’est là qu’on comprit qu’on aurait effectivement tout et tout de suite : une formidable énergie sur scène, une émotion de tous les instants (comment peut-il en être autrement à l’écoute de Sprawl II ou de The Suburbs, ce dernier dédicacé par le groupe à David Bowie) et une complicité totale : les musiciens chantent à tout de rôle, en anglais ou en français (comme sur Reflektor), s’échangent les instruments, sautent dans tous les sens, et enchaînent les morceaux de bravoure qui font de cette formation un groupe unique au monde (Ready to start, Afterlife, Neigborhood 1 et 3). Win Butler ne ménage pas sa voix tellement reconnaissable entre tous, et chaque morceau qu’il soit festif, dansant ou intime sonne un peu comme le miroir de nos existences : tantôt gai et léger, parfois sérieux ou douloureux, Arcade Fire est bien la bande son idéale de nos vies. C’est après le rappel avec le phénoménal Wake Up et de nombreux « Ouh Ouh Ouh », la main sur la poitrine et les larmes aux yeux que se termine ce concert extraordinaire, avant qu’un feu d’artifices accompagne cette nuit belfortaine, peut être une des plus belles qu’il nous fut possible de voir. Tout simplement sublime.

Encore Merci à toute l’équipe des Eurockéennes et à l’année prochaine pour la très attendue 30e édition. Un anniversaire à ne pas rater !

-Benoît GILBERT, Julien LAGALICE
Crédit photos : Eric

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