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INTERVIEW : GIRLS IN HAWAII

Avant le passage de Girls In Hawaii à la Rodia de Besançon, le 9 avril prochain, Lionel, l’un des deux chanteurs, a accordé à Sensation Rock un long entretien tout en générosité. Rencontre.

Le nouvel album est sorti en septembre dernier, comment vous sentez-vous après la sortie de cet album, après les difficultés que vous avez traversées ?
Ben, c’est un moment pour nous super émouvant, on est très relâchés, on est très rassurés de la façon dont on est revenus avec le disque et voilà on ne s’attendait pas à revenir ici à Dijon par exemple, où l’on est déjà venu. A un moment c’était fini pour nous, donc voilà c’est que du bonheur, on est en tournée et puis en France depuis 10 jours, et tous les soirs c’est que du bonheur.

C’est difficile d’aborder votre dernier album sans parler de la disparition de Denis le frère d’Antoine. Et je pense que cette perte a été pour vous quelque chose de traumatisant je suppose, comment vous avez traversé cette étape ? Est-ce que ça a été une remise en cause du groupe, du nom du groupe ou au contraire ça a été une motivation supplémentaire de poursuivre pour lui rendre hommage ?
Oui bien sûr, on a très bien compris que le disque et l’absence de Denis sont vraiment liés l’un à l’autre. Le groupe a été effectivement mis en pause pendant assez longtemps, on ne pensait plus le remonter un jour, le coup a été vraiment trop dur pour nous. Antoine a commencé à écrire des chansons pour lui donc on ne savait pas s’il allait nous redemander de recréer le groupe et de le remettre sur pied ou s’il allait faire ça dans son coin pour lui. Donc il y a eu un remise en question du nom du groupe, de l’existence du groupe puis finalement ça fait longtemps qu’on travaille ensemble, on se connaît super bien, ça aurait vraiment été un symbole morbide de ne pas remettre ce groupe en marche, ne fusse qu’en sa mémoire comme tu le dis, il aurait vraiment détesté qu’on abandonne ce beau jouet, enfin pour nous c’est vraiment ça. C’est un beau cadeau ce groupe.

Là, vous êtes remontés sur scène depuis quelques semaines en France et je pense que vous avez fait d’autres dates à l’étranger, depuis vous avez eu une anxiété à remonter un peu sur scène, l’accueil du public ?
Il y a eu plusieurs étapes par rapport à ça, c’était déjà très difficile de se remettre ensemble humainement et puis on a dû s’attaquer au disque, trouver les chansons, enregistrer un truc dont on soit fier, ça n’a pas été simple, c’est seulement après qu’on a commencé à se dire, on va devoir répéter et ça faisait des années qu’on n’avait plus fait de scène, plus de répét’, rien…donc on était vraiment rouillés et voilà on s’est fait la main en Chine, on est allés jouer à l’étranger vraiment très loin pour un peu se remettre sur pieds parce qu’au début ça ressemblait un peu à un groupe de reprises des Girls, on était vraiment très loin de ce qu’on était. mg-olivier-donnet-1864362-jpg_1694881

Un public qui ne vous connaît pas c’était plus facile peut être d’aller à l’étranger, d’affronter ce public ?
Ouais, c’était un public sans visage entre guillemets, parce qu’on n’a pas d’histoire avec eux, en Chine c’est vraiment flagrant, on est aussi un peu allés en Angleterre. Ce sont des pays où on n’est pas vraiment allés, donc ça aide évidemment à recommencer un peu à zéro. Ca nous a fait vraiment du bien.

Comment un public comme ça qui ne connaît pas vraiment vos morceaux, surtout qu’en Chine je crois vous jouiez devant plus de 5 à 6 000 personnes en plus, c’est un truc de dingue : 5, 6 000 personnes qui ne vous connaissent pas…!!!
Ouais et ces 5, 6 000 personnes en plus chinoises n’ont pas vraiment accès à notre culture. Contrairement à ce qu’on croit on était dans des villes très chinoises et en fait on n’a pas croisé beaucoup de blancs, même pas du tout. Ils étaient vraiment curieux de venir nous parler, d’être pris en photo avec nous donc il y avait quand même une vraie curiosité comme nous on l’a avec les Chinois, en fait. On observe tout, on regarde tout ce qu’ils font, c’est assez chouette, quoi.

