Oubliez les soirées tièdes, les concerts où tout est bien en place. Ce samedi 18 avril, La Rodia accueille deux groupes qui préfèrent le déséquilibre au confort, la friction à la caresse. The 113 et Wheobe, même combat : faire du bruit, du vrai, celui qui dérange un peu et qui reste sous la peau.
The 113 : post-punk sous pression
Leeds n’a jamais été une ville sage, et The 113 le rappelle sans détour. Leur terrain de jeu, c’est un post-punk tendu, nourri de dance-punk et de noise rock, qui ne cherche jamais à arrondir les angles. Basse tendue comme un câble, guitares abrasives, batterie qui martèle — tout est pensé pour maintenir la pression. On est loin du revival propre : ici, le post-punk est sale, nerveux, presque à cran. Pas de pose, pas de clin d’œil nostalgique. The 113 avance avec une urgence brute, comme si chaque morceau pouvait vriller à tout moment. Le chant, lui, oscille entre débit parlé et tension contenue, une manière de balancer le réel sans filtre. Ce n’est pas forcément confortable. Mais c’est précisément pour ça que ça tient debout.
Wheobe : chaos contrôlé (ou presque)
Wheobe, c’est autre chose. Moins frontal, mais pas moins intense. Là où certains cherchent à cadrer, eux préfèrent laisser filer. A Strained Ocean donne le ton : un disque qui respire mal, qui se tord, qui passe du flottement à la déflagration sans prévenir. On sent des influences qui se croisent — du jazz dans les respirations, de la noise dans les nerfs — mais sans jamais tomber dans la démonstration. Ce qui compte, c’est la sensation. Le moment où ça bascule. Sur scène, ça devient encore plus évident : Wheobe ne joue pas ses morceaux, il les met en danger.
Pas une soirée pour faire tapisserie
Ce genre de plateau, ça ne cherche pas à cocher des cases. Ça ne fait pas semblant non plus. Ça propose autre chose : une expérience qui déborde, qui peut accrocher ou repousser, mais qui ne laisse pas indifférent. The 113 frappe sec. Wheobe fissure lentement. Entre les deux, il y a de quoi perdre un peu ses repères — et c’est exactement ce qu’on attend. Samedi, à La Rodia, le rock ne sera pas là pour accompagner. Il sera là pour remuer.
