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Opération Iceberg, table-ronde. L’espace culturel européen : mythe ou réalité ?

Ce lundi 8 juin 2015 avait lieu au théâtre du Granit à Belfort une table-ronde organisée par les acteurs de l’Opération Iceberg, accompagnement expérimental d’artistes émergents. À l’heure des bilans, ce projet mené entre la Suisse et la France fut le catalyseur d’une discussion autour de l’espace culturel européen, ses champs de possibles, ses barrières, ses utopies.

L’Opération Iceberg a été initiée par deux pilotes, la FCMA (fondation romande pour la chanson et les musiques actuelles) et les Eurockéennes. Cette première session du projet (qui a maintenant trois ans) touche à son terme. L’heure des bilans sonne positivement, structure ayant permis l’expérimentation, les résidences, l’aide aux tournées, la production de dix artistes émergents. Au regard du succès de Cotton Claw (mais aussi de Verveine, Valy Mo ou Sunless pour n’en citer que quelques-uns), on pourrait même ôter l’adjectif “émergent”. Dispositif sans obligation de résultat, l’Opération Iceberg semblerait repartir cet automne 2015 avec une nouvelle salve de talents.

Après un clip-bilan dans lequel les chiffres laissent transparaître le travail fourni (multiples concerts, carnets de bord, résidences), nous passons à la table-ronde proprement dite.

Deux plateaux et deux problématiques se succèdent. Tout d’abord à propos de l’ouverture des pays européens. Marc Steens (coordinateur de ClubCircuit, membre du Live DMA), Paul-Henri Waters (programmateur du Botanique), Laurence Barone (responsable de l’analyse politique au Relais Culture Europe)et François Missonnier (fondateur et directeur de Rock en Seine et d’Europa Vox) apportent leur avis sur la question. Paul-Henri Waters questionne la tension entre Europe latine et le privé, Laurence Barone reviendra sur l’amalgame entre espace artistique et espace culturel (plus large, social et politique), François Missonnier sur la musique comme levier d’un projet européen de vivre ensemble.

La musique, par son universalité et son accessibilité, devient un point d’ancrage qui noue l’interculturalité.

Pourquoi un projet comme celui-ci n’a t-il pas de débordements politiques ? Le champ artistique semble être une vaguelette qui attaque la falaise. Il se pose un déficit de communication de la part des médias, qui ne parlent de l’Europe que lors des élections. Comment se sentir concerné par l’Europe lorsque personne n’en parle, pas même les artistes ?

Pourquoi la promotion d’une culture européenne ne fait-elle pas sortir de la domination anglo-saxonne  l’affiche des programmations de festivals ? L’Europe n’est-elle pas un leurre ? L’anglais s’est imposé comme territoire dominant, une langue-totem qui a constitué le rock. Mais si l’on compare, on ne retrouve pas ce phénomène dans l’électro puisque les artistes à succès viennent de pays non anglo-saxons (Boyz Noise d’Allemagne, Grammatik de Slovénie).

Quant à la programmation, est-ce la salle qui doit promouvoir un concert ou l’artiste qui doit faire venir son public ? Où s’arrête la responsabilité des deux pôles ? Les petites salles sont des pépinières, mais elles ne peuvent accueillir les artistes qu’elles propulsent lorsque ceux-ci triomphent.

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La seconde discussion s’article autour de l’Europe comme création de nouveauté.

Peter Jenner (ex-manager de Pink Floyd et The Clash, directeur de Sincere Management), Tobias Jundt (alias Bonaparte), Luca Bergamo (secrétaire général de Culture Action Europe) et Paul-Henri Waters rebondissent sur la discussion précédente autour de la domination langagière de l’anglais. Peter Jenner se réjouit du succès anglais dans lequel il a baigné et l’explique par la rythmique de la langue anglaise qui se prête au rythme du rock. Sa fluidité n’aurait pu se prêter à d’autres langues plus accentuées (dans les années cinquante, rappelons-nous que c’étaient des artistes français – Gréco – ou italiens qui obtenaient le plus grand succès, lié à un style générique autre). Mais seul un artiste qui écrit dans sa propre langue, celle dans laquelle un ressenti est impliqué, pourra produire une oeuvre véritable.

Tobias ajoute qu’il fait de la musique pour découvrir le monde. Les artistes doivent comprendre les pays dans lesquels ils tournent et leurs histoires. Chanter dans une langue demande de trouver sa propre expression artistique.

Si l’on résume, c’est l’engagement, la tension entre fonds publiques et fonds privés, la domination culturelle d’une langue qui ont constitué les principaux noeuds de ces discussions. Nous pouvons terminer sur cette phrase de David Glaser, médiateur de parole, qui voit l’Europe comme “un rêve de convergence de talents”.

Site de l’Opération Iceberg

 

-Clémence Mesnier

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