Comment ont réagi les gens, ne connaissant pas cette musique pop rock indé ?
Lionel : Ben ils étaient vachement attentifs, vachement à l’écoute et il n’y avait vraiment pas de bruit quoi. Ils applaudissaient très fort 4 secondes à la fin et ça se coupait directement. C’était super étrange.

Très militaire…
Ouais très militaire et en même temps ils ont des groupes locaux avec qui on a joué qui faisaient un peu des trucs du genre Joy Division et tout ça c’était assez cool. Très surpris de la qualité des groupes là-bas parce que bon je dois t’avouer qu’on y allait un peu en se disant : “ouh la la, des groupes chinois”, on avait de gros préjugés et on a rencontré vraiment des groupes talentueux. Ca a été un échange, quoi.

On va attaquer sur l’album, le dernier. Alors, petite épreuve là comme ça, comme au Bac. Sur le site, on a écrit une chronique de votre album, alors est-ce que tu voudrais la lire et nous la commenter un petit peu, ton ressenti, ce que tu en penses. Alors voilà je te laisse le texte…
“Tristesse, ce disque respire la tristesse, pas de la mélancolie que les amateurs de pop-folk décèlent à la première note. Non une tristesse bien réelle et pesante provoquée par la perte d’un être cher le batteur de Girls in Hawaii. Du premier titre jusqu’au dernier Girls in Hawaii dévoile ses émotions, dit sa peine d’avoir perdu cet être cher, le batteur de Girls in Hawaii. Du premier titre jusqu’au dernier, Girls in Hawaii dévoile ses émotions, dit sa peine d’avoir perdu cet ami, ce frère à l’image des Spectral dusk, d’Evening hyms » que je ne connais pas « la douleur est centrale”. Ouais, en fait c’est une des lectures qu’on a du disque, on a essayé de mettre beaucoup de lumière dans le disque je crois qu’il aurait pu être vachement plus triste que ça parce qu’on a une grande capacité à être mélancoliques donc on essaie de retenir ce côté-là nous mais ici avec toute l’émotion que ça a soulevé de faire un disque c’est pas étonnant qu’il y ait de la tristesse dedans.

“Cette mise à nue, cette nostalgie, cette rage contenue définissent Everest comme les différentes étapes du deuil : Le choc « The spring », le déni « Not dead », la colère « Switzerland », la tristesse « Misses », la résignation « Changes will be lost”. Ca c’est vrai, je trouve que cette chanson a cet aspect résigné. J’adore ce titre.“L’acceptation « here i belong » et la reconstruction « Rorscharch et We are the living”, ah c’est une chouette analyse en fait, je n’avais jamais lu une construction par mots comme ça, c’est bien foutu. C’est tous des mots que j’aurais moi-même mettre, sauf le choc « The spring » les gens l’ont vu comme une chanson triste mais moi c’est marrant parce que je ne la vois jamais comme ça. Je trouve qu’il y a plutôt une force tranquille dedans et c’est ça qu’on a voulu mettre, et elle a été faite en Islande, cette chanson. “L’habillage synthétique et les voix lointaines montrent encore plus cette sensation d’être comme perdus, ne plus avoir de repère. « Parce qu’il est là ! » avait dit Georges Mallory célèbre alpiniste disparu à propos de cette montagne qui donne son nom au nouvel album de Girls in Hawaii. Ce disque est là avec ses ses failles, ses sommets, sa lumière sa noirceur. C’est de cette noirceur qu’Everest tire toute sa beauté et au plus profond de sa douleur que Girls in Hawaii offre sa plus belle partition. C’est triste mais c’est beau”. En fait quand j’ai commencé à lire le truc je me suis dit waouh c’est vraiment pas ce qu’on a voulu faire, après je comprends en fait, on a une noirceur, on l’a toujours eue depuis le début et c’est une belle matière pour travailler, après bon, on fait attention aux gens qui l’écoutent aussi. Encore une fois, on aurait pu le faire encore beaucoup plus noir mais je suis d’accord avec cette facette du disque. Mais c’est bien d’avoir mis la phrase « Parce qu’il est là » de Georges Mallory, c’est vraiment un truc qui nous a aidé à faire le disque à la base. Georges Mallory, il dit qu’il grimpe parce qu’il grimpe, c’est sa vie et que ça a aucun sens mais pour lui c’est tout ce qu’il sait faire c’est sa passion, son don donc nous ça nous a parlé quand on a vu ça. Oui, c’est une super critique.

