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LiveReport : Cabaret Vert – Mercredi 17.08

Cabaret Vert : Jour 1 d’une nouvelle ère

Quel plaisir de revenir enfin à Charleville-Mézières pour une 16ème édition XXL et post-pandémie d’un des plus gros festivals du Grand-Est. Une édition que l’on annonce déjà comme “celle de tous les records” avec un 5ème jour bonus ce mercredi et un site repensé après ces années de jachères musicales. Des attentes, des craintes et beaucoup d’excitations à l’idée de découvrir tout ça

On arrive en début de soirée, ou en fin d’après-midi pour les plus optimistes sur le site dans une configuration assez tardive et inhabituelle pour le festival sur les coups de 19h00. On avait l’habitude de venir plus tôt sur le site les dernières années mais l’idée de l’organisation se révèlera au bonne. Puisqu’au final, retarder l’ouverture de portes en cet été caniculaire, quand on sait ce qu’ont enduré les festivaliers ces dernières semaines sur les évènements qui ont fait jouer des sets d’après-midi. L’ombre est déjà présente à cette heure avancée et les spectateurs s’amassent déjà à l’entrée du site le long des barrières, pour la fouille et le scan des billets, n’aspirant qu’à un retour à la normale de la bamboche et de retrouver Francis, “el famoso” mascotte, peluche vivante et Sanglier Punk à la crête verte du festival, copain comme cochon avec Orelsan.

On se console de l’annonce des premières annulations (heureusement, de nombreux noms seront remplacés par d’autres artistes avec notamment de très bonne pioches à la clé, voir de meilleurs propositions) avec une première bière, toujours aussi bonne, toujours aussi variée et locale. Premier gros marqueur, on est dans le juste ! Ouf, le logo Chouffe est toujours là, on sort nos bonnets ! Même après une grosse pandémie, le Cabaret Vert lui n’a pas changé, en tout cas pas en mal ! Le GreenFloor n’étant pas encore ouvert, on se chauffe avec une journée moins dense que celle à venir et on se glisse dans nos patins d’habitués pour revivre l’ancien temps, celui d’avant Covid.

Q.

On démarre notre parcours musical tout en douceur sur la scène des “Illuminations”, pile à l’heure et à côté de l’entrée du site (et ça tombe plutôt bien) avec le “Newcomer” Américain Q. Le Californien encore très peu connu en Europe dispose pourtant d’un petit tube outre atlantique avec dans sa besace, l’excellent “Take Me Where Your Heart Is”, idéal pour faire chavirer nos cœurs et nos oreilles encore vierges de son sur cette édition et pour certains un premier concert en festival depuis belle lurette ! Bonne surprise déjà, le jeune artiste propose un plan “Q” avec un Live Band plutôt qu’une simple proposition scénique en solitaire, ouf ! Le groupe joue bien, le son est clean, on est déjà rassuré sur la sonorisation cette année et le light show proposé, avec ces triangulaires à leds, disséminés sur la scène des Illuminations, flatte la prestation du groupe.

On se laisse gentiment bercé par le set envoutant et intimiste du jeune artiste. Encré dans la Gen’ Z, la musique du petit Q est un univers Lofi’ inspiré de samples mythiques de Chilidsh Gambino sur la face moderne, tandis qu’un flanc annexe plus classique, revêt les parures de ses ainés des 60s. Il délivre un set pop lumineux avec une ou deux fulgurances, appréciable mais assez scolaire au final. Une bonne mise en jambe mais qui manquait, de “peps” sur la longueur. On pense à du Steve Lay en mode DIY, et à ce garçon à la belle voix et un charisme indéniable. Une silhouette qu’on risque de recroiser chez nous prochainement mais qui devra plus se “lacher” l’avenir pour capter un public à convertir.

Parcels

On enchaîne cette journée déjà bien sexy en redécouvrant la façade de la Grande Scène de “Zanzibar”, la  belle dame de fer n’a pas changé, ça tombe bien, nos bonnes habitudes non plus. Devant les barrières séparant la scène du public, le gazon est encore dans un relativement bon état, épargné par le dieu Éole et sa pluie redoutée, c’est sous un chaleureux soleil déclinant que le public prends timidement place de bout et surtout assis dans l’herbe pour venir admirer le set ultra classe et pop de nos chouchous de Parcels.

