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Interview : BRUIT ≤ (Partie 2)

SensationRock : Et est-ce qu’en tournée vous avez encore l’occasion de tester des choses, soit des nouveaux morceaux soit directement sur les morceaux déjà parus ? Ou vous privilégiez uniquement dans votre processus créatif la production en studio et attendre pour présenter quelque chose de finalisé ?

Théo’ : Pour le morceau “Industry” que l’on joue depuis très longtemps, on a parfois écouté les retours des gens sur certaines parties. On a commencé à travailler sur scène les morceaux de l’album pour qu’ils soient rodés et qu’ils ressemblent à l’album en travail de résidence. Ils ne bougent pas des masses à part quelques breaks.

Clément : Ça bouge finalement pas si mal… Enfin, c’est des curseurs. Pourcentage par pourcentage et au tout départ, là ca fait quelques dates ou on a réussi à passer un cap. Maintenant, on sait le faire sonner comme l’album, « bon, ok maintenant, poussons ce curseur là et là » et venir créer quelque chose de différent. Et c’est trop bien quand tu as des gens qui viennent te voir et te dire. « Je kiffe votre album mais en live c’est différent !» ou « C’est différent mais je comprends pourquoi vous avez fait ça ou ça ».

Donc la frustration que tu peux avoir ce n’est pas comme chez Slift pour exemple ou ils peuvent rajouter un pont, nous comme tout est Time-codé avec un clip pour que les samples fonctionnent, nous n’avons pas cette liberté là. Mais on trouve toujours des choses, des automatismes, des liens sonores se créent. Moi, j’ai des repères maintenant, là on a des niveaux, je commence à sentir les choses.

Théo’ : Il y a eu un gros travail sur les paliers, réussir ces montées sans bêtement venir monter le volume en live. Ça a demandé un gros travail de détails des effets en résidence avec notre ingénieur son.

Clément : C’est de la psycho-acoustique, tu dois venir faire croire aux gens qu’ils sont entrain de plus en plus en prendre plein la gueule sans dépasser la limite légale. C’est un casse-tête !

SensationRock : Cette sensation, plus que le par le volume ou le gain ça passe aussi surtout par la compression ?

Clément : Oui, ça marche par plein de choses la compression, la saturation,a la reverb’, l’harmonisation, la stéréo…

Théo : Sans que ça ne devienne de la bouillie et que ce soit ingérable en façade pour notre ingénieur son.

Clément : Si on joue tous les mêmes notes au même moment, ça va être centré avec un énorme son et moi, je vais changer, lui aussi et boom ! Le spectre va s’ouvrir mais la pression acoustique et là même. Mais au lieu de jouer là même note, on va jouer deux notes différentes. C’est une sensation émotionnellement plus intense.

Théo : Il y a plein de petites astuces qu’on commence à lister.

Clément : Sur Scène, on essaie aussi de faire quelque chose sans solo de guitare ou de batterie, pas de prise de parole. Juste le visuel, c’est créer un son collectif pour brouiller les pistes. Dans ce brouhaha, c’est très compliqué d’être cohérent et d’être à un niveau pour qu’aucun instrument ne vienne venir prendre le pas. C’est l’auditeur qui va se projeter et se raccrocher, ou se noyer dans l’océan de nappes. Il suffit que la guitare soit trop forte pour ça devienne un solo, il faut trouver un équilibre pour que l’on ne comprenne rien. Ce qui est plus compliqué que de trouver un équilibre pour que l’on entende tout. Mixer un truc « Pop » pour tout entendre quand tu as le bon résultat, tu le sais car tu entends tout, là tu dois de te plonger dedans et trouver un équilibre.

Théo’ : C’est la difficulté d’un concert à l’autre. C’est l’exécution de ça, faire des paliers avec les réglages. Ça on se le note, mais une fois dans le concert avec l’énergie individuelle et collective c’est ce qui va faire que parfois, on a des écarts d’où l’importance de notre ingénieur son qui est presque un cinquième membre du groupe.

Clément : Le pauvre s’occupe de la régie, Romain est top chouette, big-up à lui !

SensationRock: Théo’, tu parlais des pédale tout à l’heure. Sur scène il y a un gros côté shoegaze, tu as au moins un pedal-board si ce n’est plus aux pieds ?