005888L’apport des habillages synthétiques, les voix un peu lointaines, c’est un peu différent des précédents albums ça ? C’était li’dée du producteur qui a bossé avec vous sur l’album ?
On a voulu un habillage synthétique depuis le début, avant qu’on rencontre le producteur Luuk Cox, parce qu’on avait besoin de cette pudeur, je trouve que les synthétiseurs offrent cette distance, je suis assez d’accord avec la chronique, il y a quelque chose de très distant, en fait les voix n’ont jamais été mixées aussi fort cette fois-ci mais elles ont quand même cet aspect lointain. Et c’est en fait pour ne pas être trop dans l’émotion non plus. On ne voulait pas faire un disque bourré d’émotions, d’emphase, on voulait rester distants parce que voilà c’est comme ça qu’on est et il y a aussi les gens de la famille, les amis proches et on ne voulait pas non plus être le porte drapeau de sa disparition. Donc il y a une gêne par rapport à eux qui explique aussi toute cette froideur de la cover, de la peinture, des titres aussi il y a quelque chose de plus froid dans tout ça.

« Misses » et « Not Dead » sont certainement les titres les plus connus de l’album, mais pour vous est-ce qu’ils sont vos préférés ?
Pour moi « Misses » est l’un des plus beau titres qu’on ait faits, il a une histoire particulière parce que c’est un des premiers qu’on a composé ensemble avec Antoine, normalement on ne travaille pas ensemble, il fait tout de son côté, basse, batterie, voix et mélodie et moi pareil avec les textes. En fait, j’avais un bout de mélodie et lui est venu mettre des voix dessus et on a envoyé ça à Tchad Blake au mix et c’est revenu et c’était devenu un morceau vraiment super. J’ai l’impression qu’on est arrivé ce qu’on cherchait à faire depuis très longtemps sur ce morceau. Après il y en a d’autres, « Rorschach » il est très eighties comme ça et j’ai beaucoup écouté de ces trucs synthés, tu vois, tous ces trucs bien dégoulinants des années 80.

Qui reviennent à la mode en ce moment d’ailleurs tous ces sons un peu 80.
On a un peu sauté sur l’occasion je t’avoue, il y a un côté revival, on s’est dit : « Allez on va en faire une ! »

Et sur scène on sent un peu ce côté, comment cet album il est restitué sur scène, pour donner envie aux gens de venir vous voir, ceux qui ne vous ont jamais vu ?
Alors de l’avis des gens, parce qu’on a déjà pas mal tourné, ils sont assez surpris parce que c’est très rock, en fait il y a ce truc sage, apaisé de très doux mais sur scène on rentre vraiment plus dedans. On a vraiment travaillé l’instrumentation du dernier disque parce que c’était pas gagné, restituer des trucs aussi fouillés et aussi calmes. Pas toujours évident de capter le public avec des morceaux comme ça. On les mélange avec d’autres titres des autres disques quand on joue, on joue quasiment 2 heures donc on fait presque tout ce qu’on a, ça permet aussi de ne pas jouer que le dernier album, pouvoir remettre des chansons du premier donc les choses en vis-à-vis elles marchent assez bien en fait. C’est assez émouvant de voir une chanson très triste du dernier et toute joyeuse et naïve du premier, il y a deux époques qui se rencontrent.

Ca fait un peu du relief qui est intéressant.. Justement je ne sais jamais le titre de la piste 3 de votre album.
« We are the Living ».

Elle a un côté un peu magistrale, j’oserais presque dire un petit côté Coldplay sur scène, ça doit être quand même assez imposant ou pareil non ?
C’est vrai qu’il a ce côté un peu « too much » ce morceau, on a un peu hésité à le mettre parce qu’il a un peu ce côté pop rock de stade, sur scène on ne l’a pas développé comme un gros boulet de canon, en fait je suis trop mal placé pour le dire, en tous cas c’est un morceau qui marche vachement bien.