Force est de constaté que depuis 2017, si les Australiens ont effectivement acquis une indéniable côté de popularité scénique mais aussi auprès de la presse spécialisée comme nous (qui manquons parfois de mots pour expliquer cet accumulation de talents chez le quintet), les boys ne jouent pourtant pas dans la cour qu’il mérite suite à la parution de leur premier EP sans fautes et de deux albums tout simplement incroyables. Une histoire dingue pour ses cinq belle gueule qui font les yeux doux au monde du luxe et de la grande couture et qui partagent aussi bien des points communs avec les “fab four” que les deux robots de la ‘french touch’. On avait déjà pu admirer le nouveau set des dandys au Werchter festival pas très loin de là au début du mois de Juillet dernier du côté Belge de la frontière. On ne sera donc pas surpris d’assister au même set en ce début de soirée au CV.

L’horaire à 20h00, le soleil frappant encore quelque peu sur les cranes, on regrettera de ne pas avoir pu profiter du light show plus conséquent mis en place par la production du groupe à l’occasion de cette nouvelle tournée. Le groupe jouant “à vide” avec une installation lumière rendu de facto inutile. Le set devenant intimiste sur une trop grande scène, difficile pour le groupe de capter l’attention visuellement. Pas forcément la meilleure setlist non plus à notre goût, les australiens.

Avec moins d’une heure de set pour convaincre, Parcels parait justement déjà tellement au dessus de la mêlé qu’il tente des choses, se fait plaisir avant de vouloir chercher à capter justement ce public qui ne les connaît parfois pas du tout encore. Passant ici pour un acte éléctro’ et oubliant les fondamentaux. le groupe ayant choisi de démarrer un set raccourci avec une très (trop) longue intro’ et des titres qui s’enchainent en fondu, mettant en avant bien plus les chœurs et les claviers, un savoir faire indéniable du groupe et qui fait évidemment écho avec le live album mais qui au final nous frustre vu les petites 50 minutes seulement accordés au set. Il faut enchainer là ! Et vu la discographie du groupe, cette reprise de “I Follow River” version The Magician , absolument dispensable malgré le pouvoir intrinsèque dansant du titre, qui se révélera dans la foule et aura évidemment le plus de succès à l’applaudimètre de tout le set.

On pinaille car le set reste tout de même impeccable ne terme de finition. Si l’on est aussi dur, c’est parce que l’on sait que le groupe fait ici un choix, artistique mais qu’il peut évidemment mieux et plus faire. Parcels nous amènent à réfléchir sur la relation intime que l’on entretien avec la pop, concluant sur “Somethinggreater”, un problème de setlist ici plus que talent. Oui ces garçons promettent des choses meilleurs et sont capable de bien mieux !

 

Vald

On se restaure avant le rush en passant devant le “MotherRoad”, l’ex Food-truck culte de Poutine devenu au fil des éditions un des incontournables culinaires du CV et désormais installé de plein-pied juste à côté de la grande scène. Un rapport qualité prix tout bonnement excellent en comparaison de ce qui fait dans d’autres festivals, mais on divague ! Revenons à nos moutons, et notre berger du soir, c’est un enfant de la balle, un comeback kid. On ne parle pas d’Orelsan ce soir, mais bien de Vald, le boug’ déjà bien connu des festivaliers. Le trentenaire semble bel et bien en pleine forme et heureux de refouler les planches de la scène du Zanzibar à nouveau avec son bro’ Suikon qui l’accompagne depuis plusieurs années déjà. Tout en jean, Valdou nous sort un set puissant dès le départ en donnant le ton à base de turn’up, fumigènes et surtout un écran géant massif qui projette derrière lui des décors en 3D d’inspirations SF, illustrant au fur et à mesure du set, les hits de ses derniers albums. La fusée décolle, le public est embarqué.

Le rappeur n’est clairement pas désaccordé et signe au CV tout simplement la meilleure prestation scénique qu’on ai pu voir de kui depuis bientôt dix ans  de scène. Porté par l’envie et une scénographie XXL (qu’on ne retrouvera d’ailleurs pas sur ses dates en salles dans les Zenith) . Celui qui disait s’être endetté avec sa prod’ à l’occasion des dates à l’Accord Arena ne triche pas sur la marchandise. On en a pour notre argent et fait l’inverse australiens de Parcels. Lui a bien compris qu’en festival sur un set de moins d’une heure, il faut y aller et arroser au karcher quitte à enchaîner 3 morceaux en break en quelques minutes, nous divertissant donc d’un incroyable combo avec Elevation/Dragon/Papoose ou avec Bonjour/Megadose. L’artiste connaît son public et sait pourquoi il est là. Vald prouve tout simplement sa carrure, passé du jeune rappeur aux dents longue, conscient de son univers plus loufoque que certains de ses confrères soit plus trap, soit plus pop lui continue de naviguer dans sa soucoupe du turn’up et affirme son statut dans le top 10 des rappeurs actuels, ceux qui compte sur scène comme en dehors.

