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LIVE REPORT: LENNY KRAVITZ, Zénith de Dijon (21), Mercredi 26 Novembre 2014

Après deux ans d’absence, Lenny Kravitz était de retour dans l’est, ce mercredi 26 novembre, au Zénith de Dijon pour la seconde date de sa nouvelle tournée française. Le chanteur avait l’air bien décidé à tourmenter plus que jamais des puristes qui jadis voyaient en lui le nouveau Jimi Hendrix. Lorsque l’on s’efforce à vouloir faire sauter des barrières, on déclare à l’envie – et surtout à chaque sortie d’album -, que le produit est plus lisse. En concert, l’auditeur se rendra compte qu’un seul aspect est immuable chez Kravitz : la jouvence. Sa tête en perpétuels mouvements l’attestait encore à Dijon.
Difficile de s’imaginer ce que pouvait donner ailleurs qu’au studio le dixième opus de Lenny Kravitz, intitulé Strut. L’heure d’attente après la première partie assurée par un vertueux Gabriel Garzón-Montano faisait monter une certaine électricité. Dans une foule de près de 4 000 personnes, beaucoup y allaient de son petit souvenir de tournée, comparant les anciennes prestations de Lenny Kravitz. En même temps, après 25 ans de carrière et de nombreux passages en France, il y avait forte chance de trouver des spectateurs accoutumés ! Quand le noir complet gagna la salle, un son grave émanant d’une basse exhorta le public. L’instrument était sous la main de Gail Ann Dorsey. Cette basse aura eu un rôle important durant une grande partie du concert, et pas seulement parce que la musicienne provient de l’entourage de David Bowie… Elle appuyait lourdement et nonchalamment sur des accords saccadées. Ce modèle rythmique s’est installé le temps de plusieurs morceaux, comme Dirty White Boots, American Woman ou encore Strut. En revanche, le tempo de I Belong To You, joué dans la seconde moitié du set en aura été l’écho. Sauf que là, les grosses cordes avaient alors changé d’accentuation. Il valait mieux, sans quoi le spectateur aurait pu craindre de s’endormir.
Un remarquable apport vocal, avec des choristes dont la suscitée bassiste, donnait une couleur roots, presque gospel parfois à plusieurs chansons. Ce déploiement imposait un exercice de performance à Lenny Kravitz, qui semblait cependant pouvoir se délester de mélodies répétées. Tant qu’à déléguer des doublettes de couplet autant ne pas rester les bras croisés ni la tête vissée (ça n’arrive jamais à Lenny, ça). Quand l’ensemble vocal n’était pas dans un rôle d’accompagnement mais en maintien d’une chanson, Kravitz pouvait s’adonner à la guitare. Ainsi il se lançait dans des solos de terminaison. Là encore il était épaulé. En l’occurrence par un précieux saxo qui intervenait régulièrement afin d’assouplir l’articulation des parties rock. Histoire que ces dernières ne soient pas trop écrasantes. New York City et ses accents doucement funky ont justement fait la rupture entre un certain éclectisme et une moitié de prestation plus pêchue. Les contrastes allaient s’effacer à la faveur d’une énergie débordante. Les versions des ultimes chansons ont largement été rallongées, un peu comme si les musiciens ne pouvaient pas en atteindre l’issue. Let Love Rule a même dépassé le quart d’heure.
On a l’impression d’évoquer ici un brass band, et cela pourrait, si ce n’est qu’il est question d’un artiste faisant de son spectacle un concept. Ce petit génie de la musique qu’est Lenny Kravitz s’entoure d’une équipe à l’individualité artistique étoffée. Avec sa voix funambule au-dessus d’une désarmante pluralité, les notes savaient laisser entendre des résonances de charley. Celles-là même qu’émettaient les baguettes de Cindy Blackman, alias madame Carlos Santana (rien que cela)… Avec sa guitare, Lenny Kravitz faisait rouler sur ce coussin sonore de lancinantes mélodies. La constante de ce spectacle à Dijon n’a certes pas atteint son apogée après deux décennies et demi. Pourtant malgré un début de live suffisant, le chanteur multi-cartes aura procuré plaisir, et montré la qualité d’un assemblage. Lenny Kravitz gardait cet échange chaleureux avec son public. Par exemple en le mêlant à ses choeurs sur Let Love Rule, ou en lui faisant illuminer l’enceinte du Zénith avec le flash des smartphones sur Fly Away, magnifique instant.

Fred Dassonville.

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