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SAPIENS, Sapiens

Et l’union fit la force. Une force créative nommée Sapiens.

Derrière cette pochette dépouillée au graphisme enfantin – un smiley peint en mouvement –, on découvre un projet de longue haleine, un aboutissement. Portés à bout de bras par Nicolas Foucaud – leader de Los Dissidentes Del Sucio Motel – et Thibault Fassler, ces 10 titres au savant dosage de mélodies, de délicatesse et de puissance arrivent ce 25 octobre. Sapiens ou la savante réunion de talents de la scène musicale made in France, rock et metal de préférence. Une petite perle aux éclats mélancoliques, polie avec tout le savoir-faire et l’amour du métier.

 

La naissance d’un nouvel album, d’un enfant c’est forcément une fierté, un instant de puissance. On en oublierait presque les mois de gestation, le choix du nom, les parrain et marraine, … On pourrait filer la métaphore plus longuement, tant le sentiment final prend le pas sur le tout, sur la montagne de difficultés rencontrées. Fierté donc. Certes personnelle mais aussi collective. Pour cette production, Nicolas Foucaud et Thibault Fassler se sont adjoints les services d’une kyrielle de personnalités.

Mais qu’en est-il des origines du disque ? L’idée de base fut d’envoyer à 10 chanteurs distincts une ébauche acoustique élaborée par la doublette. Dès lors, chacun disposait d’un blanc-seing pour écrire les textes et (pro)poser une mélodie. Un projet audacieux qui embrassait derrière les microphones un personnel de haut vol issu d’univers musicaux variés. Jugez par vous-même : Julien Pras (Mars Red Sky), Mathieu Dottel (Bukowski), Julien Cassarino (Psykup), Steve Perreux (Robot Orchestra), Cédric Toufouti (Hangman’s Chair), Poun (Black Bomb Ä), Mat Peq (Babylon Pression), Daniel Scherding (Los Dissidentes Del Sucio Motel), Forest Pooky et Reuno Wangermez (Lofofora).

D’emblée Sapiens fut donc un défi complexe, ou comment conjuguer les agendas forcément différents de chacun. Entre les tournées, les enregistrements, la promotion des uns, les périodes de retraite des autres, … bref, faire fi de la distance. Et ils y arrivèrent. Dont acte.

Autre prouesse remarquable dès la première écoute de ce 10-titres : tous ces chanteurs et hurleurs estampillés hardcore, metal se révèlent comme mis à nus, en plein jour car proposant un chant posé – souvent aux antipodes de leur compositions respectives – et emprunt de mélodies. Un constat observé avec le premier titre dévoilé ces derniers mois, Le feu qui danse. Sur ce morceau c’est Reuno de Lofofora qui est à l’honneur et quelle claque ! Le titre est sublime, triste à souhait et cette voix, au cœur de cette mélopée, comme neuve pour l’auditeur. Bref, ces artistes ont pris des chemins de travers dans cet album, loin de leur pré carré. Un pari relevé avec brio et panache.

A tout seigneur, tout honneur, les collaborations côté chant s’accompagnent aussi de celles pour les instruments. La liste est longue – charge à chacun de la découvrir en vous penchant sur le disque – mais force est de constater que la scène locale strasbourgeoise est aussi de la partie. Ont ainsi contribué à l’édifice, les frères d’armes de Los Dissidentes Del Sucio Motel, comme Gregory Hiltenbrand derrière les fûts sur 7 titres ou Romain Reichhart à la guitare sur Wake up call, mais aussi Victor Sbrovazzo des Dirty Deep qui tient l’harmonica ou encore Zeynep Kaya (chanteuse du groupe Hermetic Delight) qui assure les choeurs sur la déjantée et bluesy C’est gênant, un des rares titres interprétés, disons-le, hurlés ici dans la langue de Molière. Bref, c’est un album créé en famille sur lequel plane l’ombre chaleureuse et nostalgique des années 90 (les  Guns N’ Roses avec Still Down). 10 titres qui à plusieurs reprises renvoient à l’âge d’or des Unplugged : un accordéon sur Dead ringers marié à un fragile glockenspiel rappelle un illustre Jesus doesn’t want me for a sunbeam; le sceptre d’Alice In Chains semble aussi survoler l’ensemble (Surreal estates, Palm prints, Dead ringers, etc.).

La folk inonde littéralement Sapiens. Les 6-cordes scintillent sur nombre de morceaux, quand elles ne sont pas caressées par des bottlenecks, mariées à un dobro par ici, ou là à un violon traditionnel qui fleure bon l’Irlande (Cognitive dissonance). Et si la mélancolie règne sur ces 52 minutes, alliée par endroit au tourment (qui de plus disposé pour l’exprimer sur Red wine lullaby que Cédric Toufouti ?), cet album ne manque pas de muscle. Prenez Pure love ashes avec sa batterie puissamment martelée, ses cuivres comme extirpés d’un duel tragique de western, et que dire du final de Still Down avec Poun. Ici le chanteur de Black Bomb Ä, dans un élan axlrosien affronte une orchestration grandiloquente, un grand moment ! Idem pour l’extravagante C’est gênant évoquée plus haut. Sapiens est une boîte de Quality Streets : il y en a pour tout le monde.

 

Dans la veine des formations metal, à l’instar de Lofofora, de Klone, qui se sont récemment risquées à l’exercice périlleux de l’album acoustique, délaissant leurs massives saturations, Sapiens est une réussite en tout point. Les compositions sont soignées, la production léchée. Cela aura certainement pris beaucoup de temps aux deux instigateurs, Nicolas Foucaud et Thibault Fassler, mais le résultat est au rendez-vous. Chapeau bas Messieurs!

 -Benoît GILBERT

 

Artiste : SAPIENS

Album : Sapiens

Label / Distribution : Klonosphère

Date de sortie : 25 octobre 2019

Genre : folk rock

Catégorie : album rock

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