Wet Leg

Sensation Indie Rock de cette année, c’était dire si le “Debut Album” des Wet Leg était attendu dans les bacs cet été. Si vous appréciez un tant soit peu les guitares et les hits des années 90s, il vous aura été difficile de ne pas croiser ces douze dernier mois dans vos recommandations de Playlists, les imparables tubes que sont “Chaise Longe” et “Wet Dream”. Natif de l’île de Wight, une île dans île (Islandception), un spot d’un festival culte du côté malfaisant de la manche, le festival de l’Ile de Wight évidemment mais c’est aussi le bastion des Wet Leg porté avant tout scéniquement et dans la communication par le duo féminin formé par Rhian Teasdale et Hester Chambers, puis des autres membres du groupe, quand à eux masculins.  Tout est allez très très vite donc pour le groupe, qui part désormais en tournée mondiale à peine un premier petit EP de paru, on s’attendait pourtant à voir plus de monde s’agglutiner devant nos deux frontwomen d’actualités, il faut croire que dans notre bel hexagone le rap domine, le rock s’incline actuellement.

Le quintet Wet Leg démarre son choix sans fioriture ni décorum scénique, les anglais livrent un set efficace mais sans réelles surprises. On sent le manque de dates et d’habitus dans la prestation des deux jeunes artistes, pas foncièrement “Off”, le duo est pourtant très bien soutenu par son groupe dans l’ensemble et notamment le batteur et bassiste, impeccable rythmiquement. “Wet Dream” résonne et la foule s’encanaille tout comme le groupe en fin set, il faudra du temps pour prendre ses marques. On a du mal à reconnaître la voix quelque peu timide de Rhian encore hésitante, malgré un son définitivement Rock. Cette apparition du groupe au CV est donc une belle proposition, mais n’est pas la claque attendue. Le groupe semble encore en rodage et en a sans doute sous le pied, on aura plus apprécié découvrir les nouveaux titres de l’album que les quelques singles déjà connu et qui manquait de folies. Un concert sympa et une belle exclu, on attends de voir ce que va donner la tournée en salle sur fin 2022/2023 pour finaliser notre avis sur le groupe dans un cadre plus “Club” et devant un public plus intéressé.

Aurora

On souffle et on repart respirer l’air pure d’une musicienne inspirante. Aussi Folk et Pop, la chanteuse et productrice norvégienne se glisse dans le sillon d’un Bjork sauce 2.0, bien consciente de l’influence des réseaux sociaux. La jeune artiste démarre son set presque en solo, éclairé uniquement par une large toile ronde changeant d’une couleur chaude à glaciale entre deux chansons. Une analogie à la discographie de la cantatrice venue du froid et ses singles très minimalistes, presque murmurés depuis le fond d’une grotte de diamant. Aurora la troglodyte, ou elle redéfinie la folk avec un soupçon de féerie et des sonorités plus modernes avec des instrumentations électroniques ,jamais criarde, jamais agressives mais toujours dansante. Une ivresse envoûtante attachée à une certaine naïveté qui peut paraître touchante pour certains, amusante pour les plus sceptiques.

“I Don’t Need A Cure For Me” est évidemment joué, le dernier single ultra Pop et Radio Friendly qui l’a déconnecté de certains fans de la première heure, mais qui a ramené des millions de nouveaux écouteurs via les trends de tiktok et playlists spotify. On pensait voir plus de monde là aussi devant la scène pour admirer la prestation de la sorcière blanche, mais l’agencement de son set aura découragé sans doute les fan les plus déterminés de Stromae, préférant faire l’impasse sur l’artiste, pour s’agglutiner devant les premiers mètres de cordé pour voir le Belge sur la Zanzibar.

Sur scène, la princesse venue du froid, de dentelles toute vêtue, présente les nouvelles pistes orchestrées de son dernier album, d’inspirations plus méditerranéennes, donc dansante et d’inspiration mythologique, cette fois-ci grecque. Aurora et son live band, ô combien sympathique, aura réussi à nous captiver, à capter quelques moments de grâce et de silence. Fait assez rare dans un festival de cette taille ! A revoir en salle impérativement.