Théo : Un seul, sinon il faudrait que je me fasse greffer des jambes en plus ! (rires). Chacun à son pedal-board en face . Clément il a tout un merdier de pedales de violon et de basse. Il a une utilisation du violoncelle pas standard avec des Fuzz. C’est ce qui nous permet de faire un son commun notamment avec les reverb’..

Clément : On a effectivement pas mal de pédales en commun. Théo, son overdrive c’est la même que j’ai pour la basse (HotCake) , il a aussi la même reverb’ que Luc.

Théo : Pareil le Delay, c’est un Strymon avec beaucoup de grains, on a tous les deux la même reverb’, le même Delay à simulateur de bandes.

SensationRock : Ce qui vous permets d’avoir les conserver les mêmes textures à priori ?

Clément : Oui et de la même manière Romain à cette reverb’ à la batterie. Moi en studio, j’utilisai aussi des trucs en commun pour la basse. Tout ça c’est pour créer une sauce commune.

SensationRock : J’imagine que le chaînage des pedal-board est déjà un premier challenge en soit. Vous effectuez encore des micro-réglages, des ajustements sur vos effets avant ou pendant le live ?

Théophile : On s’est pris le temps pendant la résidence et maintenant ça ne bouge plus trop, après c’est une question d’arrangement. Chacun à un différent palier dans le pedal-board pour « prendre la parole » ou monter d’un palier pendant le set.

SensationRock : Pour votre tournée actuelle, vous allez proposer des écrans, une projection vidéo sur scène ?

Théo’ : Alors, malheureusement pas ce soir au Noumatrouff car la configuration ne le permet pas.

Clément : Mais normalement on l’a avec nous oui c’est prévu !

SensationRock : On a vu certaines de ces projections dans les clips live disponible sur Youtube. Vous avez tourné des images spécifiques qui mettent en avant les propos des pistes, je pense notamment à la piste “Industry” avec ces plans micro représentants des PCB à des plans macro et des visuels assez large en plan drone ?

Clément : Oui, tout le live est mis en images de manière symbolique. Ce n’est pas un film, de la même manière que notre musique évoque une histoire, les images évoquent sans tirer le trait sur l’histoire.

SensationRock : Ça ne doit pas devenir un Ciné-Concert ?

Clément : Voilà, parfois certains moments sont plus un show-light avec une narration, même si l’abstraction à un volet narratif. Tu parles de la vidéo d’Industry ou il y a des plans d’analogies entre les usines en top-shot en plan drone et un enchaînement avec des cartes de circuit imprimés, c’est un sens symbolique.

Visuellement c’est marrant à quel point ça se ressemble, que le transfert d’information est semblable entre les routes et les circuits d’un PCB. Il y a quelque chose qui est souvent présent dans le live, c’est la perte de repères. Entre l’infiniment petit et l’infiniment grand. Et ça a beaucoup de sens dans notre format, on fait croire au gens qu’on est au max alors que pendant le set, on a encore 3, 4 paliers derrière de dispo’ !

Tout à l’heure on sera au max et tu l’auras pas vu venir. C’est une idée sous-jacente dans tout le set, mais de manière différente. Pour exemple sur The Fall on est parti sur l’espace avec des textures de Mars, après tu as des textures de peintures en macro. Des toiles, les flux et les formes que tu peux voir sur mars, les cyclones peuvent ressembler à ce qu’on voit sur de la peinture à l’huile. C’est Mehdi Thiriot qui nous a préparé ce show que vous verrez sur les autres dates.

Théo’ : C’est synchronisé sur la bande en plus. On a même pas besoin d’avoir quelqu’un du coup avec nous pour le gérer.

SensationRock : Cette dualité, elle est persistante dans votre musique et dans les clips aussi à travers aussi le noir et blanc, ou plutôt cette multitude de nuances de gris à vrai dire. C’est une continuité que vous visez, pourquoi ce choix artistique et ce refus de la couleur primaire ? C’est une autre forme de contre-pied à la Pop ?

Théo’ : Il y a une raison officielle et officieuse (rires). On veut être raccord niveau communication, c’est pas une musique pour danser ! Il y a quelque chose de sérieux dans le noir et blanc, et bon quand tu fais une photo de presse ou un clip tout de suite en noir et blanc tu as l’air moins con…(rires).

