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Revivre Nirvana

Le Savana Café de Besançon a proposé, le 11 septembre dernier, de se replonger dans les entrailles de la musique grunge. De repartir à une source portée à ébullition par un courant âgé de 25 ans. Il s’est agi d’un tribute Nirvana qu’assure depuis quatre années en live le trio bisontin Smells like Nirvana. Le projet était voulu et créé par un batteur aguerri que localement les fouilleurs de musique perfectionniste connaissent bien.

 

Le nom de projet fait référence au titre Smells like Teen Spirit, qui figure sur la tracklist de l’album Nevermind, de 1991. On pourrait penser que le sens de cette phrase évapore un esprit adolescent, et qu’elle résonne sur toute la carrière artistique de Nirvana telle une philosophie. J’avoue que cette vision globale puisse m’être assez personnelle, car la vérité de ce titre est un peu plus terre-à-terre. La référence est en fait celle à un déodorant pour jeunes que portait une amie du leader Kurt Cobain. Pourtant, l’idée d'”esprit vaporeux” paraît idéal à ce que dégage les disques de Nirvana…

On imaginerait aisément que le grunge reste figé dans les années 90 et dans un mouvement cadré. L’onde de choc semble pourtant encore vivace. Les ados d’aujourd’hui s’y retrouvent, la ferveur est moins médiatique mais l’énergie plane toujours. Bon observateur de son public, Lloyd, le fondateur et batteur de Smells like Nirvana, atteste l’engouement de gens qui n’étaient pas nés à l’époque du groupe de Cobain & Dave Grohl : “Des gamins de 14 ans, habillés de T-shirts de Nirvana, chantent ces chansons-là presque inconsciemment”. A l’évidence, le groupe a marqué la mémoire collective.

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Passion viscérale

Si le rendu du concert des Smells like Nirvana le 11 septembre 2016 a, à ce point, retranscrit l’émotion, l’aura et même la vocalité de Kurt Cobain, c’est parce que Lloyd a su s’entourer des meilleurs représentants parmi les musiciens du coin. Le passif du guitariste/chanteur, Antoine, devait inciter naturellement son acolyte à faire appel à lui. En effet, Antoine maîtrise parfaitement la langue musicale du grunge. Il avait lui-même monté un petit groupe qui réactivait une esthétique devenue vintage. “On n’entend plus un son pareil, de nos jours !”, affirmait à l’époque l’artiste qui dirigeait Exhausted. Lloyd et Antoine ont ceci en commun d’avoir été fortement pris aux tripes par Nirvana. “Ce fut ma première découverte musicale”, se souvient le batteur que la mort de Kurt Cobain a fait manquer trois jours d’école. La passion viscérale de Lloyd pour ce groupe ne s’est jamais étiolée.

Cependant, dans d’autres formations, on a souvent entendu jouer le batteur bisontin sous les influences de R.E.M, et plus encore de Radiohead. “Mais Radiohead n’est pas techniquement aussi facile à reprendre”, avance Lloyd.  Selon lui, un bon chanteur imprégné de Kurt Cobain comme Antoine, sait reproduire TOUTES les chansons de Nirvana. Ce qui ne serait pas le cas avec Radiohead, notamment à cause des arrangements électroniques complexes des derniers albums. Cela signifie que les morceaux de Nirvana ne sont pas compliqués à assoir, dans la mesure où le musicien tient une métronomie rigoureuse. En revanche “ils sont plus difficiles émotionnellement”, temporise le batteur.  La reprise consiste ainsi à conserver l’âme d’origine, sans toutefois occulter sa propre identité, et Smells like Nirvana s’y attèle.

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“Les chansons de Nirvana sont des comptines amplifiées avec de la saturation”

L’essentiel pour le trio est de savoir jouer en électrique comme le faisait Nirvana, ou en électroacoustique en fonction du lieu qui accueille. Lloyd avoue furtivement qu’au Savana café toutefois, les pédales ont été un peu plus appuyés que l’avait demandé l’établissement… Au projet du projet, les Smells like Nirvana pensaient exploiter la compilation Incesticide (1992). Le trio a finalement opté pour les chansons les plus efficaces. En majorité les classiques, les titres populaires. La setlist ne change guère d’un concert à l’autre avec vingt titres. Mais elle se veut homogène en succédant les passages asses calmes aux passages bruts. “Il nous arrive parfois d’intégrer des morceaux moins connus, tels que Downer, Floyd the barber, ou Sappy“, souligne Lloyd. Lors du concert du 11 septembre dernier, le musicien voyait des gens “heureux qui tapaient dans les mains”. De quoi confirmer que le grunge n’est pas aussi grossier qu’il n’y paraît. Les membres de Nirvana eux-mêmes revendiquaient, à travers des interviews, que leur musique comporte la simplicité et le côté touchant des contes pour enfants. “Leurs chansons sont des comptines amplifiées avec de la saturation”, affirme notre interlocuteur. Le noyau demeure toujours adaptable à la guitare sèche chez Nirvana. Dans ce cas un musicien peut s’apercevoir qu’il s’agit de comptines emprises de folk.

 

  • Fred

Crédits photos : Fred

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