Stromae

En parlant de Stromae, n’ayant pas eu l’autorisation de photographier celui-ci, nous faisons le choix de se focaliser sur le set des anglais de Working Men’s Club. Nous restons cependant devant sur quelques titres, de loin, pour admirer l’incroyable scénographie de la tête d’affiche Belge. T.A. que nous auront bien évidemment l’occasion de re-chroniquer à l’occasion d’une de ses multiples dates estivales en France comme en Europe.

Le longiligne Wallon, s’avance sur la scène blindé d’écran et de Led, le budget et là , des danseurs et intervenants derrière des pupitres suivent respectivement une mécanique bien huilé. Nous sommes dans un show à l’américaine administré à la française.

Working Men’s Club

Il se fait tard, on rebrousse chemin assez facilement vers l’entrée du site, passant à contre-courant du flux d’humains, se dirigeant vers la grande scène pour admirer le grand belge. Nous, on se donne RDV devant la très belle scène “Razorback” ! La scène de “ceux qui en ont”! Véritable travail d’orfèvre et de proposition artistique en terme de décors. On admire avec plaisir le travail de métallurgiste des équipes s’inspirant des films steampunk et post-apo’. Une petit bout de Cabaret Vert n’ayant rien à rien à envier à certains décors du Hellfest ! Celle-ci vient accueillir les groupes de musiques dits “extrêmes” et les amateurs de pogo. Petit effet supplémentaire qui a son charme, une large grille logotypée et imposante se soulève à chaque début de set pour faire apparaître le groupe à venir. Un charme indéniable.

On se prend une dernière pinte non loin du stand de cochonnailles fumées juste en face de la scène pour finir notre belle soirée pourtant si lumineuse, pour embarquer dans un océan de noirceur. Dans les ténébreuses et les bas-fond avec les sons Post-Punk synthétique et dépressif de la perfide Albion. La grille menaçante s’ouvre pile à l’heure et fait apparaître les quatre silhouette statiques et grimaçantes des Working Men’s Club. Les kids à peine majeurs du Yorkshire reviennent en France pour de multiples dates dont une ce soir avant de filer à la Check In le sur-lendemain. Tandis que les tubes de Stromae résonnent depuis l’autre bout du festival, c’est avec une petit centaine de connaisseurs que nous terminons cette première soirée déjà mémorable.

Vous ne verrez pas un sourire sur les bouches de ces jeunes, pur produit du Brexit, des flatlands ou le terrain de jeux est vague et la vie dure. Déjà narré par les Cures et tout une scène Post-Punk depuis trois décennie, pris sous la bonne aile des Fat White Family (qui viendront justement au Cabaret Vert en remplacement de luxe quelques jours après), pour accompagné la tournée de ce second excellent album “Fear Fear”, on découvre que le groupe a encore modifié sa composition et est désormais mixte, accompagné d’une nouvelle claviériste.

Soyez averti, le club des travailleurs masculins est scénique mou, de manière provocatrice statique et faisant la gueule à qui veut bien le voir. Un style qui pourra en rebuter plus d’un, comme leur musique. On vous avez prévenu, la Razorback mets en avant les musiques “extrêmes”, ici on est sur une niche. Ne vous attendez pas à pogoter, au mieux bouger du pied. WMC c’est une danse minimaliste tristoune presque gothique, lascive et dépressive qui se consomme en solitaire. Une ligne de basse qui respire faiblement, une guitare au riff rare qui résonne en écho sur quelques secondes, des claviers typés 80’s qui imprègne le corps d’une mélodie en mineur, et surtout les cri dans la nuit de Sydney le leader du groupe et l’auteur quasi-exclusif dans son coin, des titres du groupe, aussi fan d’Acid house que de Punk suintant la crasse.

Une froideur abyssale, palpable qui en ébranlera plus d’un, le genre de groupe dont il faut connaître le pédigrée avant de rentrer dans la machine et se lâcher.  Mais dans la vraie vie ils ne peuvent pas être si tristoune ? Et bien non, scoop ! En off on les aura même vu rigoler en back-stage sur quelques autres dates. Vous pensiez bien que des jeunes gens avec une peluche ratatouille sur leurs amplis ne pouvaient pas être foncièrement mauvais ? En tous cas on s’est laissé emporté par la proposition et les quasi-remix déjà des titres de ce second album à peine paru. On danse, timidement puis nous décidons tout aussi timidement, d’abandonner le site et retourner à nos véhicules respectifs pour se reposer avant la grosse journée de demain.

 

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