Clément : Il y a aussi l’auditeur qui doit mettre ses propres émotions, la couleur ça créée une émotion qui est faussée. Tu fais un morceau hyper triste sur scène, si le mec vient mettre des couleurs mauves ou vertes, pire, oranges, ça va te mettre dans une sensation bizarre. La base pour nous c’est que le propos et le son viennent créer l’émotion. On ne va pas venir surligner le truc pour t’expliquer l’émotion. Sur scène cependant, on a de la couleur, nous-même nous sommes en couleurs.

Théo : Il y a un spectateur qui nous a dit une fois, « Ah tiens ça fait bizarre de pas vous voir en noir blanc » ! (rires).

Clément : On est toujours monochrome par contre, si il y a du rouge, ce sera rouge et noir. Il y a une sorte de recherche de radicalité derrière ça. C’est aussi une manière de simplifier les informations, mettre de côté certaines choses permettent de rentrer dans une transe.

Musicalement, on n’aura quasiment jamais dans notre musique un truc qui s’arrête net avec un break. C’est un fil qui se tend et on essaie de garder les gens entre l’éveil et le sommeil ou si l’on réussi bien notre coup, on les embarque dans une sorte de transe avec nous. On leur donne des informations, mais pas trop, parce que sinon ils vont réfléchir et à l’inverse pas assez, ils vont s’endormir. Et le monochrome permets de faire ça.

SensationRock : C’est un moyen pour le public de venir combler les cases comme pour la musique l’instrumentale.

Clément : Un circuit imprimé bleu ou vert tu comprends, en noir et blanc tu dois analyser. C’est la texture qui prend du sens.

Théo : Enlever des choses permet de rajouter en intensité, comme les lights quand tu envoies des strob’ à fond puis moins intense. Avec la couleur, tu peux un peu plus imposer le ressenti que tu veux donner aux gens. Je pense au show de Godspeed You ! Black Emperor ou tu as une simple douche de lumière avec une couleur ça n’en est pas moins intense. Tu perds la notion du temps.

SensationRock : Beaucoup de gens font des parallèles avec GY!BE justement, c’est une influence importante pour vous. Quels sont les autres groupes dernièrement qui vous ont marqués ou inspirés récemment ?

Clément : Dans notre scène, il y a un jeune groupe qui n’a pas encore la reconnaissance qu’ils devraient avoir et qui ont sorti un super deuxième album, ça s’appelle Outlander avec “The Valium machine” (2019) qui est incroyable.

On a des potes sur Toulouse qui ont fait un album de Metal avant-garde qui s’appellent PLEBEIAN GRANSTAND qui ont sorti “Rien ne suffit” en 2021. Une sorte de Masterpiece inclassable, hyper expérimental. Si c’était une œuvre d’art pictural elle aurait sa place au palais de Tokyo. Ça évoque plein de problèmes actuels, le transhumanisme, c’est fantastique.

Théo’ : Outlander, on l’a découvert un peu en retard. Moi j’ai adoré l’album de Lingua Ignota (Sinner Get Ready) qui est sorti en 2021, on espère pouvoir la voir à l’Amplifest ou l’on jouera.

C’est là qu’on se rend compte que nos albums de l’année ne sont pas sorti cette année, mais avant et qu’on les découvre sur le tard.

Clément : Il y a une semaine il y a le groupe Absent In Body qui a sorti un disque monumental (Plague God), Doom, grosse production et des idées classe. Minimaliste, mais ils ont aussi le côté transe. Et pour dire autres choses que du Métal (rires), j’ai quoi sous le coude…

Théo : Dans un autre délire il y a eu le LOW (HEY WHAT) avec une production incroyable !

Clément : J’ai beaucoup aimé Floating Points, l’album bleu (Crush). J’ai pas mal aimé aussi son album ambient, mais j’ai du mal avec le sax’. Mais il y a des trucs incroyable dans celui-ci…

Théo’ : Après il y a eu Thou et Emma Ruth Rundle (The Helm of Sorrow)qui est super !

SensationRock : Et ils s’étaient justement rencontré en collaboration pour le Roadburn ! Je crois que Thou reviennent d’ailleurs cette année encore pour une collab’ inédite.

Théo’ : Oui avec des reprises de Misfits notamment… C’est une belle collaboration.