Et sur l’EP « Misses », vous vous êtes bien lâchés, il y a un côté bien électro quand même qu’on sent sur les morceaux, c’est une voie que vous voulez un peu plus explorer dans l’avenir ?
On a profité de l’occasion de faire un vinyle un peu goodies pour mettre un peu tout ce qu’on voulait dedans, on a juste pensé à s’amuser, il y a ce remix de Cupp Cave qui est un mec qu’on adore, c’est un belge – complètement à la masse, le type – vraiment hyper doué. Donc voilà, on s’est fait plaisir sur ce coup là, c’est pas vraiment une voie qu’on a envie d’explorer, je ne pense pas. Et puis il y a dans le groupe une grande majorité de gens qui sont fans d’électro. Dont le bassiste et le claviériste.

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Est-ce que vous allez rejouer des titres comme « Fields of gold » avec des instruments qu’on n’a pas l’habitue de voir comme le Marxophone sur scène ?
« Fields of Gold » on ne l’a pas jouée jusqu’ici, on l’a répétée, parce que sur la dernière tournée on l’a beaucoup, beaucoup jouée, pour nous c’était un peu un des gros morceaux du 2ièmedisque. Là on commence à la rejouer petit à petit, pour le Marxophone on ne le prend plus, on est dans une formule assez classique on a beaucoup travaillé en interprétation, la scéno… etc les lumières, un gros travail de voix aussi. Mais on prévoit une tournée acoustique. Une formule spéciale pour septembre, octobre, on ne le dit pas encore trop mais voilà. A vous je veux bien.

On a beaucoup de scoops aujourd’hui. (rires) Oui sur scène, il y a un beau light show qui se met en plac au fur et à mesure que les morceaux se jouent et voilà on ressent beaucoup de mélancolie mais aussi beaucoup d’espoir à travers ces jeux de lumière, tu peux nous commenter un peu le travail sur la lumière ?
Oui avant on travaillait avec Olivier Cornil qui est un très vieil ami et qui a fait partie du groupe, c’était un peu le photographe, l’homme de l’image quoi, c’est lui qui faisait nos pochettes, il est parti avant qu’on sorte ce disque donc voilà il voulait faire autre chose de sa vie donc on a fait appel à Ludo avec qui on travaille aussi depuis longtemps et tout axer là-dessus sur les lumières pour proposer quelque chose de sensible. Il y a eu beaucoup de travail, beaucoup d’investissement, de réflexion par rapport à l’histoire qu’on avait envie de raconter. L’histoire est assez lumineuse…

Ca tombe bien on parle de lumières.
Exactement (rires) !! On a voulu travailler cette idée de montagne…Bon c’est un backdrop, une peinture qui pend derrière, c’est très simple, c’est-ce que les gens font depuis des siècles, quoi. On aimait bien ce côté un peu désuet du backdrop qui s’illumine, des trucs de Méliès. Ça a été un long boulot.

Et pour terminer, Georges Mallory il a réussi à aller au bout de l’ascension du sommet de l’Everest ?
Moi je préfère me dire que non, je trouve ça toujours plus beau de mourir en essayant que mourir après avoir réussi, mais bon voilà.

Et vous ?
Nous ? On n’a pas du tout atteint le sommet de l’Everest, non. Il y a encore beaucoup de marge. Ce disque nous a ouvert pas mal d’espace devant nous donc c’est vachement bien, on se voit travailler assez longtemps.

Merci de nous avoir consacré quelques minutes. Et puis longue vie Girls in Hawaii, j’espère qu’on va vous voir dans pas mal de festivals cet été, il y a déjà des choses confirmées ?
Oui, ça va être une chouette tournée de festivals pour nous ça se présente bien. On va aux Vieilles charrues, on va aux Solidays je pense et il y en a d’autres qui vont se rajouter. Merci et longue vie à vous aussi !

Propos recueillis par Bob et Agnès Richard.
Crédits photos : D.R.

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  1. Merci à Bob de m’avoir donné cette chance de pouvoir participer à la création des questions et d’assister à cette interview. On a passé un super moment avec Lionel Vancauwenberge (l’un des deux chanteurs, auteur, compositeur du groupe). Personne très sympathique, généreuse.

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