Clément : J’ai vachement aimé de mon côté, l’album de Peter BroderickBlackberry –  de a superbe Folk. Et évidemment Adrienne Lenker, son projet solo. Très très fan de Big Thief également mais son album Songs and Insturmentals,avec les fleurs qu’elle a enregistré pendant la période de pandémie. On lui a prêté une cabane, un pote à elle est venu avec un 8 pistes à bandes et tu entends tout, la tape qui arrive au bout de la bobine, le feu qui crépite, les oiseaux. C’est beau la liberté qu’il y a dans ce disque.

Et nom de dieu, l’album solo d’orgue d’Anna Von Hausswolf !

Théo’ : Moi je ne suis pas objectif parce que c’est le projet qu’ils ont sorti avant de splitter. Ça s’appelle 40 nights at see et je suis un énorme fanboy. Ils avaient annoncé qu’ils arrêtaient mais ils sortent un EP surprise avant de se quitter.

Clément : Tiens je vais choquer avec des trucs hyper pop ! J’ai adoré le dernier album de Rosalia (Motomami). On pense pas à Rosalia quand on écoute Bruit (rires) et encore moins à BigFlo et Oli (Clément à produit des choses pour les deux frères toulousains). Je suis aussi méga fan de Sophie, paix à son âme…

SensationRock : Donc tu suis le mouvement Hyper-pop du coup ?

Clément : Alors c’est super intéressant, il y a par contre à boire et à manger. Il y a des choses excellentes et d’autres anecdotiques. Je pense surtout aux sons de Sophie ou A.G. Cook, moins Charli XCX.

Je me suis pris “Donda 2” de Kanye, je le trouve incroyable il y a vraiment des chefs d’œuvres là-dedans.Au niveau Rap le dernier album de Denzel Curry, il est incroyable! (ndlr : on confirme la chose).

Sinon je suis un énorme fan… Un fan obèse de Radiohead ! Je prends 75kg avant chaque concert, je suis très fan donc pas du tout objectif. Mais je suis pris très fort les morceaux sorti de The Smile. C’est d’une élégance, une synthèse entre le dernier album de Radiohead et In Rainbows. C’est ultra organique et les arrangements de Greenwood qui est l’une des personnes qui m’a le plus inspiré dans ma vie. Genre, « on s’en fou, on fait de rock mais on peut mettre des cordes et qu’on joue à Coachella », et qui arrivent encore à sortir des clichés et se renouveler. C’est pas devenu Coldplay… désolé Coldplay !

Playlist des Artistes mentionnés dans l’intégralité de cet entretien :

Clément : Pour revenir à bruit et notre process créatif. La création c’est uniquement un besoin. La musique, c’est une thérapie pour les gens qui l’écoutent… Enfin, on l’espère.

Théo’ : A la base BRUIT ≤ était un side-Project, on se disait que ce serait cool que l’on arrive à faire la musique qu’on aimerait entendre à la radio alors que l’on n’y trouve pas notre compte actuellement.

SensationRock : C’était une question peut-être aussi de maturité, de moyens ?

Clément : On n’avait juste pas les couilles (rires) !

Théo’ : Moi j’avais un groupe de Post-Rock à la fac, mais de pouvoir développer un truc, le savoir faire de Clément en studio, assimilé cette sauce underground pour recracher quelque-chose en essayant de faire en sorte que ça ne soit pas du réchauffé. C’est un taff’ qui demande du temps, de la maturité, de l’expérience et on n’avait pas les moyens avant. Les projets que nous avions eus avant ne nous ont pas donné autant de libertés, et on avait besoin de ça.

Clément : On était aussi hyper jeune (évoquant leur ancien groupe, Kid Wise). On était tous entre potes, ça a marché sans s’y attendre et on a fait tous les mauvais choix que tu peux faire quand tu as un groupe. Et comme toujours, il y a eu le champ des sirènes. Certains voulaient y aller, d’autres non, et on s’est retrouvé à faire des morceaux en réfléchissant si c’est “radio-friendly” ou pas. Et ça c’est non. Tu as le droit d’exister sans être “radio-friendly”.

Théo : Ce sont des formats, on ne te l’impose pas, mais si tu veux continuer, si tu veux tourner, et si tu ne rentres pas dans les cases tu vas te faire éjecter car les places sont chères. Quand on monte un groupe, on a pas mal d’illusions et on s’égare de l’objectif de départ avec l’industrie actuelle.

Clément : Au début tu fais de la musique avec des potes, pour le fun ou pour t’exprimer avec quelque-chose à défaut des mots. Puis tu avances, tu vois que ça génère de l’argent et tu fais des albums pour remplir des salles et tu continues. Juste rester dans ce truc là, c’est en étant juste par rapport à ton intuition et ton intention que tu vas toucher des gens. L’acteur qui surjoue et qui veut te toucher , en général il est pitoyable, mais celui qui vit le truc à fond, il va trouver un chemin d’empathie vers tes émotions. Il faut rester juste !

Théo’ : Dans l’industrie, avec les Majors tu vas trouver les partenaires pour t’orienter dans ce sens. On a déjà entendu des « Ah, mais faut faire sauter ce passage instrumental, ça sert à rien ». Des gens qui te donnent les moyens d’enregistrer, tu es redevable et qui n’ont aucun problème à te pousser du coup vers quelque chose qui ne te ressemble pas.

Clément: Je me souviens de quelque chose, une sorte de baptême, un truc traumatique. On se faisait dragué par quelque éditeurs, nos managers à l’époque qui disait « Ouai, ce gars c’est un puits de science, il a créée le métier, il a bossé avec les Daft Punk… ». Quand on met Daft et Punk dans une phrase à Paris, faut se prosterner. Et le gars vient dire qu’il veut nous signer en disant « les gars, en ce moment, c’est la crise économique, on veut un truc grandiloquent, quelque chose d’énorme et qui donne envie de vivre fort. Hyper bien pour mettre les gens dans ce mood et les pousser à acheter. Donc notre musique est hyper bien pour pousser les gens à acheter du papier toilette.

Tu viens de me faire un discours honnête, mais nous on fait cette musique là pour faire perdurer une sorte de candeur de jeunesse et toi, tu me dis que t’es là pour vendre du PQ ? Donc on se dit « Ok les gars on met le pied là-dedans, c’est avec ça que vous voulez signer ? ». Bon, j’avoue que c’est des choses comme ça qui ont fait qu’on en est là aujourd’hui.

Théo’ : Sur scène aussi du coup, tu es motivé à jouer des choses comme ça !

Clément : Ce qui nous compte nous, sans envisager du retour sur investissement, c’est envisager l’art possible et garder ce focus. On a la chance d’être là aujourd’hui, mais aussi en étant radicale et extrémiste. C’est un besoin primaire de faire ça.

Théophile : Tu nous aurais dits il y a un an et demi que nous serions en tournée dans des SMAC avec ce projet on aurait rigolé. C’était une surprise, on a été dépassé par l’engouement qui a eu autour de ce premier album. C’est une superbe surprise.

SensationRock : Pour finir, on est en période d’élection électorale dans l’hexagone. En tant que musicien et intermittent du spectacle, on attend encore quelque chose d’un éventuel nouveau ministère de la Culture ou des propositions culturelles d’un nouveau quinquennat ?

Théo’ : Je te parlais de nationaliser éventuellement Spotify , je crois que c’est pas du tout à la une. Même des trucs basique, comme la justice sociale ne sont pas abordés. J’ai l’impression que la priorité de ces gens là c’est la sécurité, les caméras et la police. La culture on attend toujours (rires). Dans notre album il y a un discours sur l’écologie et le social , mais culturellement on ne sait pas…

Clément : Si on parle d’intermittence, on doit tout de même dire qu’on a de la chance dans ce pays. Moi la seule chose que j’attende c’est qu’on ne nous emmerde pas. Qu’ils arrêtent de faire croire aux gens que nous sommes des assistés, j’ai bien envie de les ramener en tournée et de leur montrer. Ce que c’est de se lever le matin, faire des gammes, composer… Tout le travail derrière qui existe.

Théo : C’est Roselyne (Bachelot) encore actuellement ? (Oui), (rires). De base on a du mal aussi à les prendre au sérieux, ils font je ne sais combien de postes différents. Roselyne sur le sport je lui faisait déjà pas méga confiance alors sur la culture…(rires). Après, s’ils pouvaient rétablir l’ISF pour financer de nouvelles SMAC je ne dirais pas non ! (rires). Il y a des choses à faire.

SensationRock : C’est peut-être aussi lié à un problème très français ou le système est assez opaque et le grand public n’a pas accès à tous ces détails, ou ne cherche aussi pas à savoir comment fonctionne les métiers autour de la musique. On ne voit pas les gens du label, les bookers, les tech’… On ne voit que les personnes qui sont sous le feux des projecteurs. Sur la scène ou l’on s’imaginer que même des groupes indé’ vont bien gagner leur vie…

Théo’ : Parce que l’on a mis ça aussi dans la tête effectivement, il y a quelques années il y a eu des grosses manifestations quand ils ont tenté toucher au statut de l’intermittence.

Clément : C’est nous qui payons le plus de charges, il faut juste foutre la paix aux gens par rapport à ça. Je pense que là ou il y a un vrai problème, en tout cas un gros axe d’amélioration, c’est par rapport à la musique c’est l’éducation.

La manière dont on appréhende la musique dans l’éducation en dehors et dans les conservatoires. Il y a un accès à la musique et à la curiosité musicale qui ne fonctionne pas. J’ai eu la chance d’avoir des parents musiciens et passionnés. Et là, tu arrives au lycée et on te fait jouer la 7ème de Beethoven à la flûte à bec. Alors c’est fantastique la 7ème, mais à la flûte à bec c’est dégueulasse ! (rires).

La musique en France c’est du divertissement, quand GY!BE vient jouer à Paris au Bataclan, c’est 2000 personnes, quand ils viennent en Belgique à Bruxelles ils viennent jouer au Botanique qui à 4000 places et ou c’est Sold-Out. Alors tu te dis, Ok, ce n’est pas la même éducation ! Je pense qu’il y a un souci, car il y a cet accès insuffisant et sans budget, on fait jouer des instruments qui n’intéressent pas grand monde alors que tu fous une guitare, une batterie, tu fais jouer les gamins et là ça devient différent.

L’autre versant, c’est le conservatoire et c’est quelque chose de conservateur d’où le nom, ou les mecs sont restés bloqués il y a cent ans. La tradition, c’est très bien, mais les gars sont bloqués dans une manière de penser et une musique du passé. Mais tu ne peux pas ne pas avoir de vision du futur, qu’elle est la proposition, comment on fait avancer les choses, le rendre plus excitant et faire avancer cet art ? Là non, Mozart il a mis un accent sur le sol dièse, si tu ne joues pas cet accent t’es naze ! C’est ou la médiocrité, ou l’élitisme et il y a très peux de moyens entre les deux.

Les conservatoires pensent qu’il faut faire des solistes. Sauf que sur dix élèves, tu vas en avoir un qui va y arriver, et les neufs vont être frustrés. Et dans les lycée si tu n’as pas des proches audiophiles, ton prof de musiques qui est passé par le conservatoire à de fortes chances d’être frustré. Et il va venir te faire jouer des trucs pas possible sur un instrument qui fait mal aux oreilles. Culturellement, ça fait tirer le pays vers le bas, ça se ressent aussi dans beaucoup de propositions artistiques dans la Pop en France, sans citer de nom… A l’inverse ce qui fonctionne souvent dans la Pop US qui est plus avant-gardiste, même Kanye West. Le gars a une vraie proposition et pourtant c’est de la pop très grand public. Sans dire maintenant que le système américain est bien, l’approche est juste différente.

SensationRock : Aux États-Unis par exemple, ils ont effectivement beaucoup plus de moyens et de budgets, je pense notamment aux lycées privés et aux grosses fac’ qui ont notamment des fanfares, des classes entières ou les élèves ont l’habitude de jouer ensemble surtout…

Clément : Complètement, mais c’est comme ça en Belgique, tu as des cours de Violon au collège comme en Angleterre.

Je serais de dire que le problème de la culture passe par une refonte de comment on appréhende l’art. C’est souvent fait par-dessus la jambe par manque de moyen. Une heure par semaine ce n’est malheureusement pas suffisant…

Un grand merci au groupe BRUIT ≤ pour leur engagement et leur temps.

Ainsi qu’à Hélène de Radical Production et l’équipe du Noumatrouff pour l’accueil.

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